Et si le tigre indien surpassait le dragon chinois?

Publié le 30/01/2016 à 09:35

Et si le tigre indien surpassait le dragon chinois?

Publié le 30/01/2016 à 09:35

(Photo: Shutterstock)

ANALYSE DU RISQUE - Malgré ses problèmes économiques et financiers, plusieurs analystes estiment que la Chine est l'économie de l'avenir en Asie. Et si c'était plutôt l'Inde qui était l'économie où les investisseurs avaient le plus intérêt à placer leurs billes à long terme?


Oui, oui, vous avez bien lu: et si le tigre indien surpassait un jour le dragon chinois?


Aujourd'hui, en 2016, il est bien difficile de croire que l'Inde puisse un jour devancer la Chine, autant l'économie chinoise a une avance importante sur l'économie indienne, soulignent les économistes.


Les statistiques du The World Factbook (un site appartenant à la CIA, l'agence américaine du renseignement) parlent d'ailleurs d'elles-mêmes.


La dominance de la Chine est totale... pour l'instant


Commençons par la taille de leur économie respective.


En 2014, le PIB de la Chine s'élevait à 10 360 milliards de dollars américains), soit cinq fois plus que celui de l'Inde (2 051 G$US).


Or, les deux pays ont sensiblement la même population, soit 1,367 milliard en Chine comparativement à 1,252 milliard en Inde.


L'Empire du Milieu dispose aussi d'une économie beaucoup plus moderne et diversifiée, quand on s'attarde à la composition du PIB.


Chine: agriculture (9,2 %), industrie (42,7 %), services (48,1 %).


Inde: agriculture (17 %), industrie (30 %), services (53 %).


La Chine est aussi une société beaucoup plus urbanisée que l'Inde.


En Chine, un peu plus de la moitié des Chinois (55,6%) habitent dans une ville. Et le taux d'urbanisation a progressé en moyenne de 3 % pas année entre de 2010 à 2015.


En Inde, le tiers seulement (32,7 %) de la population vit dans les centres urbains. Et le taux d'urbanisation progresse moins vite qu'en Chine à 2,4 % par année en moyenne depuis 5 ans.


Par ailleurs, comparativement à la Chine, l'Inde est encore un «nain commercial», souligne Le Monde. Elle est le 19e pays exportateur, avec 1,7% de part du marché mondial, et le douzième pays importateur, avec 2,4% des importations de la planète.


On le voit bien, le dragon chinois domine le tigre indien sur plusieurs points.


Malgré tout, l'Inde a plusieurs atouts qui pourraient faire la différence à long terme, soit d'ici 2100.


Pourquoi le tigre menace le dragon


Par exemple, la croissance du PIB indien est déjà supérieure à celle de la Chine.


En 2015, l'Economist intelligence Unit (EIU), une division du groupe The Economist, estime que l'économie indienne progressera de 7,2 % par rapport à 6,9 % en Chine.


Et pour l'ensemble de 2016, l'Inde devrait afficher une croissance de 7,5%, loin devant la Chine à 6,3 %, selon le Fonds monétaire international (FMI).


Et, en réalité, la croissance chinoise pourrait être plus faible que ne le rapportent l'EIU et le FMI, car plusieurs économistes affirment que le parti communiste chinois embellit la situation économique en Chine.


Il est toutefois impossible de trancher avec certitude à ce sujet.


Toute proportion gardée, l'Inde attire plus d'investisseurs


Les stocks cumulatifs des investissements étrangers sont un autre indicateur du potentiel du tigre indien.


Au 31 juillet 2014, ils s'établissaient 252,1 G$US en Inde par rapport à 1 334 G$US en Chine, soit cinq fois plus.


Or, toute proportion gardée (par rapport au PIB), le sous-continent indien attire plus d'investissements étrangers que la Chine: 12,3% comparativement à 10%.


Un autre atout majeur du tigre indien est sa jeune population, toujours en croissance. Actuellement, l'âge médian y est de 27 ans par rapport à 37 ans en Chine.


La démographie est à ce point galopante en Inde, qu'entre 12 et 15 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail - la moitié environ ne trouvent toutefois pas d'emplois.


C'est pourquoi le gouvernement indien s'est d'ailleurs donné l'objectif de former 400 millions d'employés par le biais du programme «Skill India» d'ici 2022.


Si la Chine souffre déjà d'une pénurie de main-d'oeuvre en raison du déclin de sa population active, l'Inde n'est pas à la veille de se retrouver dans cette situation, soulignent les économistes.


L'Inde surpasse la Chine dans 4 scénarios sur 5


La grande question est à savoir où se situera l'économie indienne dans les prochaines décennies?


Par exemple, dans l'étude The World in 2050, la Banque HSBC voit le tigre indien devenir la troisième économie mondiale (la neuvième actuellement), après la Chine et les États-Unis.


Certains économistes voient toutefois l'Inde surpasser la Chine dans plusieurs scénarios à plus long terme, soit d'ici 2100.


C'est le cas de Huw McKay, ancien économiste en chef de la banque australienne Westpac Bank (aujourd'hui vice-président, analyste des marchés et économies chez BHP Billiton).


Dans une analyse The World Economy in 2100, il a élaboré à partir des statistiques du FMI cinq scénarios dans lesquels l'Inde surpasse la Chine quatre fois sur cinq.


Scenario 1: Blue sky - l'Inde est la première économie de la planète avec 31,2% du PIB mondial; la Chine (20,3%) et les États-Unis (13,7%).


Scenario 2: China bull, Asia bear - la Chine est numéro un (27,2%); les États-Unis (18,4%) et l'Inde (17,2%).


Scenario 3: China bear, Asia bull - l'Inde est au sommet (34,7 %); les États-Unis (15,2%) et la Chine (11,5%).


Scenario 4: Asia bear - les États-Unis demeurent la première puissance économique (22,1%); l'Inde (20,8%) et la Chine (16,7%).


Scenario 5: Grey skies for the West - l'Inde est la plus importante économie (32,4%); la Chine (20,2%) et les États-Unis (13,6%).


Il faut bien entendu faire preuve de prudence avec ce genre de prévisions économiques à très long terme, car il peut se passer bien des choses au niveau géopolitique d'ici là.


Cela dit, elles montrent - aussi imparfaites soient-elles - le potentiel de l'économie indienne à long terme.


Enfin, le tigre indien a un autre atout majeur: c'est une démocratie, avec plus de 800 millions d'électeurs. Aussi, si les réformes peuvent être très longues à mettre en place dans ce pays, elles sont en revanche plus durables et stables, soulignent les analystes.


Certes, l'Inde fait face à d'immenses défis, et ce, de son déficit d'infrastructures à ses pénuries d'énergie en passant par la pollution atmosphérique, qui atteint désormais des niveaux plus élevés qu'en Chine, rapporte The Economist.


Quoi qu'il en soit, l'Inde est de plus en plus sur l'écran radar des investisseurs, qui voient plusieurs facteurs politiques et socio-écomomiques favorables dans ce pays à long terme.


C'est d'ailleurs pourquoi plusieurs analystes estiment que le tigre indien pourrait bien terrasser le dragon chinois au cours de ce siècle.

À propos de ce blogue

Dans son analyse weekend, François Normand traite des risques géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000, François Normand est spécialisé en affaires internationales. Que ce soit à partir de Montréal ou à l’étranger, il couvre les enjeux internationaux qui touchent les entrepreneurs et investisseurs québécois. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières, et il suit actuellement le cours Gestion des risques – marchés financiers (GRMF) auprès de ce même institut. Depuis une vingtaine d’années, il a aussi réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: -Stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); -Stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002) -Stage auprès des institutions de Hong Kong (2008) -Participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009) En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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