Formation de la main-d’œuvre : à quoi s’attendre ?

Publié le 03/10/2018 à 18:44

Formation de la main-d’œuvre : à quoi s’attendre ?

Publié le 03/10/2018 à 18:44

Alors que la pénurie de main-d’œuvre est installée dans plusieurs secteurs et qu’on cherche à développer de nouvelles compétences chez les travailleurs, comment favoriser l’apprentissage ? Le tout numérique est-il la solution ?


Discussion avec Joanne Roch, professeure titulaire et responsable du DESS en gestion de la formation à l’Université de Sherbrooke, et Yves Chochard, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM. Ils seront tous deux à la conférence Gestion de la formation, présentée le 5 décembre prochain à Montréal par Les Événements Les Affaires.



Événement Les Affaires : Quelles sont les tendances en matière de formation ?



Yves Chochard : Il y a de plus en plus de formations techniques en alternance pour les travailleurs en emploi. Les gens suivent une formation en milieu scolaire tout en continuant à travailler. Pour ne pas nuire à la production, on limite les cours à une dizaine d’heures par semaine. Cette qualification des travailleurs à l’interne est une façon de répondre à la pénurie de main-d’œuvre pour des postes qui exigent des compétences techniques. Reste ensuite à embaucher du personnel moins qualifié pour les postes qui se libèrent… Les microformations en ligne font aussi partie des tendances. Il s’agit de capsules de quelques minutes que les gens peuvent regarder pendant leurs pauses ou leurs temps libres.


Joanne Roch : La formation en ligne asynchrone, c’est-à-dire en mode autonome, est en augmentation. Elle est passée de 7 % en 2016 à 20 % en 2018, selon une étude du Conference Board of Canada. En revanche, la formation synchrone est en décroissance depuis 2014, passant de 15 % à 8 %. Ce type de formation, qui se fait par conférence Web, exige plus de soutien technique et connaît parfois certains ratés (le système plante, les participants n’obtiennent pas de réponse lorsqu’ils lèvent la main virtuellement, etc.). Par ailleurs, l’apprentissage informel, qui repose sur les initiatives des employés et le soutien des pairs, est encore plus présent qu’avant. Il faut dire que le transfert de connaissances entre pairs est maintenant facilité par des plateformes collaboratives où chacun peut ajouter ou modifier des informations. Le logiciel québécois Poka en est un exemple.



ELA : Y a-t-il une condition gagnante en ce qui concerne la formation des travailleurs ?



J.R. : La culture d’apprentissage joue un rôle crucial. Les entreprises qui ont le plus de succès font de l’apprentissage une priorité organisationnelle, y consacrent des sommes suffisantes, communiquent sur le sujet, encouragent les employés à développer leurs compétences. Selon l’étude du Conference Board de 2018, il existe une corrélation entre la culture d’apprentissage, l’engagement, la productivité et le taux de rétention du personnel.



ELA : L’avenir de la formation sera-t-il tout numérique ?



Y.C. : Je ne crois pas, car la formation à distance a ses limites. Elle fonctionne mal pour l’acquisition de compétences très pointues et pour certaines compétences sociales, comme la communication avec une clientèle exigeante. De plus, il ne faut pas oublier qu’au-delà du développement des compétences, la formation permet aux individus de socialiser, de se créer un réseau de contacts, de sortir de la routine. Pour certaines personnes, c’est aussi une forme de récompense. C’est pourquoi il y aura toujours une partie de la formation qui se fera en présentiel. J.R. : Il apparaît maintenant plus clair que la formation en ligne ne remplacera pas complètement celle en classe. Les compétences relationnelles, par exemple, gagnent à être traitées en formule traditionnelle avec de l’apprentissage expérientiel et une réflexion avec les pairs. Les deux types de formation sont complémentaires et vont continuer à coexister.


Gestion de la formation



Quelles sont les compétences de demain ?



Y.C.: La littératie numérique est importante. C’est la capacité à prendre du recul par rapport au contenu publié sur Internet pour juger de sa qualité. C’est aussi la capacité d’utiliser les nouveaux médias pour communiquer des informations et des idées. La résilience est une autre compétence à développer, car elle permet de rester positif face à l’adversité et aux changements. Il y a aussi la capacité à gérer la charge cognitive, c’est-à-dire à rester concentré sur une tâche malgré les distractions et les interruptions. Pour cela, la méditation pleine conscience peut être utile.


À propos de ce blogue

En coulisses est le blogue des Événements Les Affaires. Nous vous proposons un accès privilégié aux meilleures pratiques de la communauté d’affaires québécoises qui sont partagées lors de nos conférences. Chaque semaine, nous discutons avec certains des gestionnaires qui ont accepté d’être conférenciers à nos événements, afin de vous présenter des idées concrètes pour vous aider dans votre réflexion et répondre à vos préoccupations d'affaires.