La grenouille Amaya

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Juillet 2014

La grenouille Amaya

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Juillet 2014

Serait-ce la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf de La Fontaine ?


Amaya (Tor., AYA, 23,04 $), une entreprise de Montréal qui perçoit annuellement des revenus de 150 M$ en équipements et logiciels de casino, veut avaler Rational Group, une société de poker en ligne dont les revenus annuels dépassent le milliard de dollars.


Comment est-ce possible ?


La transaction nous a aussi surpris, et malgré un effort de mémoire, aucun souvenir d'acquéreur prenant une si grosse bouchée par rapport à sa taille ne nous est revenu.


Lorsque la valeur de votre entreprise (dette incluse) atteint 875 M$, il faut recourir à beaucoup de dette en plus d'émettre plusieurs nouvelles actions pour acquérir une société dont la valeur atteint presque les 5 G$. Il faut en outre que le prix des actions qu'on émet soit assez élevé pour éviter une trop grande dilution aux anciens actionnaires.


Bref, pour réussir pareille acquisition, il est vraiment nécessaire de convaincre les nouveaux actionnaires et les nouveaux créanciers que le marché de la société achetée sera très porteur à l'avenir.


À quoi ressemblent les perspectives de ce marché ?


En acquérant Rational Group, Amaya se trouve surtout à mettre la main sur les sites Web vedettes PokerStars et Full Tilt Poker. Ces sites comptent plus de 85 millions de joueurs de poker et font de Rational le plus important exploitant de poker en ligne du monde.


Voyons le potentiel du marché du poker en ligne. Valeurs mobilières Industrielle Alliance estime qu'en 2013, il a généré pour 4,4 G$ US de mises. Selon Global Securities, PokerStars et Full Tilt se sont accaparés les deux tiers de celles-ci. Cette statistique ne comprend pas les États-Unis, où le poker en ligne était jusqu'à récemment interdit.


L'organisme H2 Gambling Capital indique cependant que le marché américain, qui en est à ses balbutiements, passera de 68 M$ US en 2014 à 2,2 G$ US en 2018.


On voit tout de suite la force du marché américain (plus de 2 G$ US qui s'ajoutent aux 4,4 G$ US actuels). C'est sans compter les pays émergents qui continueront de s'enrichir et qui, par conséquent, nourriront le bassin de joueurs. De plus, la tendance à délaisser les salons physiques devrait se poursuivre.


Là ne s'arrêtent cependant pas les ambitions d'Amaya. Sa direction dit aussi vouloir entrer dans le pari sportif, les jeux de casino (roulette, blackjack) et les jeux sociaux. En excluant les États-Unis, H2 Gambling Capital voit les dollars investis sur ces autres marchés bondir de 36 G$ US à près de 45 G$ US en 2018.


Constat : le potentiel de croissance semble effectivement important.

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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