L'affaiblissement de la Chine fera mal à l'économie mondiale

Publié le 14/10/2017 à 10:12

L'affaiblissement de la Chine fera mal à l'économie mondiale

Publié le 14/10/2017 à 10:12

Source image (Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE - Le dragon chinois est toujours puissant, mais il perd de sa vitalité. Pour la première fois depuis un quart de siècle, la croissance économique de la Chine pourrait descendre sous la barre des 6% en 2018. Et le monde entier sentira l’onde de choc, au premier chef les pays ressources comme le Canada.


L’Economist intelligence unit (EIU), une division du groupe The Economist, vient de publier une longue analyse à ce sujet (Strong Leader, Tough Decisions : What China’s Party Ccongress Means for Economic Policy), en prévision du 19e congrès du parti communiste chinois (PCC) qui s’ouvre à Pékin le 18 octobre.


Le président Xi Jinping sera sans surprise confirmé dans ses fonctions pour un deuxième mandat de 5 ans durant ce congrès. On saura aussi qu’elle sera la composition du prochain bureau politique (onze des actuels 25 membres doivent partir à la retraite) qui dirigera la Chine d’ici 2022.


La nouvelle équipe prendra donc les rênes du pays alors que le PIB chinois devait croître de 5,8% en 2018, selon les prévisions des analystes de l’EIU.


Ils anticipent certes un rebond à 6,1% en 2019. Mais par la suite, la croissance chinoise décélérera sous la barre des 6% en 2020 et 2021.


Plusieurs facteurs expliquent cette situation.


Pourquoi la Chine ralentit


La banque centrale chinoise a commencé à augmenter les taux d’intérêt. Elle veut réduire la spirale de l’endettement en Chine et s’ajuster à la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis, et ce, afin d’éviter une fuite de capitaux vers l’économie américaine.


On assiste aussi à une diminution constante de la population active.


La Chine est l’une des sociétés les plus vieillissantes au monde, principalement en raison de la politique de l’enfant unique. Adoptée dans les années 1970, elle a été récemment assouplie. Le pays pâtit aussi d’un manque chronique d’immigration.


Enfin, la Chine souffre d’un problème de productivité. Non seulement elle est relativement peu élevée, mais elle est aussi en déclin.


En 2014, une étude du Conference Board (The Long Soft Fall in Chinese Growth) soulignait que la productivité chinoise diminue depuis la crise financière mondiale de 2007-2008.


Pourquoi? Parce que l’économie chinoise est de moins en moins efficace.


Cela dit, même avec un taux de croissance de son PIB à 5,8% en 2018, la Chine demeure l’une des économies les plus dynamiques au monde.


Ce rythme est trois fois supérieur à la moyenne des pays développés (1,8%) et plus élevé que la moyenne des économies émergentes (4,5%), selon la Banque Mondiale.


De plus, en terme absolu, le PIB de la Chine s’élève à 11 220 milliards de dollars américains (G$US), ce qui représente 60 % de celui des États-Unis.


Bref, la Chine est un poids lourd de l’économie mondiale.


C’est d’ailleurs pourquoi la décélération de son PIB affectera la plupart des pays de la planète, selon l’analyse de l’EIU.


Les secteurs les plus affectés dans le monde


Le secteur des ressources naturelles sera l’un des secteurs les plus touchés. La diminution de la croissance en Chine réduira les importations de ressources et de denrées de la Chine.


Par conséquent, les principaux pays producteurs et exportateurs de ressources en Chine comme l’Australie, l’Indonésie et le Brésil verront leur croissance économique décliner. L’analyse de l’EIU ne mentionne pas spécifiquement le Canada (sans parler du Québec et de son Plan Nord), mais le pays sera sans doute lui aussi affecté par l’affaiblissement de la Chine.


Les pays producteurs et exportateurs d’équipements et de machinerie en Chine pâtiront aussi du déclin de la croissance chinoise. Un pays comme l’Allemagne (le moteur économique de l’Europe) est particulièrement à risque.


La conjoncture en Chine réduira aussi les investissements chinois dans le monde, qui stimulent la croissance économique dans plusieurs régions du monde, au premier chef en Afrique.


Le tourisme chinois est aussi appelé à diminuer.


En 2016, les dépenses des Chinois dans le monde ont totalisé 261 G$US, soit plus du double par rapport à celles des Américains, selon l’Organisation mondiale du tourisme, une agence de l’Organisation des Nations unies (ONU).


Enfin, le déclin du PIB chinois pourrait aussi avoir un impact indirect sur les autres pays émergents qui dépendent des investissements étrangers (autres que ceux de la Chine) pour soutenir leur croissance.


Comme la Chine ralentit, les investisseurs internationaux pourraient avoir le sentiment que les économies émergentes seront moins dynamiques. Cette situation pourrait les inciter à investir davantage dans les pays développés, où les perspectives de croissance sont «relativement robustes» en 2018, souligne l’EIU.


Chine, Japon, même combat?


La Chine amorce un virage majeur dans son histoire économique.


Dans les prochaines années, le PIB chinois progressera à des niveaux inférieurs à ceux auxquels nous étions habitués.


Cette situation n’est pas unique en Asie, le Japon en est un bel exemple.


Après une croissance fulgurante surpassant les 10 % dans les années 1960 (on parlait alors du miracle japonais), le Japon a lui aussi subi une décélération, comme la Chine le vit actuellement.


Bien entendu, l’économie chinoise se transforme.


Le pays mise davantage sur le secteur des services et la consommation pour se développer, sans parler des hautes technologies. Cette transformation crée aussi de nouvelles occasions d’affaires pour les exportateurs et les investisseurs.


Par contre, cette transformation du dragon chinois ne se fera pas sans heurt pour l’économie mondiale.


C’est pourquoi nous allons ressentir l’onde de choc.


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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