La Chine est le plus grand risque politique

Publié le 28/03/2018 à 12:00

La Chine est le plus grand risque politique

Publié le 28/03/2018 à 12:00

La montée en puissance de la Chine et le potentiel de confrontation économique et technologique avec les États-Unis représentent le plus grand risque géopolitique auxquelles sont confrontées les multinationales nord-américaines, affirme Ian Bremmer, président et fondateur d’Eurasia Group, une firme de recherche et d'analyse du risque politique.


«La Chine dépense beaucoup d’argent aux quatre coins du monde pour construire des infrastructures et pour mettre en place des standards chinois, sans parler des grandes sociétés d’État chinoises qui remettent en question le libre marché», explique Ian Bremmer en entretien à Les Affaires en marge de l’allocution qu’il a donnée devant l’organisation CFA Montréal, ce mercredi 28 mars.



Docteur en science politique, Ian Bremmer est l’auteur de plusieurs essais sur les relations internationales et les risques politiques, dont Superpower (Three Choices for Amercia’s Role in the World) publié en 2015. Son prochain livre, Us vs. Them : The Failure of Globalism, paraîtra en avril.


La montée en puissance économique et politique de la Chine s’est amorcée depuis les années 1990. Cette tendance s’est toutefois accélérée avec la présidence de Xi Jinping, depuis 2013, qui a multiplié les projets économiques, politiques et militaires afin d’accroître la puissance et l’influence de la Chine en Asie et ailleurs dans le monde.


Le président Xi est d’ailleurs devenu récemment le leader chinois le plus puissant depuis Mao Tsé-toung (1893-1976) avec la suppression de la limite des mandats présidentiels. Un geste qui assure une plus grande stabilité à moyen terme du pays, mais qui insuffle une dose massive d’incertitude à long terme, affirment des spécialistes de la Chine.


Comment réduire ce risque géopolitique pour les entreprises nord-américaines dans ce contexte ?


Il n’a pas de solution unique, admet Ian Bremmer.


Cela dit, les entreprises ont tout intérêt à se préparer au pire. Une récession mondiale pourrait par exemple survenir à la suite de tensions économiques majeures entre la Chine et les États-Unis, comme actuellement avec la volonté de l’administration Trump d’imposer de nouveaux tarifs sur plus de 60 milliards de dollars d’importations chinoises.


Pour en savoir plus sur la stratégie de Trump, lire aussi À l'attaque du Made in China 2025.


«Les entreprises doivent avoir un plan», insiste le politologue.


Elles peuvent par exemple évaluer leur logistique, et ce, afin de limiter, si c’est nécessaire, l’exposition de leur chaîne d’approvisionnement à certains fournisseurs chinois.


Les multinationales nord-américaines devront s’y faire : la montée en puissance de la Chine et le potentiel de confrontation avec Washington représentent un risque qui est là pour rester dans un avenir prévisible, car le président XI est très ambitieux, souligne Ian Bremmer.


«La stratégie de la Chine consiste à mettre de l’avant ses intérêts économiques et technologiques dans le monde afin de créer un ordre mondial qui est plus aligné sur les intérêts de Pékin et moins sur ceux des États-Unis», dit-il.


Et, selon lui, la course qui vient de s’amorcer entre les Américains et les Chinois pour le développement et la domination de l’intelligence artificielle (IA) pourrait créer de vives tensions entre la Chine et les États-Unis si l’IA devenait un jour un enjeu de sécurité nationale.


 


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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