L’innovation en entreprise n’est plus une option

Publié le 24/09/2018 à 12:26

L’innovation en entreprise n’est plus une option

Publié le 24/09/2018 à 12:26

Il y a 20 ans, l’adoption d’une culture d’innovation était une porte de sortie pour des entreprises en état de crise. Aujourd’hui, ce n’est plus une option. Cette culture est essentielle pour demeurer en affaires.


Stéphane Rochon, président et chef de direction de la firme Humania Assurances, à Saint-Hyacinthe, en est bien conscient. Son entreprise gravite dans un secteur où 85% des parts de marché sont détenues par ses concurrentes, des grandes firmes canadiennes. « Nous sommes un tout petit joueur dans l’industrie. Pourtant, on réussit à tirer notre épingle du jeu. Particulièrement depuis 2013 alors que nous avons entrepris un virage web. Humania Assurances veut devenir la première compagnie d’assurances au pays à être 100% numérique », a indiqué M. Rochon qui était un des panellistes lors de la conférence Gestion de l’innovation, présentée par les Événements Les Affaires, le 19 septembre dernier, à Montréal.


Depuis cinq ans, l’entreprise maskoutaine s’est démarquée grâce à des produits niches que délaissent les grandes firmes. Notamment avec l’Assem, une assurance-vie sans examen médical offerte en ligne. « On s’attendait à ce que ce soit un coup sûr. Ç’a été un coup de circuit », a poursuivi M. Rochon. Un autre bon coup : le programme HuGO. Grâce à ce dernier, Humania traite maintenant plus de 60% des dossiers d’assurances-vie en moins de 20 minutes sur le web.


Et c’est loin de s’arrêter là. L’entreprise s’apprête ces jours-ci à lancer une assurance pour les gens qui prennent l’avion. Pour une poignée de dollars, Humania assurera le passager. En cas d’accident d’avion, un million de dollars en dédommagement seront offerts à la famille de l’assuré. « Un produit qui a un fort potentiel d’exportation », a fait savoir Stéphane Rochon.


Remarquez, ce panelliste a beaucoup insisté sur le rôle que doit tenir la haute direction dans une culture d’innovation. « Pour inculquer cet esprit au sein d’une entreprise, la haute direction doit d’abord être convaincue de sa pertinence. Et, il faut être prêt à casser des œufs. Chez nous, cette transition vers le numérique s’est soldée par le départ de plusieurs employés. Ces derniers ne se reconnaissaient pas au sein de ce virage », a admis Stéphane Rochon.


Vive la collaboration


« Par contre, la culture de l’innovation ne doit pas être un concept provenant que de la direction », a tenu à préciser Laurent Simon, professeur au département d’entreprenariat et innovation à HEC Montréal. Cette culture doit être instaurée dans un environnement de collaboration. « Un esprit de collaboration qui est, en effet, indispensable », a renchéri Mathieu Vigneault, président et directeur du Réseau Trans-Tech. Depuis deux ans, cette organisation qui regroupe plus d’une cinquantaine de centres collégiaux de transferts technologiques (CCTT) de diverses tailles change son modèle d’affaires.


« Depuis 30 ans, les membres de notre réseau aident étroitement les entreprises d’ici à développer de nouvelles technologies ou procédés pour améliorer leur productivité. Tout se fait dans une relation un à un. Désormais, le réseau veut les aider davantage. On développe actuellement un nouveau modèle pour que les entreprises puissent travailler avec plus d’un CCTT à la fois. Et on veut que ces collaborations impliquent d’autres partenaires extérieurs, notamment financiers. Notre nouvel objectif est d’offrir un produit clé en main aux entreprises, allant de la création de produits, sa commercialisation et son financement », a expliqué M. Vigneault.


Le plus ironique, a-t-il toutefois souligné, est que son organisation a beau baigner dans un environnement où pullulent des gens qui prônent l’innovation dans leur secteur, ce projet de collaboration ne passe pas comme une lettre à la poste. Il y a de la résistance de la part de certains centres.


Pensez mobilisation


Au Groupe AGF, l’innovation rencontre aussi une certaine résistance. L’entreprise spécialisée dans les structures d’acier et les équipements d’accès a fait l’acquisition d’une douzaine d’usines d’un bout à l’autre du pays au cours des dernières années. « Au départ, on voulait que chaque usine conserve son identité. Mais avec le temps, ce n’était plus productif. Depuis deux ans, on procède à une standardisation de nos processus pour améliorer notre productivité. La mobilisation pour ce projet demeure toutefois un gros défi », a raconté Pierre Farah-Lajoie, vice-président planification stratégique innovation et projets spéciaux chez Groupe AGF. Ce dernier était l’un des invités du panel animé par Alain Denis, vice-président principal aux investissements-Capital de risques du Fonds de solidarité FTQ. Le Groupe AGF, a indiqué M. Denis, figure parmi les quelque 160 entreprises qu’a accompagnées le Fonds dans une démarche d’innovation.


Cela dit, les efforts commencent à porter ses fruits chez AGF. M. Farah-Lajoie a cité, entre autres, le cas de l’usine de Toronto, où le personnel montrait beaucoup de résistance. « Nous avons embauché une directrice experte en gestion Lean. En moins de huit mois, notre production a déjà doublé. Elle a trouvé les mots et les façons de faire pour gagner l’adhésion ainsi que l’implication du personnel », a conclu M. Farah-Lajoie.


À propos de ce blogue

En coulisses est le blogue des Événements Les Affaires. Nous vous proposons un accès privilégié aux meilleures pratiques de la communauté d’affaires québécoises qui sont partagées lors de nos conférences. Chaque semaine, nous discutons avec certains des gestionnaires qui ont accepté d’être conférenciers à nos événements, afin de vous présenter des idées concrètes pour vous aider dans votre réflexion et répondre à vos préoccupations d'affaires.

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