Le G7, cette relique (inutile) du 20e siècle

Publié le 05/06/2018 à 19:37

Le G7, cette relique (inutile) du 20e siècle

Publié le 05/06/2018 à 19:37

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – Dans les prochains jours, les médias parleront sans relâche du sommet du G7 qui se tient à La Malbaie, dans Charlevoix, vendredi et samedi. Or, malgré la présence de chefs d’État et de gouvernement, on accorde beaucoup trop d’importance à ce forum qui représente l’ordre international des années 1970, pas celui d'aujourd'hui.


Le groupe des sept principaux pays industriels (le G7) a été imaginé en 1975 par le président français Valérie Giscard d’Estaing et le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt. Le Canada s’est joint officiellement au groupe l’année suivante, en 1976, grâce au soutien américain.


Ce club sélect est composé des États-Unis, du Japon, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et du Canada. Depuis 1977 (sommet de Londres), le président de la Commission européenne participe aux discussions.


Et en 1997, la Russie a été admise (on parlait alors du G8), mais on l’a expulsée après l’annexion de la Crimée, une région de l'Ukraine, en 2014.


Bien entendu, on aborde des enjeux importants lors des sommets du G7, dont le Canada assume la présidence en 2018. À La Malbaie, on abordera cinq grands thèmes :


-investir dans la croissance économique qui profite à tout le monde


-promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes


-construire un monde plus pacifique et plus sûr


-se préparer aux emplois de l’avenir


-travailler ensemble à l’égard des changements climatiques, des océans et de l’énergie propre.


Mis à part quelques extrémistes de gauche et de droite, vous ne trouverez pratiquement personne contre ces thèmes pertinents et rassembleurs.


Là n’est pas la question.


Un club sélect non représentatif du monde


Le problème réside plutôt dans la représentativité du G7 et de ses retombées concrètes dans le monde (pour la région de Charlevoix, elles seront en revanche importantes au niveau économique et touristique).


Et pour déconstruire l’aura autour du G7, rien de mieux que des chiffres pour mettre les choses en perspectives.


Tout d’abord, d’un point de vue strictement économique, le Canada ne fait même plus partie -depuis des années- des sept principales économies de la planète.


En fait, il arrive au 10e rang derrière le Brésil, comme on peut le voir sur ce tableau publié récemment par le Fonds monétaire international (FMI).


Même l’Italie, la quatrième économie européenne, ne figure plus dans le top sept...



Globalement, le poids économique des pays G7 n’est plus du tout ce qu’il était en 1975.


À l’époque, l’Occident et le Japon dominaient l’économie mondiale. L’Union soviétique pâtissait d’un déclin économique, la Chine communiste était un pays du tiers monde et les économies émergentes n’avaient pas encore décollé, à l’exception des «quatre dragons asiatiques», c’est-à-dire la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour.


C’est un tout autre portrait aujourd’hui.


Ensemble, les sept pays du G7 représentent 46% du PIB mondial (calculés en dollars américains) et 10% de la population de la planète, selon les plus récentes données du World Factbook de la CIA, l'agence américaine du renseignement.


Près de 45 ans après sa fondation, force est de constater que le G7 souffre d’un grave problème de représentativité.


Comment peut-on imaginer encore aujourd’hui pouvoir régler de grands enjeux internationaux -géopolitique, économique, environnementaux, sociaux, etc. - sans la contribution de la Russie, de la Chine, du Brésil ou de l’Inde, sans parler de puissances intermédiaires comme la Corée du Sud, la Turquie, l’Afrique du Sud ou le Mexique?


Le G20 est beaucoup plus légitime


C’est d’ailleurs pourquoi on a créé le forum du G20 en 1999, à l’initiative du sommet des ministres des Finances du G7, alors que le monde sortait de la terrible crise asiatique qui avait ébranlé l’économie mondiale.


Le G20 comprend 19 pays et l’Union européenne, et il regroupe des pays sur tous les continents.



Le G20 est beaucoup plus représentatif que le G7 :


-il représente 85% du PIB mondial


-il pèse pour 66% de la population de la planète


-il regroupe 75% du commerce international


-il est responsable de 80% des investissements dans le monde


Bien entendu, il est plus difficile de discuter d’enjeux internationaux avec des pays aussi variés que l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud, la Chine ou la Russie.


Mais cela peut donner davantage de résultats concrets et structurants pour le monde.


Certains spécialistes objecteront que le forum du G7 a toujours sa pertinence, principalement parce qu’il s’agit de démocraties libérales.


C’est un bon point.


Cela dit, le G20 compte une majorité de démocraties libérales, c’est-à-dire les membres du G7 et d’autres pays démocratiques comme l’Australie, l’Inde ou le Brésil.


À la défense G7, on avance aussi que le forum permet une meilleure coordination des politiques économiques et monétaires des pays membres, ce qui favorise la stabilité mondiale.


C’est effectivement vrai.


En revanche, peut-on vraiment penser stabiliser le système financier international sans le concours de la Chine, la deuxième économie mondiale, dont le yuan est la huitième devise la plus transigée dans le monde, selon la Banque des règlements internationaux (BRI)?


Le monde a beaucoup changé depuis 1975


Le monde a drastiquement changé depuis la fondation du G7.


Le communisme s’est effondré en Europe et l’Union soviétique a disparu.


L’économie mondiale s’est à nouveau mondialisée, après la période de «démondialisation» allant grosso modo de la révolution russe en 1917 à la chute du mur de Berlin en 1989.


De nouveaux marchés de consommateurs sont apparus aux quatre coins du monde avec la montée de pays émergents.


La Chine, qui avait toujours été la première puissance économique au monde jusqu’à la fin du 18e siècle, reprend tranquillement sa place au sommet de l’échiquier mondial depuis le début des années 1980.


Enfin, l’Afrique est en train de connaître un boom démographique sans précédent dans l’histoire humaine qui fera doubler sa population à plus de 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, selon les prévisions de l'Organisation des Nations unies (ONU).


Et, dans ce contexte, le G7 serait encore un forum pertinent?


Permettez-moi sérieusement d’en douter.


Et vous?


 


 


 


 


 


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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