Et si Trump était réélu en 2020?

Publié le 23/06/2018 à 07:43

Et si Trump était réélu en 2020?

Publié le 23/06/2018 à 07:43

Le président américain Donald Trump (source photo: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – Tous les analystes ou presque affirmaient que l’élection de Donald Trump était impossible en 2016. Maintenant, la plupart d’entre eux prédisent sa défaite en 2020 contre le futur candidat démocrate. Et si tout ce beau monde se trompait en sous-estimant les appuis du président et en surestimant la capacité des démocrates de rebondir? Bref, et si Donald Trump était réélu pour un second mandat en novembre 2020?


Même s’il est très difficile de quantifier ce scénario, les investisseurs et les exportateurs doivent néanmoins en tenir compte dans leur planification stratégique et leur gestion du risque politique à long terme. Car, la réélection de l'actuel président américain continuerait de perturber le commerce international, qui est déjà passablement perturbé depuis son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2017.


Le Canada y goûte particulièrement : renégociation forcée de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), imposition de tarifs sur les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis, attaque en règle contre la gestion de l’offre (le système qui encadre la production de lait, d’œufs et de volaille au pays, et qui est toléré par l’Organisation mondiale du commerce puisque nous n'exportons pas ces produits).


Il va sans dire que les élections de mi-mandat en novembre pourraient affaiblir les républicains, qui contrôlent actuellement à la fois la Chambre des représentants et le Sénat. Si les démocrates reprenaient le contrôle d’une des deux chambres du Congrès, voire les deux, cela n’empêcherait pas du reste Donald Trump de se faire réélire.


Comment les Américains perçoivent-ils leur président actuellement?


Selon un sondage Gallup publié le 18 juin, le locataire de la Maison-Blanche récoltait un taux d’approbation de 45%, soit le même niveau que durant la semaine suivant son inauguration à la présidence, le 20 janvier 2017.


Mais il s’agit d’une remontée de 10 points, car son taux d’approbation avait chuté à 35% à l’automne 2017.



Un taux 45% situe Donald Trump au même niveau que d’autres présidents américains durant le mois de juin de leur deuxième année à la Maison-Blanche tels que Barack Obama (46%), Bill Clinton (46%), Ronald Reagan (45%) et Jimmy Carter (43%).


Or, à l’exception de Jimmy Carter (1977-1981), tous ces présidents ont dirigé les États-Unis pendant deux mandats.


En revanche, un score de 45% est beaucoup moins élevé que Dwight Eisenhower (62%), John F. Kennedy (70%), Richard Nixon (55%), George Bush père (68%) et George Bush fils (73%).


Et si l’on tient compte du taux d'approbation moyen de Donald Trump calculé sur une base trimestrielle, sa performance est beaucoup moins reluisante que celle de neuf anciens présidents (sur les 13 qui ont gouverné le pays depuis 1945), soit 39,1% comparativement à 60,8%, selon Gallup.



Pourquoi Donald Trump peut gagner


Dans ce contexte, pourquoi le président Trump aurait-il des chances d’être réélu? Tout simplement parce que les conditions socio-économiques, voire culturelles, qui ont permis son élection en novembre 2016 sont toujours en place, soulignent les spécialistes.


Et il s’agit principalement est la précarité des conditions des ouvriers et de classe moyenne américaine, dont le niveau de vie stagne depuis des décennies, montrent plusieurs études.


Plusieurs facteurs sont responsables de cette situation : le chômage technologique, la concurrence des pays à faible coût de main-d’œuvre et l’affaiblissement de l’État-providence depuis la révolution néolibérale amorcée sous Ronald Reagan dans les années 1980.


Or, les deux administrations démocrates qui ont dirigé les États-Unis depuis 1980, soit celle de Bill Clinton (1993 à 2001) et de Barack Obama (2009 à 2017), n’ont pas fait grand-chose pour améliorer le sort des ouvriers et de la classe moyenne, qui étaient pourtant la base électorale des démocrates depuis 1945.


Pis encore, durant la grande récession aux États-Unis (de décembre 2007 à juin 2009), des dizaines de milliers d’Américains ont perdu leur maison, tandis que l’administration Obama se portait au secours des General Motors de ce monde et des banques d’affaires de Wall Street.


Il fallait bien entendu éviter à tout prix que le système financier américain ne s’effondre, disent les économistes.


Mais en termes de perception, le sauvetage d’America Inc. alors que l’Américain moyen était essentiellement laissé à lui-même a fait un tort considérable au parti démocrate.


Trump courtise la base des démocrates


De plus, au lieu de se rapprocher de leur base traditionnelle, les démocrates sous Barack Obama ont eu tendance à s’en éloigner, même si le Obamacare (la mise en place d’une assurance-maladie universelle) se voulait une politique progressiste.


Et pendant la campagne présidentielle de 2016, la candidate démocrate Hillary Clinton a pris les ouvriers et la classe moyenne pour acquis, se permettant même de ne pas visiter les États industriels du nord du pays qui votaient traditionnellement pour les démocrates.


Donald Trump les a visités.


Résultat? Se sentant délaissée, une grande partie de la base traditionnelle des démocrates, en Ohio, au Michigan ou en Pennsylvanie, a donc voté pour le candidat qui s’intéressait à elle ou prétendait le faire, soit le républicain Donald Trump.


La situation ne manque pas d’ironie, car les ouvriers et la classe moyenne sont loin d’être la base traditionnelle des républicains qui n’ont d’yeux habituellement que pour Wall Street et les entreprises américaines.


Les démocrates pourraient reprendre le contrôle du Congrès en novembre, ce qui leur permettrait de proposer un agenda législatif plus progressiste pour reconquérir une partie de leur base traditionnelle.


Toutefois, il est fort probable -advenant ce scénario- que le président Trump s’y oppose ou force un recentrage des projets de loi d’un Congrès démocrate. Par conséquent, les démocrates auront peu d’occasions d’ici l’élection présidentielle de novembre 2020 de reconquérir leur base traditionnelle


Voilà bien pourquoi Donald Trump pourrait bien être réélu dans deux ans.


À moins bien entendu que les démocrates trouvent un candidat ou une candidate vedette qui réussisse à reconquérir le cœur des ouvriers et de la classe moyenne à court terme, le temps d'une campagne présidentielle.


Mais la barre est haute.


Très haute même.


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

Sur le même sujet

Trump imposera des tarifs sur 200 milliards $ de biens chinois

Les tarifs s'élèveront à 10% à leur entrée en vigueur lundi, puis grimperont à 25% en 2019.

Trump et Obama se disputent la paternité du boom économique

10/09/2018 | AFP

Donald Trump ne cesse de louer son bilan économique, ce qui a fait réagir Barack Obama.