Netflix : un titre surévalué ou sous-évalué ?


Édition du 01 Octobre 2016

Netflix : un titre surévalué ou sous-évalué ?


Édition du 01 Octobre 2016

Est-ce un top investissement qu'on laisse passer parce que les multiples sont élevés et qu'on est aveuglé par cette hantise de payer trop cher ?


C'est la question qu'on s'est posée à propos de Netflix (NFLX, 95,83 $ US) après avoir lu, par hasard, un intéressant point de vue de RBC Marchés des Capitaux.


Netflix sera assurément un géant


Que la société devienne un géant ne fait pas de doute. En fait, elle l'est déjà.


Aux États-Unis, ses 48 millions d'abonnés devraient lui permettre de générer un bénéfice d'exploitation de plus de 1,3 G$ US. À l'international, elle affiche également déjà une bonne rentabilité dans plusieurs pays. L'analyste Steven Cahall croit que dans les endroits où elle était présente avant 2014 (Canada, Amérique latine, Grande-Bretagne, Irlande, Scandinavie et Pays-Bas), ses 25 millions d'abonnés généreront cette année un bénéfice de 500 M$.


Ce sont les expansions de 2014-2015 (Australie, sud de l'Europe, Japon) et de 2016 (130 marchés) qui pèsent pour l'instant sur les résultats et entraînent de lourdes pertes.


Ce qui n'empêche pas Netflix d'être rentable dans sa globalité (consensus pour un bénéfice par action à 0,29 $ US).


La force des résultats obtenus grâce au modèle d'entreprise est surprenante. Qui plus est, le modèle est probablement celui qui procure le plus de stabilité financière dans toute l'industrie médiatique.


Que veut-on dire par force surprenante des résultats ?


Nos chiffres datent de 2015 et les choses ont un peu bougé depuis, mais quand même. Netflix est le diffuseur de contenus qui affiche les meilleurs revenus par abonnement, soit 8,59 $ US par unité, par mois. À titre comparatif, HBO/Cinemax est à 7,22 $ US, ESPN à 6,64 $ US, Epix à 1,72 $ US, TNT à 1,58 $ US et Disney à 1,34 $ US.


Pendant ce temps, son taux de pénétration du marché de la bande passante aux États-Unis est à 45 %.


L'offre de location vidéo a beau être grande, convaincre 45 % d'un marché de payer un tel prix pour une chaîne télé n'était pas un pari gagné d'avance.


Pourquoi dit-on que le modèle est probablement celui qui procure le plus de stabilité et de sécurité financière dans l'industrie médiatique ?


La grande majorité des chaînes télé sont tributaires de la publicité. Si les cotes d'écoute ratent la cible, les revenus publicitaires fondent lourdement et la rentabilité fait de même. Sans compter que la tarte publicitaire se morcelle et que, même si le niveau de l'auditoire se maintient, beaucoup de diffuseurs sont probablement actuellement forcés de diminuer leurs prix pour ne pas perdre de volume.


Netflix n'a pas vraiment ce problème. Une fois l'abonné accroché, il reste généralement fidèle s'il se fait proposer avec régularité du contenu intéressant. Tout n'a pas à être bon. Il ne faut que quelques séries repères que les autres n'ont pas. Et si vous manquez votre coup une année ou deux, il est peu probable que vos abonnés partent en masse. Les dollars d'abonnement décampent nettement moins vite que les dollars publicitaires.


Il peut se présenter quelques périodes difficiles. Comme lors de hausses de prix. C'est d'ailleurs le cas actuellement, et les deux derniers trimestres n'ont affiché qu'une faible progression de l'abonnement aux États-Unis. La même chose s'était néanmoins produite dans le passé, et tout s'était replacé quelques mois plus tard.


Le modèle est bon, mais en attend-on trop ?


Voilà la question. Il ne fait pas de doute que les chiffres de Netflix continueront à progresser dans l'avenir. Mais avec autant de force que ce qu'espère le marché ?


Steven Cahall est optimiste. Il voit la pénétration se poursuivre aux États-Unis et atteindre 58 % en 2020, ce qui se traduirait par 60 millions d'abonnés (la direction a un objectif de 60 à 90 millions à long terme).


À ce même moment, en 2020, la pénétration dans les marchés pré-2014 devrait être passée de 23 à 31 %, tandis que celle de l'expansion de 2015 bondirait de 9 à 23 % et celle de l'expansion de 2016 passerait de 1 % à 12 %. Globalement, Netflix rejoindrait alors 26 % du marché mondial de la bande passante.


Si tel est le cas, l'analyste calcule que le bénéfice net par action devrait se situer entre 8 et 10 $ US. En appliquant un multiple de 20, c'est un titre qui vaudrait de 160 à 200 $ US en 2019, ce qui représente un rendement potentiel de 70 à 112 % sur trois ans.


Utopie ?


Well... comme disent les Anglais.


En moyenne, les chaînes de télé américaines comptent 75 millions d'abonnés. Cela laisse encore de l'espace. On est toutefois personnellement hésitant sur la cible de 60 millions d'abonnés. HBO/Cinemax en compte 47,8 millions. Il y a aussi Amazon Prime, le service à 99 $ US par année d'Amazon, qui offre notamment de la vidéo en plus de la livraison gratuite. Prime gagne en popularité.


Cela dit, Netflix ne perdrait probablement pas trop d'abonnements si elle introduisait en cours de route un peu de publicité, bien faite et non invasive. La publicité pourrait éventuellement compenser la non-atteinte des 60 millions d'abonnés.


À l'international, il est difficile de dire si les ratios de pénétration seront atteints sur l'horizon 2020. Mais il est assez plausible qu'ils le seront un jour. Ce n'est qu'une question de temps.


Conclusion ?


Le parcours risque d'être cahoteux. Si le taux de croissance des abonnements américains devait tomber, le titre suivrait aussi. De la publicité pourrait être appelée en renfort, mais il faudrait du temps.


Cela dit, au final, pour qui n'a pas peur des montagnes russes, le tour pourrait effectivement s'avérer payant.


Les recommandations des analystes qui suivent le titre de Netflix (NFLX, 95,83 $ US)


→ 13 Conserver


9 Acheter


2 Vendre


13 Surperformance


6 Sous-performance


Cours cible : 104 $ US


Source : Thomson Reuters

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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