François Pouliot: Playbook contre iPad, qui l'emportera?

Publié le 29/09/2010 à 07:31, mis à jour le 29/09/2010 à 08:19

François Pouliot: Playbook contre iPad, qui l'emportera?

Publié le 29/09/2010 à 07:31, mis à jour le 29/09/2010 à 08:19

Photo : Bloomberg

Analyse. On l'attendait sous l'appellation Blackpad, il se nomme finalement Playbook. Research in motion a-t-elle une chance contre le iPad?


Les analystes débattaient hier de l'un et de l'autre.


Côté technique, pas simple de s'y retrouver. Le Playbook est 20% plus mince, 40% plus léger, il supporte le vidéo Flash et permet la vidéo HD. Il est en outre muni de deux caméras. Son écran de 7 pouces est cependant plus petit que celui du iPad (9 pouces), et il offrira moins d'applications.


Côté synchronisme, avantage Apple. Le nouveau né manquera la saison des fêtes, ce qui fait que Steve Jobs devrait passer un très joyeux Noël. M. Jobs aura sans doute aussi une nouvelle version iPad à offrir d'ici quelques mois, ce qui lui permettra de contre-attaquer.


La guerre s'étendra


Avant d'aller plus loin, ne laissons pas notre orgueil canadien nous égarer et élargissons la discussion.


On parle beaucoup ici d'une bataille entre le dernier né de Research in motion et celui d'Apple. Faisons entrer dans l'arène les Motorola, Nokia, Samsung, HTC, Dell et autres joueurs de la téléphonie et de l'informatique. Tous annoncent le lancement prochain d'une tablette électronique.


Dans les faits, ce n'est pas une bataille à deux, mais une véritable guerre mondiale qui s'annonce sur ce nouveau marché.


La plupart des nouveaux concurrents s'amènent en outre en tablant sur la plateforme Androïd de Google, ce qui, à terme, risque de leur donner un avantage important côté développement d'applications novatrices. Bien que l'on dise qu'il puisse être relativement aisé d'adapter des applications Androïd à la nouvelle plateforme de Research in motion, celle-ci, tout comme celle du iPad, utilise son propre protocole.


Alors, perdu d'avance le combat pour Research?


La première place, peut-être. On verra. Elle n'est de toute façon pas essentielle pour créer de la valeur.


La stratégie initiale de RIM est intéressante. Le Playbook a été construit pour les entreprises. Ce n'est donc pas tant le marché du détail qui est visé que l'actuelle base de clientèle. Elle a à ce niveau un avantage important: la sécurité des données. La compagnie est réputée être la meilleure au monde à ce chapitre et c'est un argument de vente important.


À quoi pourraient ressembler les gains?


Le marché visé par les tablettes électroniques apparaît grosso-modo actuellement celui des portables miniatures que sont les notebooks et les netbooks. Il devrait s'en vendre cette année plus de 200 millions d'unités dans le monde.


À titre comparatif, Apple devrait vendre autour de 12 millions de iPads.


Il n'y a sûrement pas d'espace pour des ventes de 200 millions de tablettes demain matin, mais il semble tout de même y avoir un certain espace.


Valeurs mobilières Cormark estime qu'il devrait se vendre autour de 26 millions d'unités dès le calendrier 2011. Du nombre, elle donne 2,6 millions d'unités à Research.


La maison calcule que ces 2,6 M d'unités devraient générer un bénéfice de 0,50$ par action. À un multiple de 10, c'est 5$ de plus pour l'action (à 47$ actuellement).


Réaliste?


Mitoyen. Canaccord est plus optimiste et voit 55 millions d'unités vendues, avec 5 millions pour RIM; MKM Partners voit entre 2 et 2,5 millions d'unités pour RIM avec un bénéfice de 0,30$ par action et une plus-value de 3$.


À court terme donc, mitoyen. Mais fort probablement plus que réaliste à long terme. Research in motion est réputée compter sur une base installée de 16 à 17 millions d'entreprises. Des petites et des grandes. Est-il déraisonnable d'avancer que malgré la concurrence elle devrait au moins vendre un Playbook par entreprise à chaque année?


Temps de jouer Research in motion?


Évidemment, l'interrogation qui vient immédiatement ensuite.


On a déjà abordé la question, il y a quelques jours, en se penchant sur un autre champ de bataille: celui des téléphones intelligents.


Le titre de Research in motion se négocie actuellement autour de 47$ US. Pour l'exercice en cours, le consensus des analystes attend un bénéfice par action de 6,02$ US. C'est dire que l'action s'échange à 7,8 fois le bénéfice. Sur les anticipations de l'exercice suivant (6,18$ par action), elle est à 7,5 fois.


C'est très peu cher. Historiquement, les indices (c'est-à-dire le marché en général) se négocient à 15 fois le bénéfice. Le S&P 500 se négocie actuellement à 14 fois les bénéfices à venir.


Très nettement, il apparaît que les investisseurs ont peur que les bénéfices anticipés ne se présentent pas ou fondent drastiquement après coup. Les analystes sont en effet divisés sur les ravages que causeront le iPhone et l'arrivée d'une multitude d'appareils Androïd.


On ne serait pas si négatif. Il est vrai que la croissance de la société deviendra sous pression, mais, jusqu'à ce qu'il soit démontré qu'elle est en péril, accoler un multiple de moitié inférieur à celui du marché apparaît exagéré.


Sur un multiple conservateur de 10, le titre vaudrait autour de 60$. À moins que la direction de Research ne joue un peu avec les règles comptables, il ne serait pas étonnant de voir le titre s'approcher de cette cible d'ici quelques mois. D'autant que, comme on l'a vu, les ventes de Playbook ne devraient pas nuire.


PLUS : Tablette électronique: RIM semble prendre de l'avance pour l'instant


 


 

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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