Pourquoi il faut demeurer optimiste malgré la conjoncture

Publié le 31/12/2017 à 09:16

Pourquoi il faut demeurer optimiste malgré la conjoncture

Publié le 31/12/2017 à 09:16

Donald Trump. (Photo: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE - L'actualité nous bombarde sans cesse de nouvelles donnant l'impression que le monde va très mal. On a même parfois l'impression que nous sommes au bord du gouffre. Malgré tout, il y a des raisons d'être optimiste, car nous vivons dans une époque relativement calme dans l'histoire.


Oui, oui, relativement calme. Dans son édition de novembre-décembre 2016, le magazine américain Foreign Policy a publié une longue analyse bien documentée à ce sujet: The Case for Optimism.


«Nous ne vivons pas dans un monde parfait, mais nous vivons dans un monde perfectible», soulignait avec justesse David Rothkorf, qui était à l'époque grand patron et éditeur du group FP.


Contrairement à ce que l'on pourrait croire, prôner l'optimisme en ces temps difficiles, voire anxiogènes (un sentiment exacerbé par les réseaux sociaux), n'est pas une posture intellectuelle jovialiste. Des statistiques permettent de constater que l'humanité a fait effectivement des progrès considérables au cours des dernières décennies, voire siècles.


Par exemple, nous vivons dans un monde beaucoup moins violent qu'auparavant.


Vous êtes sceptiques? C'est compréhensible. Il suffit de regarder les CNN et RDI de ce monde en boucle pendant 48 heures pour avoir l'impression que tout va mal ou presque.


Voici donc quelques statistiques pour vous convaincre du contraire et mettre les choses en perspective.


La violence a reculé dans le monde


Steven Pinker, de l'Université Harvard, a bien expliqué cet enjeu dans The Better Angels of Our Nature, un essai montant que la violence a diminué au fil des siècles. «Croyez-le ou non... la violence a décliné sur une longue période de temps, et nous visons aujourd'hui dans la période la plus paisible de l'histoire», écrit-il.


Bien entendu, il y a eu la Première Guerre mondiale (1914-1918) et la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945). Mais hormis ce type de conflits, la violence diminue, souligne Steven Pinker.


Par exemple, en 1950, de 500 000 à 900 000 personnes sont mortes sur un champ de bataille. En 2008, ce chiffre avait chuté à 30 000 personnes, selon le site PolitiFact.


Pour leur part, des chercheurs de l'Université Simon Fraser, soulignent qu'il y a un consensus parmi les chercheurs voulant que «le nombre et la mortalité des guerres interétatiques ont décliné dramatiquement depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et que l'incidence des guerres civiles a décliné substantiellement depuis la fin de la guerre froide».


Qualité de vie, richesse, santé, éducation à la hausse


La qualité et l'espérance de vie se sont aussi grandement améliorées.


Par exemple, l'espérance de vie moyenne a plus que doublé depuis 1900.


L'accès à l'eau potable s'est aussi amélioré dans le monde. Par exemple, en 1990, seulement 76% des gens avait accès à de l'eau potable dans le monde, selon Foreign Policy. Aujourd'hui, ce taux avoisine les 91%.


On note aussi le même progrès au niveau politique.


En 1850, la vaste majorité de l'humanité vivait sous un régime autocratique ou dans une colonie. Aujourd'hui, la majorité des Terriens vivent dans un pays régi par des règles démocratiques, soit plus de 4,1 milliards de personnes.


Le niveau de vie a également fait des progrès considérables au fil des décennies, principalement en raison de la libéralisation du commerce international.


Par exemple, en 1960, le PIB par habitant moyen dans le monde s'élevait à 449,63 $US, selon la Banque mondiale. En 2015, il s'élevait à plus de 15 000 $US.


L'alphabétisation a aussi fait des pas de géants au fil des siècles.


En 1800, presque neuf personnes sur 10 étaient illettrées. Aujourd'hui, sensiblement la même proportion (soit 90%) sait lire et écrire, souligne Foreign Policy.


Au niveau du climat, par contre, les choses sont moins réjouissantes, même si l'on note des signes d'amélioration.


Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre (GES) se sont stabilisées dans le monde en 2015, et devraient demeurer quasiment stables en 2016, selon les conclusions du Global Carbon Project, dont faisait état récemment le quotidien Le Monde.


Par contre, l'élection de Donald Trump n'augure rien de bon pour la lutte aux changements climatiques, selon plusieurs analystes. Non seulement le nouveau le président américain est un climatosceptique, mais il a aussi nommé un climatosceptique à la tête de l'Agence américaine de protection de l'Environnement (EPA).


Mais là encore, il y a des raisons d'être optimiste, malgré tout.


Le rôle des villes dans la lutte aux changements climatiques


Dans un entretien à Les Affaires en juin 2016, le politologue américain Benjamin R. Barber, auteur du best-seller Et si les maires gouvernaient le monde?, soulignait que les villes étaient les principaux acteurs pour régler une foule de problèmes dans le monde, incluant les changements climatiques.


Environ 80% du PIB mondial provient des villes. La lutte aux changements climatiques se fait et se fera donc essentiellement dans les villes.


Par conséquent, si des métropoles comme New York, Paris ou Shanghai font de la lutte aux changements climatiques une priorité (et c'est déjà le cas), l'inaction des gouvernements centraux -par exemple, le gouvernement fédéral aux États-Unis- a beaucoup moins d'impact.


Notre monde est en mouvance.


Les repères d'autrefois sont en train de changer.


Tout s'accélère, notamment en raison des changements technologiques.


L'échiquier mondial se transforme, il devient multipolaire, où les grandes puissances devront cohabiter pour maintenir la paix mondiale.


Certes, des tensions géopolitiques existent, entre les États-Unis et a Chine par exemple, et la montée du populisme de droite et de gauche représente tout un défi pour nos démocraties.


Mais nous ne sommes pas en 1914 et à l'aube d'une nouvelle guerre mondiale. Et nous ne vivons certainement pas une réplique des années 1930, où l'on a assisté à la montée du fascisme et du nazisme, répètent les historiens.


Que ce soit aux États-Unis en Pologne ou en France, le populisme est une mouvance identitaire, protectionnisme, souvent xénophobe, voire «illibérale», pour reprendre l'expression du journaliste et auteur américain Fareed Zakaria.


Mais ce n'est pas du fascisme - les mots et la réalité ont encore un sens. La lecture du grand spécialiste du fascisme, l'italien Emilio Gentile, auteur du classique Qu'est-ce que le fascisme? devrait appaiser les craintes de ceux et celles qui voient en Donald Trump un futur Adolf Hitler.


Donc, malgré une conjoncture difficile, il faut demeurer optimiste et croire encore en l'avenir, car l'humanité a vécu des heures bien plus sombres dans le passé. Beaucoup plus sombres, et elle s'en est sortie, en plus d'améliorer constamment son sort.


Bref, Keep Calm and Carry On, pour reprendre une expression bien britannique.


 


*Réédition actualisée de mon analyse initialement publiée le 31 décembre 2016

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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