Vous avez un projet, pensez d'abord acceptabilité sociale

Publié le 05/12/2017 à 11:21

Vous avez un projet, pensez d'abord acceptabilité sociale

Publié le 05/12/2017 à 11:21

C’est  beau avoir des projets aux retombées économiques lucratives et qui, en plus,  respectent l’environnement. Pourtant, petit conseil : mieux vaut prendre en compte dès le départ le facteur acceptabilité sociale dans les communautés concernées avant de commencer quoi que ce soit.


C’est ce que recommande fortement la présidente et directrice générale du Centre interuniversitaire de recherche en analyses des organisations (CIRANO), Nathalie de Marcellis-Warin, qui s’intéresse à la gestion des risques et à la théorie des décisions. Professeur titulaire à la Polytechnique de Montréal, Mme de Marcellis-Warin animait la 6e conférence Acceptabilité sociale, présentée par les Événements Les Affaires, le 29 novembre dernier, à Montréal.


Les enjeux qui sont les moins socialement acceptables


Depuis 2011, elle et son équipe ont réalisé à trois reprises un baromètre sur la perception de risques des Québécois. Parmi les constats du CIRANO : Les centrales nucléaires, la consommation d'aliments contenant des OGM et l'utilisation des produits chimiques par les industries font partie du top trois des enjeux que les Québécois considèrent comme le moins socialement acceptable.


Remarquez, a-t-elle souligné, depuis la tragédie de Lac-Mégantic à l’été 2013, la population manifeste beaucoup plus d’intérêt et de préoccupation pour tous les enjeux liés au transport et à la gestion des matières dangereuses.


Elle souligne qu’au lendemain de la Commission Charbonneau, la corruption demeure toujours parmi les grandes préoccupations des Québécois. « Comme le sont aussi les débordements aux urgences et l’accès aux soins de santé», a-t-elle ajouté.


 


Dichotomie entre les citoyens et les élus


Le dernier baromètre révèle par ailleurs une grande dichotomie entre les élus et les citoyens. « Les élus, a-t-elle indiqué, ont le sentiment à plus de 80% qu’ils consultent adéquatement la population lorsqu’il est question de nouvelles infrastructures ou autres projets qui les concernent.» La réponse est toutefois aux antipodes chez les citoyens. « Seulement le quart d’entre eux considèrent avoir été consultés. En fait, plus de la moitié (53%) soutiennent ne pas être consultés du tout par leurs élus», a souligné Nathalie de Marcellis-Warin.


Le dernier sondage de CIRANO rapporte pourtant que plus de 70% de la population serait prête à consacrer du temps pour prendre part à des réunions d’information. Plus d’un répondant sur trois est même d’avis que les citoyens devraient jouer un rôle actif dans toutes les décisions qui les concernent. « En attendant, à l’exception des bâtiments municipaux et des infrastructures de loisirs, les élus ont tendance à sous-estimer le désir de la population d’être consulté pour les autres projets », a-t-elle précisé.


De nouvelles politiques de participation citoyenne en vue


Par ailleurs, le projet de loi 122, qui a été adopté à l’Assemblée nationale en juin dernier, constitue un bel exemple où l’acceptabilité sociale jouera un rôle majeur en amont des décisions, a fait savoir lors de la conférence  Julie Caron-Malenfant, directrice de l’Institut du Nouveau Monde (INM). Rappelons qu’avec cette nouvelle loi, les municipalités ne seront plus obligées de tenir un référendum à condition qu’elles adoptent une politique de participation publique.


Experte en acceptabilité sociale, Julie Caron-Malenfant a justement collaboré avec l’Union des municipalités du Québec (UMQ) afin de mettre en place un cadre de référence pour une politique de consultation. Elle a suggéré notamment la formation de comités consultatifs, d’utiliser les sondages en ligne, de proposer des assemblées publiques ou encore de former des groupes de discussion. « Il faut savoir que la participation publique est en constante évolution. Il n’y a pas qu’une solution idéale. En fait, peu importe la forme utilisée, la transparence demeure l’ingrédient crucial de tout politique de consultation », a indiqué Julie Caron-Malenfant.


Les élus ne peuvent plus prétendre qu’ils ont un mandat clair de la population, a-t-elle ajouté. « Surtout en ces temps où à peine 50% se présentent aux urnes pour les élire.»



Des citoyens ont des droits, mais aussi des devoirs


Le défi sera d’ailleurs de regagner la confiance des citoyens qui désertent le mode électoral, a renchéri Nathalie Simon, ex-mairesse de la ville de Châteauguay. Ex-vice-présidente du comité sur la consultation publique de l’UMQ, Mme Simon a travaillé avec  l’INM sur le cadre de référence qui tend à améliorer la gouvernance de proximité dans les municipalités.


« Ce sera un travail de longue haleine, a avoué Nathalie Simon. Certaines municipalités ont encore l’impression que de consulter les gens, c’est du temps et de l’argent gaspillés. Certaines maintiennent que le référendum demeure le meilleur concept démocratique.»


Quoi qu’il en soit, les citoyens devront, eux aussi, collaborer, a-t-elle insisté. «  Il faudra leur rappeler qu’ils n’ont pas que des droits. Ils ont aussi des devoirs face à leur municipalité. »


À propos de ce blogue

En coulisses est le blogue des Événements Les Affaires. Nous vous proposons un accès privilégié aux meilleures pratiques de la communauté d’affaires québécoises qui sont partagées lors de nos conférences. Notre mission : vous présenter des idées concrètes afin de vous aider dans votre réflexion et répondre à certaines de vos préoccupations d'affaires.

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