Titres à dividendes: qui est à risque?

Offert par Les Affaires


Édition du 17 Septembre 2016

Titres à dividendes: qui est à risque?

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Édition du 17 Septembre 2016

Monteront, descendront, ou resteront stables, les taux d'intérêt? La question traverse bien des esprits, et la réponse risque d'avoir des conséquences importantes sur les titres à dividendes.


Le statu quo ne change pas grand-chose. Une hausse des taux à long terme (10 ans) risque de faire dégringoler plusieurs valeurs, tandis qu'une baisse éventuelle pourrait donner un nouvel élan haussier aux actions.


On ne croit guère à une nouvelle baisse marquée des taux d'intérêt. Les financements à des taux négatifs qu'on observe à quelques endroits dans le monde semblent relever de l'anomalie temporaire, déclenchée par des facteurs techniques, comme des politiques de placement qui forcent l'allocation de certains pourcentages de portefeuille dans certains types d'actifs. Il se pourrait que cela survienne au Canada et aux États-Unis, mais ce serait étonnant. Le risque réside davantage du côté d'une hausse.


Où est le risque?


Le raisonnement est le suivant. Prenons l'obligation canadienne de 10 ans, qui procure un rendement de 1%. Et l'action de la société immobilière ABC, qui se négocie à 100 $ et verse un dividende annuel de 5$ (taux de rendement de 5 %). L'écart entre les deux taux est de 4 % (400 points de base). Si le taux de l'obligation 10 ans monte de 2 %, pour s'établir à 3 %, le rendement du dividende de l'action de la société ABC devrait grimper à 7 % par an afin de maintenir la différence de rendement exigée par les investisseurs. Comme les bénéfices ne sont pas plus élevés (ils le seront probablement moins à cause de coûts de financement plus élevés), l'action de la société ABC devrait reculer de 100 $ à 71$.


Évidemment, il est possible que les investisseurs se contentent d'un rendement de 6 % du dividende et que l'action chute moins. Tout est une question d'humeur de marché. Mais, on le voit, le recul peut se faire sentir sur un horizon de quelques années.


Dans l'allocation de son portefeuille de placement, c'est un risque important qu'il convient de soupeser. Qui est le plus ou le moins à risque d'une hausse de taux ?


Marchés mondiaux CIBC s'est récemment penchée sur la question, avec plusieurs chiffres à l'appui. L'une des meilleures recherches qu'on ait lues depuis quelques années. On se fonde sur cette étude pour rendre notre verdict. Avec comme facteur déterminant l'influence des mouvements de taux d'intérêt depuis 10 ans.


Les REIT sont à risque


Dans les 10 dernières années, la différence de rendement entre le taux d'une obligation 10 ans et celui du dividende des actions du secteur a en moyenne été de 3,54 %. Le dividende donnait donc en moyenne un rendement de 3,54 % plus élevé que le taux de l'obligation. La différence aujourd'hui est de 4,15%. Il n'y a en fait que 61 points de base (0,6 %) d'écart entre les deux repères, ce qui est faible et semble indiquer une relation très corrélée (sur une hausse de 2%, il n'y a qu'un coussin de 0,6 %). Une hausse des taux des obligations 10 ans entraînerait une assez forte correction des titres du secteur, puisque les investisseurs exigeraient un maintien de cet écart historique. Pour permettre au dividende d'offrir un meilleur rendement, les actions reculeraient.


En 2013, lorsque des craintes d'augmentations s'étaient manifestées, le secteur avait d'ailleurs subi une correction de 18 %. À la fin de 2015, quand la Réserve fédérale avait haussé de 25 points son taux directeur, l'immobilier canadien avait aussi glissé de 10%.


Les télécoms sont également à risque


À 90 points (0,9 %), la différence entre l'écart de la moyenne de 10 ans et l'écart d'aujourd'hui est également relativement serrée dans le secteur des télécoms. Ici aussi, chaque hausse des taux d'intérêt risque donc de mettre de la pression sur les cours.


Certains avanceront que les bénéfices de ces sociétés pourraient continuer de croître et combler l'écart par la simple augmentation du dividende. On notera que l'indice S&P/TSX se négocie à près de 19 fois le bénéfice (année 2016), tandis que le secteur des télécoms est à 17,8 fois. La prévision de croissance du bénéfice pour le S&P/TSX est de 20 %, alors qu'elle n'est que de 5 % pour le secteur des télécoms. La croissance des bénéfices du secteur ne sera pas forte dans l'avenir. Il règne une odeur de surévaluation.


Ça semble mieux pour les pipelines


La situation s'améliore dans le secteur des pipelines. La différence entre la moyenne de 10 ans et celle d'aujourd'hui est de 180 points de base (1,8%). Par conséquent, en cas de hausse des taux d'intérêt, les investisseurs ne demanderaient probablement pas à ce que le rendement des dividendes des sociétés grimpe d'une ampleur proportionnelle à celle observée pour les obligations. Les investisseurs pourraient même se satisfaire du rendement actuel puisque, théoriquement, le secteur peut absorber une hausse de taux de presque 2% (1,8 %), et la situation en serait une où le ratio d'aujourd'hui s'alignerait directement sur la moyenne historique.


Il est en outre à noter que plusieurs sociétés de pipeline ont d'importants projets d'investissement qui devraient faire augmenter leur rentabilité et leur dividende dans le futur. La situation diffère de celle de l'immobilier et des télécoms.


Le plus sûr semble du côté des banques


Le secteur le moins à risque d'une hausse des taux d'intérêt est en fait le domaine bancaire. Évidemment, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas exposé à d'autres risques que celui des taux d'intérêt. L'écart de 185 points (1,85%) est une illustration que d'autres facteurs font en sorte que, pour avoir un dividende, les investisseurs ne sont pas prêts à payer autant pour avoir un dividende que ce qu'ils étaient prêts à payer en moyenne dans les 10 dernières années.


Pendant ce temps, les titres du secteur ne semblent pas surévalués. Ils se négocient à 11,3 fois le bénéfice prévu au cours des 12 prochains mois, tandis que la moyenne de 10 ans est à 11 fois. Surtout, une appréciation des taux d'intérêt devrait normalement avoir pour effet de faire augmenter la rentabilité des banques, alors que l'écart entre les taux sur prêts et ceux sur les dépôts a généralement tendance à augmenter dans un environnement haussier. Cette augmentation devrait contrebalancer le risque accru de défaut immobilier.


Morale de l'histoire: si l'unique risque observé dans le marché est celui d'une hausse de taux, mieux vaut jouer les banques.


Écart de rendement moyen des dividendes de sociétés avec les obligations canadiennes 10 ans¹


Télécoms / Banques / Pipelines / REIT


Écart moyen 184 pts / 135 / 139 / 354


Écart actuel 274 pts / 320 / 319 / 415


Différence 90 pts / 185 / 180 / 61


¹ Au 1er août Sources : Bloomberg, FactSet et Marchés mondiaux CIBC

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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