Macron pourra-t-il faire sa révolution?

Publié le 17/06/2017 à 09:45

Macron pourra-t-il faire sa révolution?

Publié le 17/06/2017 à 09:45

Le président français Emmanuel Macron (source photo: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE– À moins d’une surprise de taille, le nouveau président français Emmanuel Macron et son parti La République en marche (LRM) devraient remporter haut la main le second tour des élections législatives ce dimanche. Le chef de l’État pourra-t-il réformer la France? S’il a des alliés, il a aussi des adversaires qui lui mettront des bâtons dans les roues.


Au premier tour des législatives le 11 juin, La République en marche et son allié, le Modem, ont récolté 32,3% des voix, rayant pratiquement de la carte le parti socialiste au pouvoir depuis 2012. Et si la tendance se maintient, le parti du président de la République obtiendra une forte majorité au second tour, selon différentes firmes de sondage.


Seule ombre au tableau: le taux d’abstention historique. En effet, 51,3% des électeurs ont boudé les isoloirs le 11 juin, ce qui fragilise la légitimité d’Emmanuel Macron pour faire sa mini révolution française.


Car, ce qu’Emmanuel Macron propose est une révolution pour la société française. Son programme comprend six grands chantiers :


-l’éducation et la culture



-la société du travail



-la modernisation de l’économie



-le renforcement de la sécurité de la nation



-le renouveau démocratique



-la défense des intérêts français à l’international


Tout d’abord, sur le plan macroéconomique, Emmanuel Macron propose deux grandes mesures phares: une réduction des dépenses publiques d’au moins 60 milliards d’euros (80 G$CA) par an en fin de quinquennat et un plan d’investissement de 50 milliards d’euros (74 G$CA) sur 5 ans pour «préparer le modèle de croissance de demain».


Regardons de plus près les mesures qu’ils proposent, des idées inspirées à la fois de la droite et de la gauche.


(TRAVAIL) Emmanuel Macron ouvrira les droits à l’assurance-chômage aux salariés qui démissionnent, mais une fois tous les 5 ans. En contrepartie, les travailleurs qui ne feront pas d’«efforts suffisants» de recherche d’emploi ou qui refusent des «offres raisonnables» verront leurs allocations suspendues.


(TRAVAIL) Le président de la République diminuera le coût du travail, en réduisant les cotisations sociales des employeurs.


(INVESTISSEMENT) Le gouvernement réduira le taux d’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% pour rejoindre la moyenne européenne.


(MARCHÉS PUBLICS) La France réservera l’accès aux marchés publics européens aux entreprises qui localisent au moins 50% de leur production en Europe dans le cadre d’un Buy European Act.


(RETRAITE) Aucun changement: Emmanuel Macron ne touchera à l’âge de départ à la retraite ni au niveau des pensions.


(SÉCURITÉ) Le gouvernement recrutera 10000 policiers et gendarmes supplémentaires, en plus de construire 15000 nouvelles places en prison.


(INDUSTRIE) Emmanuel Macron veut construire une Europe qui protège les industries stratégiques locales, par le biais d’un mécanisme de contrôle des investissements étrangers en Europe.


(FONCTION PUBLIQUE) Le président de la République veut accélérer la numérisation de l’administration (tous les renouvellements des documents officiels devront pouvoir se faire en ligne), et les horaires de services publics seront élargis aux soirées et au samedi.


(IMMOBILIER) Le gouvernement exonérera de la taxe d’habitation tous les Français des classes moyennes et populaires, ce qui représente 80% des ménages.


(LOGEMENT) Emmanuel Macron accélérera la construction de logements dans les zones où les logements coûtent trop cher, et ce, afin de faire baisser les prix.


(SERVICES PUBLICS) Tous les services publics accueillant du public (hôpital, école, tribunal, etc.) devront afficher leurs résultats en termes de qualité de service (attente, satisfaction).


(RETRAITE) Le gouvernement augmentera le minium de la vieillesse de 100 euros par mois.


(ENTREPRISE) Le gouvernement publiera les noms des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale entre les femmes et les hommes.


(ENTREPRISE) La France imposera les grands groupes Internet sur les revenus réalisés sur le territoire français.


Programme ambitieux s’il en est un.


Reste à voir si Emmanuel Macron réussira à le déployer compte tenu de la difficulté, pour les gouvernements successifs, à réformer la société et l’économie française depuis quelques décennies.


La victoire attendue de La République en marche au second tour pourrait laisser croire qu’il sera relativement facile pour Emmanuel Macron de transformer la France.


Mais il y a un bémol.


Le taux d’abstention record au premier tour des élections législatives révèle que la grande majorité des Français sont loin d’être enthousiasmés à l’égard du nouveau président de la République.


Par ailleurs, la faiblesse anticipée de l’opposition dans l’Assemblée nationale pourrait faire en sorte que l’opposition aux réformes proposées par Emmanuel Macron se transporte dans la rue, une tradition historique en France héritée de la Révolution française.


Or, si la rue se mobilise en France, le président de la République pourrait avoir de la difficulté à faire sa propre révolution.


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000, François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières, et il fait actuellement des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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