Et si la Chine offrait la réciprocité économique?

Publié le 07/04/2018 à 06:06

Et si la Chine offrait la réciprocité économique?

Publié le 07/04/2018 à 06:06

Le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump (Source: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE - Quand une entreprise japonaise exporte ou investit au Canada, une société canadienne peut grosso modo faire la même chose au Japon, c’est ce qu’on appelle la réciprocité économique. Or, la Chine n’offre pas la réciprocité à ses partenaires commerciaux, une situation qui explique en grande partie les vives tensions commerciales entre Pékin et Washington.


La Chine est membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis 2001, une adhésion rendue possible en grande partie grâce au président américain Bill Clinton. Dans les années 1990, l’administration Clinton était convaincue que cette adhésion allait libéraliser à terme l’économie chinoise.


Or, si des progrès ont été réalisés depuis 2001, la Chine demeure une économie relativement fermée au commerce et à l’investissement international, souligne le magazine américain Foreign Affairs.


Bref, la Chine communiste est loin d’être une économie de marché comme le Canada, l’Allemagne ou le Japon.


Interdictions et restrictions en Chine


Des interdictions et des restrictions existent dans plusieurs secteurs tels que la défense, les télécommunications ou la construction d’infrastructures.


Dans le transport, Pékin oblige les investisseurs étrangers à créer des coentreprises avec des joueurs chinois, ce qui soulève un enjeu de protection de la propriété intellectuelle -un enjeu évoqué actuellement par Washington dans son bras de fer avec les Chinois.


Par contre, les entreprises chinoises ne sont pas confrontées à ce type de barrières lorsqu’elles exportent ou investissent dans les pays industrialisés, même s’il y a bien entendu certaines restrictions.


Autrement dit, la réciprocité économique n’existe pas entre la Chine et ses principaux partenaires commerciaux, soulignent des analystes.


Et nul besoin d’avoir un accord de libre-échange entre deux pays pour avoir une réciprocité économique.


Par exemple, le Canada et le Japon n’ont pas d’accord de libre-échange (ils négocient toutefois une entente depuis 2012).


Or, même s’il y a des tarifs et des barrières réglementaires, les deux pays s’offrent mutuellement et sensiblement les mêmes accès à leur marché domestique.


C’est ce type de réciprocité économique qui est de plus en plus réclamée, au premier chef par le gouvernement américain, et ce, en raison du déficit commercial qui se creuse entre les États-Unis et la Chine.


 



Le Canada fait sensiblement face au même enjeu avec la Chine.


Le déficit commercial (pour les marchandises) se creuse en faveur de la Chine. En 2017, il s’élevait à 47,3 milliards de dollars canadiens, soit deux fois plus que les exportations totales du Canada en Chine (23,6 G$), selon Statistique Canada.


Les rares pays comme la Suisse qui ont un accord de libre-échange avec la Chine font aussi face à un enjeu de réciprocité.


Dans un récent éditorial, le quotidien suisse Le Temps affirme qu’il existe un «déséquilibre» dans la relation économique avec la Chine au niveau des partenariats scientifiques avec la Suisse, et qu’il est temps «d’exiger la réciprocité».


«La vague de rachats d’entreprises suisses par des groupes d’État chinois ces dernières années est loin de suivre la même logique. Là où Pékin peut s’emparer sans que Berne bronche d’un groupe aussi important que Syngenta, au nom de la liberté de commerce, il est impensable d’envisager l’inverse, à savoir le rachat d’un géant chinois par un acteur suisse», déplore Le Temps.


Pas facile de changer la Chine


Les spécialistes de la Chine vous le diront: il est très difficile de changer la Chine avec des pressions externes.


Cette culture millénaire, riche et fière de son histoire, a des priorités économiques et politiques que les Américains, les Européens, les Indiens ou les Japonais auront beaucoup de difficultés à infléchir.


Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine témoignent en grande partie de l’exaspération de Washington à l’égard du manque d’ouverture du marché chinois à la concurrence étrangère, soulignent des analystes.


L’administration Trump réussira-t-elle à convaincre la Chine d’accorder plus de réciprocité aux États-Unis?


Bien malin qui peut répondre à cette question.


Chose certaine, le principe de réciprocité deviendra sans doute un enjeu entre le Canada et la Chine, alors que les deux pays souhaitent conclure un accord de libre-échange et que le déficit commercial se creuse.


Reste à voir toutefois si Ottawa exigera la réciprocité à Pékin avant d’engager le Canada dans un libre-échange qui aura un impact majeur sur l’économie canadienne.


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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