Comment le marché du travail se porte-t-il vraiment?

Publié le 29/08/2014 à 11:55

Comment le marché du travail se porte-t-il vraiment?

Publié le 29/08/2014 à 11:55

Un marché de l’emploi en santé est souvent l’indice d’une économie en santé. C’est pourquoi cette question attire l’attention des médias. Mais j’ai l’impression qu’actuellement, elle y est prédominante. Depuis la crise de 2008, l’attention du public, du milieu des affaires et du monde politique est manifestement plus marquée qu’auparavant, comme si le sentiment d’urgence était demeuré présent. Si bien que nous tentons collectivement de concrétiser la situation du marché de l’emploi, en nous basant sur des statistiques.


Je vous le dis d’entrée de jeu, je n’ai rien contre les chiffres, même qu’à titre de diplômé en mathématique, j’aime plutôt ça. Je trouve cependant dommage que nous en fassions une fixation, et ce, particulièrement lorsqu’il est question de statistiques. L’incertitude boursière qui a suivi l’annonce par Statistique Canada qu’une erreur s’était glissée dans l’Enquête sur la population active du mois de juillet témoigne bien de l’intérêt porté à ce type de statistiques.


Les résultats de cette Enquête sont attendus avec un intérêt au moins deux fois plus élevé que leur fiabilité! Je ne suis pas le premier à émettre des réserves à ce niveau, plusieurs économistes de renom ayant déploré le manque de constance des résultats mensuels de l’emploi. Plus précisément, il y a la plupart du temps des écarts considérables d’un mois à l’autre concernant la variation de l’emploi, qui ne reflètent pas l’état réel du marché de l’emploi. Pourquoi alors s’y fier autant? Évidemment, il est avisé de suivre l’évolution du marché de l’emploi même si les données disponibles ne sont pas les meilleures en ville! Il est seulement important de remettre ces données dans leur contexte.


Où on s’en va avec tout ça?


Quelle est l’heure juste en matière d’emploi au Québec? De manière générale, il y a lieu ni de se réjouir ni de paniquer. Par exemple, nous sommes très loin de la situation de la Grèce ou de l’Espagne qui vivent vraiment une période d’austérité. En effet, selon moi, il n’est pas faux de dire que le Québec est dans une période de relative stabilité par rapport à l’emploi. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, la province comptait 4 032 200 emplois en 2013, soit un sommet depuis la crise économique de 2008-2009. Toutefois, il s’agit d’une très légère progression par rapport à 2012 (1,2 %).


Plus spécifiquement, il y a des emplois disponibles sur le marché du travail québécois et il y a également des candidats pour occuper ces postes. Il est vrai que certains secteurs spécialisés ressentent les effets de la décroissance de la population en âge de travailler. Néanmoins, la situation n’est pas encore alarmante. Nous sommes dans un marché de l’emploi qui est très compétitif et où candidats et employeurs potentiels tentent de trouver le meilleur accord possible.


Si nous regardons vers l’avenir, les projections proposées par les économistes d’Emploi Québec, basées sur le scénario de croissance économique défini par le Conference Board du Canada, indiquent une croissance de l’emploi au cours des prochaines années. Si on ajoute à cela les emplois qui devront être pourvus en raison du départ à la retraite de nombreux travailleurs, le Québec devra combler plus d’un million de postes d’ici 2022. C’est de bon augure pour les jeunes travailleurs, les immigrants et les personnes de 55 ans et plus, puisqu’ils seront les principaux acteurs de ce futur monde du travail.


Par contre, la progression de la transformation de l’économie vers une économie du savoir continuera d’apporter son lot de mauvaises nouvelles. En effet, des histoires comme celles de MABE ou Electrolux feront encore les manchettes au cours des prochaines années. À l’opposé, des milliers d’emplois seront créés dans des organisations comme Ubisoft ou dans le secteur de l’aéronautique. Également, les entreprises de 100 employés et moins, où se retrouvent les deux tiers des emplois du Québec, connaissent actuellement une progression intéressante. Tout indique que cette croissance continuera à se faire sentir au cours des prochaines années.


En conclusion, côté emploi, ça ne va pas si mal au Québec. C’est un fait que nous pourrions faire mieux, mais la situation pourrait être bien pire. Comme nous l’a montré la période 2008-2011, nous ne sommes jamais à l’abri d’une crise. C’est pourquoi il faudra continuer de regarder les données sur l’emploi, mais en les remettant en contexte.


Sur ce, bonne fête du Travail à tous!

À propos de ce blogue

Florent Francoeur, CRHA est président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés depuis 1992. Sous sa direction, l’Ordre est passé de 800 à plus de 11 000 membres et a notamment obtenu le Grand Prix québécois de la qualité en 2005 et en 2008. Monsieur Francoeur a donné, au fil des années, des centaines de conférences et d’entrevues mettant en valeur les bonnes pratiques de gestion du personnel et de relations du travail dans les organisations.

Florent Francoeur

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