François Pouliot : Research In Motion, 40$ ou 100$?

Publié le 21/09/2010 à 08:22, mis à jour le 21/09/2010 à 09:32

François Pouliot : Research In Motion, 40$ ou 100$?

Publié le 21/09/2010 à 08:22, mis à jour le 21/09/2010 à 09:32

Photo : Bloomberg

Analyse. Résultats sensationnels, dit l'un. Vraiment temps de vendre, dit l'autre. Research In Motion (RIMM, 46,75$ US) est-elle en route vers les 40$ ou les 100$?


Notre univers de recherches est partagé. Dans le coin gauche, les Bears, avec en tête BGC Partners qui charge avec une cible à 42$ US, dans le coin droit, les Bulls, avec notamment Paradigm Capital qui prédit que le cours atteindra les 105$ US.


Qui suivre?


Les derniers résultats favorables


Les derniers chiffres sont nettement à l'avantage des Bulls. À son deuxième trimestre, Research dévoile un bénéfice par action de 1,46$, supérieur de 40% à l'an dernier, et supérieurs au consensus des analystes à 1,36$.


Mieux, la direction annonce que son troisième trimestre sera aussi meilleur que ce que l'on attendait. Les revenus devraient arriver dans la fourchette 5,3-5,5 G$, alors que l'on anticipait plutôt jusqu'à maintenant quelque chose autour de 4,8 G$. Le bénéfice devrait se situer entre 1,62$ et 1,70$, contre une attente initiale à 1,40$ US.


Les Bears chargent tout de même


Malgré ces chiffres, les pessimistes ne désarment pas.


Le iPhone continue de faire des ravages. Selon NDP, il récolte 22% des ventes de téléphones intelligents aux Etats-Unis au deuxième trimestre (28% pour RIMM). Et il n'est désormais plus la seule menace importante. La nouvelle plateforme Androïd de Google apparaît maintenant la plus populaire. Sur la même période, les appareils opérant sur celle-ci se sont accaparés 33% des ventes US.


À 40 000/jours, le nombre d'activations d'appareils Androïd atteint maintenant à 200 000. Pas étonnant que Samsung vienne de faire passer sa cible d'appareils vendus de 18 à 25 millions pour 2010. A titre d'illustration, elle en avait vendu 6 millions en 2009.


La Deutsche Bank estime que les effets du débarquement Androïd devraient se faire sentir dès ce Noël, alors que plusieurs concurrents s'amèneront sur le marché avec d'importantes promotions et courtiseront les télécommunicateurs.


Research in motion semble d'ailleurs déjà sentir la chaleur. La direction s'attendait à obtenir entre 4,9 et 5,2 millions abonnés supplémentaires au second trimestre (4,9 millions au premier). Il en est plutôt venu 4,5 millions (et RIMM dit que dans l'avenir, pour des motifs concurrentiels, elle ne fournira plus le chiffre de ses nouveaux abonnés).


La société, disent ses détracteurs, n'a pas la capacité financière de batailler contre Google et Microsoft (Windows 7 Phone). Le développement de leurs plateformes amènera les programmeurs à produire plus d'applications, ce qui aura pour effet d'amener encore plus d'appareils et fera chuter les prix et les marges.


Les Bulls ne s'inquiètent pas


On peut choisir de voir négativement, mais la croissance se poursuit, répliquent les Bulls.


Malgré le débarquement Androïd, les sociétés de téléphonies devraient plutôt faire une forte promotion des appareils Blackberry au cours de la période des fêtes, une valeur sûre.


En outre, Research in motion demeure celle qui a la meilleure offre de produits. Et bien que l'on tente de faire passer ses appareils pour désuets, ils demeurent avant-gardistes, comme en fait notamment foi son système de messagerie instantanée BBM.


Blackberry, disent les Bulls, offre de même le meilleur système de sécurité que l'on puisse trouver, une considération importante pour une entreprise.


Et il y a encore de l'espace de croissance à l'international. RIMM a en outre ouvert en juillet 2010 un premier magasin Blackberry en Chine et détient une entente avec China Mobile, une société qui compte plus de 500 millions d'usagers.


Qui suivre?


Le titre de Research in motion se négocie actuellement autour de 46,75$ US. Pour l'exercice en cours, le consensus des analystes attend un bénéfice par action de 5,85$ US. C'est dire que l'action s'échange à environ 8 fois le bénéfice. Sur les anticipations de l'exercice suivant (6,17$ par action), elle est à 7,5 fois.


C'est très peu cher. Historiquement, les indices (c'est-à-dire le marché en général) se négocient à 15 fois le bénéfice. Le S&P 500 se négocie actuellement à 14 fois les bénéfices à venir.


Très nettement, il apparaît que les investisseurs ont peur que les bénéfices anticipés ne se présentent pas.


On ne serait pas si négatif. Il est vrai que la croissance de la société deviendra sous pression, mais, jusqu'à ce qu'il soit démontré qu'elle est en péril, accoler un multiple de moitié inférieur à celui du marché apparaît exagéré.


Sur un multiple conservateur de 10, le titre vaudrait autour de 58,50$. À moins que la direction de Research ne joue un peu avec les règles comptables, il ne serait pas étonnant de voir le titre s'approcher de cette cible d'ici quelques mois.


 

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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