Arabie saoudite: une tempête économique dans un verre d’eau

Publié le 10/08/2018 à 16:45

Arabie saoudite: une tempête économique dans un verre d’eau

Publié le 10/08/2018 à 16:45

[Photo: Getty Images]

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – Le Canada est la cible d’une fronde diplomatique de l’Arabie saoudite qui lui reproche d’être intervenu dans ses affaires internes. Si Ottawa pâtit au niveau politique, ce n’est pas le cas au niveau économique, car le royaume saoudien n’est pas un partenaire commercial et financier important pour le Canada.


Riyad reproche au gouvernement canadien d’avoir demandé de «libérer immédiatement» des femmes et des intellectuels que les autorités saoudiennes ont récemment emprisonnés.


En guise de représailles, l’Arabie saoudite a expulsé l’ambassadeur canadien, gelé le commerce et les investissements avec le Canada et rapatrié son ambassadeur à Ottawa.


De plus, le royaume saoudien transférera vers d’autres pays (principalement aux États-Unis) les quelque 7 000 étudiants saoudiens au Canada.


La compagnie aérienne Saudia arrêtera aussi de desservir le marché canadien.


Malgré cette liste de représailles, le risque géopolitique est minime pour les investisseurs et les exportateurs canadiens, à l’exception de SNC-Lavalin, qui a réalisé 11% de ses revenus en Arabie saoudite en 2017, selon le Globe and Mail.


Les statistiques parlent d’elles-mêmes.


En 2017, les exportations canadiennes de marchandises à destination de ce pays du Moyen-Orient se sont élevées à 1,5 milliard de dollars canadiens, selon Statistique Canada.


Cela représente 0,3% des exportations totales du Canada.


Le Canada y exporte principalement des véhicules militaires (43% des exportations totales vers ce pays), du minerai de fer et des véhicules de tourisme.


En 2014, General Dynamics Land Systems, une entreprise de London en Ontario, a signé un contrat de 15 G$CA pour exporter ses blindés légers en Arabie saoudite.


Pour l’instant, rien n’indique que ce contrat soit menacé par les tensions entre Riyad et Ottawa.


Par ailleurs, nos importations en provenance du royaume saoudien ont atteint 2,6 G$CA l’an dernier.


Cela représente 0,5% des importations totales du Canada.


Nous importons essentiellement du pétrole, de même que du minerai de cuivre et de l’aluminium sous forme brute.


Cette semaine, l’Arabie saoudite a indiqué que les importations de pétrole du Canada n’étaient pas menacées malgré la crise diplomatique avec Ottawa.


La relation entre les deux pays est également très limitée au chapitre des investissements.


Moins de 0,1% des investissements directs étrangers (IDE) du Canada sont réalisés en Arabie saoudite, tandis que le Canada représente 0,2% des IDE du royaume saoudien, selon les données du gouvernement canadien.


Le Canada sert d’exemple pour les autres démocraties


À moins qu’Ottawa ne présente des excuses, les tensions diplomatiques entre le Canada et l’Arabie saoudite ne se régleront pas à court terme, prévient la firme américaine spécialisée dans l’analyse en risque politique Eurasia Group.


«La désescalade de la crise diplomatique prendra du temps; le nouveau leadership saoudien utilise des outils économiques et politiques pour envoyer un message à ses partenaires, à savoir que l’intervention dans ses affaires intérieures ne sera pas tolérée», écrivait cette semaine dans une note Ayham Kamel, un spécialiste du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, chez Eurasia Group.


Selon Eurasia Group, cette crise survient alors que les États-Unis ont moins «d’appétit» pour la promotion des réformes démocratiques dans le monde et que l’on assiste à la montée en puissance de régimes autoritaires tels que la Russie et la Chine.


Un contexte qui incite des dictatures telles que l’Arabie saoudite à se montrer moins tolérante qu’auparavant face aux critiques de l’Occident en ce qui a trait aux droits de la personne.


Pour l’instant, les investisseurs et les exportateurs canadiens peuvent difficilement faire des affaires avec l’Arabie saoudite.


Cela dit, même si ce marché regorge d’occasions d’affaires, sa fermeture n’est pas une catastrophe pour les Canadiens étant donné la taille de cette économie émergente.


En 2017, l’Arabie saoudite, un pays de 28,6 millions d’habitants, affichait un produit intérieur brut (PIB) de 684 G$US, ce qui en fait la 19e économie mondiale, selon le Fonds monétaire international (FMI).


Son économie se situe entre celle des Pays-Bas (826 G$US) et de la Suisse (679 G$US).


Les dix principaux marchés d’exportation de marchandises du Canada sont les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, le Japon, le Mexique, la Corée du Sud, l’Inde, l’Allemagne, la Belgique et la France.


Ces dix marchés représentent 91% des exportations des entreprises canadiennes.


Bref, nous assistons à une crise diplomatique majeure entre le Canada et l’Arabie saoudite.


En revanche, au niveau économique et financier, on est loin d’une crise.


Très loin même.


 


 


 


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en affaires internationales, en énergie & ressources naturelles, et en analyse géopolitique. Ce passionné de relations internationales écrit actuellement un livre sur l’économie chinoise. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand