Corus ou Chorus?

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Août 2016

Corus ou Chorus?

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Août 2016

[Photo : Shutterstock]

Avec des indices boursiers élevés, nous sommes depuis quelques semaines à la recherche de titres dont l'histoire pourrait être mal comprise par le marché et qui offriraient un rendement potentiel supérieur avec un risque de correction inférieur en ampleur.


L'exercice nous a conduit à Corus, la société médiatique, et à son homophone Chorus, la société aérienne. L'attrait des deux entreprises réside dans la force de leur dividende. Au début de chaque nouvelle année, celui-ci garantit une rentrée de liquidités dans le portefeuille. En cas de correction, il permet théoriquement de freiner la chute.


Voyons-y de plus près.


Corus (CJR.B, 12,81 $) : ce rendement de 9 % peut-il tenir ?


La société exploite 45 chaînes de télévision spécialisées au Canada, dont Historia, Séries +, Télétoon et Disney. Elle a aussi un portefeuille de 39 stations radio. Grâce à la récente acquisition de Shaw Media, en début d'année, elle est maintenant propriétaire du réseau de télévision généraliste Global.


À 1,14 $ par action, le dividende offre un rendement annuel de près de 9 %. En supposant que le titre se maintienne, la distribution permettrait à elle seule de battre le rendement historique composé du marché pendant au moins trois ans.


Mais ce dividende peut-il être maintenu?


Le dernier trimestre est venu jeter le doute chez plusieurs. Pour garantir son maintien au niveau actuel, Corus a besoin d'améliorer son bénéfice dans les prochains trimestres et compte beaucoup sur les synergies qu'elle réalisera grâce à l'acquisition de Shaw Media.


Lors de l'annonce, la direction avait indiqué anticiper des synergies de 15 M$ à court terme et de 40 à 50 M$ (supplémentaires) au cours des 18 à 24 prochains mois.


Or, les résultats publiés en juillet sont pour le moins préoccupants. Pour la période de mars à la fin de mai, les ventes publicitaires de Shaw Media ont chuté de 9 %. Elles régressaient dans le passé, mais plutôt avec une vélocité variant de 1 à 5 % par année. Un tel recul n'était anticipé par personne. Financière Banque Nationale calcule que, si la tendance se maintient, dans 18 à 24 mois, il pourrait ne rester pratiquement rien des synergies réalisées. La baisse des revenus risque de les effacer. Or, il faut que le niveau d'endettement baisse. Celui-ci est actuellement à 3,8 fois le BAIIA, et il est plus difficile de faire évoluer les lignes de crédit à un tel niveau.


Le dividende est en danger, c'est bien évident, dira-t-on. Mieux vaut éviter le titre.


Pas nécessairement. Le dernier recul des ventes semble en partie le résultat d'une solide performance des chaînes sportives qui, avec les Raptors de Toronto en séries éliminatoires de la NBA, le début de saison des Blue Jays dans les Ligues majeures de baseball et l'amorce des séries éliminatoires de la LNH, ont enlevé des parts d'écoute aux canaux traditionnels de Global. Cette diminution des cotes d'écoute a en conséquence fait entrer moins d'argent.


Une situation qui pourrait bien se replacer dans les prochains trimestres.


Avec des hypothèses de poursuite de repli des revenus plus alignées sur le taux de décroissance passé, Valeurs mobilières TD et Banque Scotia estiment que le ratio dette/BAIIA devrait descendre à près de 3 en 2018. C'est un niveau qui n'amènerait pas d'interrogation sur le renouvellement des conventions de crédit. Le dividende semble donc en sécurité pour quelques années.


Il reste cependant à voir si le titre n'est pas à risque de recul. À son cours actuel, tout le rendement du dividende (9 %) sera effacé s'il fléchit à 11,75 $. Ce qui n'est pas à exclure, puisqu'il y était ce printemps. Un autre mauvais trimestre et il pourrait bien y retourner.


Les Jeux olympiques placent le trimestre en cours à risque. Parce que l'audience de Global pourrait encore souffrir, mieux vaut sans doute attendre octobre afin de tenter d'avoir un peu plus d'éclairage. La probabilité d'une hausse du titre est de toute façon faible, il sera encore temps de l'attraper. L'investissement est à conserver sur l'écran radar.


Chorus (CHR.B, 6,05 $)


La société aérienne cette fois. Son dividende est lui aussi intéressant. À 0,48 $ par action, il offre un rendement annuel de près de 7,8 %.


L'enjeu en est un de diversification. Jusqu'en 2025, Chorus a une entente avec Air Canada pour assurer les dessertes régionales. Les tarifs d'utilisation de ses appareils sont bien déterminés. Ils ne le sont pas en fonction des heures d'utilisation, mais du nombre d'appareils utilisés. Le dividende semble relativement sécurisé jusqu'en 2020, si le marché se maintient. En 2021, cependant, le décor change. Les prix payés pour les services de desserte de Chorus commencent à diminuer. Tout comme le recours à ses services.


En théorie, Chorus devrait louer des avions à Air Canada à partir de cette date, ce qui permettrait de contrebalancer en partie les dessertes perdues. Elle devrait aussi pouvoir compter sur des revenus de location d'appareils à d'autres sociétés aériennes. C'est le créneau qu'elle souhaite développer. La direction est confiante et voit un important potentiel de location d'appareils chez d'autres flottes régionales.


Constat ?


Il est difficile de voir au-delà de 2020. Au cours actuel, tout le rendement apporté par le dividende (7,8 %) sera effacé si le titre recule à 5,62 $. Il faut donc tenter de voir si le marché anticipe un scénario pessimiste, réaliste ou optimiste dans son évaluation de l'avenir. À environ 6 fois le BAIIA prévu dans la prochaine année, le titre se situe plutôt dans la haute fourchette historique, ce qui traduit un certain optimisme. C'est le reflet de l'humeur actuelle du marché. Cela devrait nous inciter à la prudence.


Remarquez cependant que, sur deux ans, le dividende protège une perte en capital de près de 15 %. Si l'optimisme du marché tient toujours à ce moment, on récolte un rendement intéressant, presque assurément supérieur à celui de l'ensemble du marché. Si l'optimisme s'envole et que le plan ne donne pas de résultats intéressants, il se trouve un coussin pour éponger en partie le recul, ce que n'offrent pas la plupart des titres.


À chacun de faire son choix.


Sur le radar


Les recommandations des analystes qui suivent le titre de Corus (CJR.B)


7 Conserver


2 Surperformance


1 Sous-performance


Cours cible : 12,45 $ (actuel : 12,81 $)


Les recommandations des analystes qui suivent le titre de Chorus (CHR)


3 Conserver


1 Acheter


4 Surperformance


Cours cible : 7,10 $ (actuel : 6,05 $)


Sources : Thomson Reuters

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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