Finances publiques: le Québec sur le point de battre l'Ontario

Publié le 03/12/2018 à 19:22

Finances publiques: le Québec sur le point de battre l'Ontario

Publié le 03/12/2018 à 19:22

Que penser de la mise à jour économique du nouveau gouvernement du Québec? Sur les choix d'allocation, il y aura toujours désaccord (c'est un débat sans fin), mais sur la tenue des livres, force est de constater que la CAQ passe bien ce premier test. Et, surtout, de constater que le bilan financier du Québec est sur le point de battre celui de l'Ontario.


Il y avait des appréhensions chez certains quant à la façon dont les cordons de la bourse seraient tenus par le nouveau gouvernement caquiste.


Le programme électoral est ambitieux. So far, so good, comme disent les Anglais.


L'année repère sur laquelle s'appuyer pour bien analyser la situation est celle à venir (2019-2020). En mars, lors du budget, les prévisions budgétaires pour l'exercice faisaient état d'un surplus des opérations de 1,7G$, surplus qui se transformait en un déficit de 936 M$ au sens de la Loi sur l'équilibre budgétaire, une fois passé un versement de 2,7 G$ au Fonds des générations.


Voilà aujourd'hui que la CAQ ajoute 806 M$ d'engagements et que l'on réussit quand même à terminer 2019-2020 à l'équilibre budgétaire, après virement au fonds des générations.


Comment réussit-on l'exploit (comblement d'un écart de 1,7 G$)?


On verse 300 M$ de moins que ce qui était prévu au fonds des générations, et on remercie la progression des revenus pour tout le reste.


Cette progression s'explique par le fait qu'en 2018, l'économie a tourné nettement plus rondement que ce qui était attendu. La prévision de croissance du PIB (réel) était à 2,1%, la croissance sera plutôt de 2,5%. On part pour l'an prochain sur une plus grande base économique que prévu.


Essentiellement, les 806 M$ d'engagements nouveaux sont donc permis par la croissance économique. Les craintes étaient que la CAQ puisse aller au-delà. Ce n'est pas le cas. D'où la réussite du premier test.


On ne dirait pas cependant que le suspense est terminé quant à la capacité de la formation à réaliser ses engagements électoraux et à rester à l'équilibre budgétaire.


Les prévisions de croissance économique semblent à première vue prudentes (1,8% en 2019, 1,5% en 2020, 1,3% en 2021 et 1,3% en 2022) et il y a de petits surplus prévus en fin d'horizon. Mais on est en fin de cycle. Et il n'est pas clair que sur l'horizon, une récession ne se présentera pas.


Deux initiatives intéressantes


Avant d'aller sur la comparaison ontarienne, soulignons que deux initiatives importantes sont contenues dans la mise à jour.


D'abord, cette décision d'accélérer le remboursement de la dette. Les libéraux s'étaient déjà engagés sur cette voie, mais plus modestement. Un remboursement de 2 G$ avait été effectué en début d'année. Voilà que le gouvernement entend rembourser 8 milliards de plus d'ici au printemps 2019, en liquidant des placements du Fonds des générations.


Beaucoup d'observateurs seront sans doute portés à critiquer la décision, en soulignant qu'historiquement, la Bourse fait mieux que les coûts d'emprunt. Ce qui est vrai. Un État étant pérenne, il serait plus payant pour celui-ci de ne jamais vendre les participations au Fonds des générations et de jouer le rendement long terme.


Le problème est cependant que les charges d'intérêt passent à l'état des résultats et que comme la Caisse investit à long terme (les profits ne sont pas souvent cristallisés), les revenus n'y passent pas. La situation vient créer des dépenses comptables et limite la capacité de l'État à investir dans les services ou retourner de l'argent à ses contributeurs.


C'est somme toute une bonne décision du nouveau ministre des finances, Éric Girard. Le rôle de l'État étant avant tout de pourvoir à l'organisation de la société et non d'agir en pur financier. On notera que l'on est en outre en fin de cycle et que le gouvernement pourrait bien paraître à court terme sur cette décision si le cycle s'achève et que la Bourse recule.


L'autre initiative intéressante ne fera sans doute pas l'objet de beaucoup de bruit, mais elle est des plus intéressantes. Nous l'avions personnellement suggérée en chronique lors du dernier budget. Pour la première fois, le gouvernement évalue l'impact que pourrait avoir une récession d'ampleur moyenne. Elle entraînerait un recul du PIB nominal (et non réel) de 3,3 points de pourcentage la première année, et de 0,8 points l'année suivante.


Québec estime que, sur cinq ans, la perte de revenus serait de 8,1 G$.


La bonne nouvelle?


C'est que la réserve de stabilisation, cette enveloppe dans laquelle on a viré les derniers surplus et qui doit servir à éponger d'éventuels déficits futurs, devrait atteindre 8,8 G$ au mois de mars.


Si le gouvernement n'abaisse pas cette réserve dans l'avenir, nous semblons donc désormais avoir suffisamment d'espace pour absorber une prochaine récession, sans avoir à couper dans les services ou augmenter les impôts.


En voie d'afficher un meilleur bilan que l'Ontario


Ce qui nous amène à cette fameuse comparaison avec l'Ontario.


Il peut y avoir un peu de différence sur les règles comptables, qui pourraient ne pas être tout à fait similaires dans les deux provinces. Mais pas de manière à fausser le grand portrait, les économistes faisant déjà ces comparaisons.


Beaucoup de bruit a été fait sur les coupes budgétaires ontariennes, principalement dans la francophonie.


Le nouveau gouvernement ontarien aurait avantage à s'inspirer des pratiques des dernières années du gouvernement du Québec.


Dans sa mise à jour, l'administration Ford retranche 3,2 G$ en dépenses de programmes, mais, plutôt que de diminuer son déficit, en retourne 2.7 G$ en éliminations de taxes. Si bien qu'au final, son déficit atteint 14 G$, ou, si on préfère, 9,7% des revenus.


À titre de comparaison, à l'époque des grandes années "d'austérité", le déficit du Québec représentait environ 3% des revenus.


On voit tout de suite l'important chemin à parcourir pour nos voisins.


Certains feront valoir que ce chemin n'est pas si important, le Québec ayant au final trop fortement agi (comme en fait foi l'accumulation de surplus). On rétorquera que le Québec a tout simplement été porté par la croissance économique. Ce dont ne bénéficiera probablement pas l'Ontario. La différence est que nous sommes aujourd'hui en fin de cycle.


Il ne serait en fait pas surprenant que le déficit ontarien ne creuse encore davantage d'ici deux ou trois ans, sous la force d'une récession.


Pendant ce temps, la dette nette du Québec sur le PIB devrait atteindre 40,2% en mars alors que celle de l'Ontario est à 40,5%.


C'est pour cela que l'on dit que le bilan du Québec est sur le point de battre celui de l'Ontario.


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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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