Besoin de financement pour votre projet d’efficacité énergétique, utilisez le bon langage

Publié le 26/01/2018 à 14:26

Besoin de financement pour votre projet d’efficacité énergétique, utilisez le bon langage

Publié le 26/01/2018 à 14:26

Lorsque David Héon, chef de service aux installations chez CAE Montréal, a approché l’équipe des finances afin d’obtenir le financement pour revoir le système d’air conditionné du bâtiment de l’entreprise, sa demande a suscité très peu de réaction autour de la table. Seulement quelques moqueries.


Par chance, l’ingénieur a eu droit à une deuxième rencontre.  « Une 2e chance au cours de laquelle j’ai utilisé un vocabulaire différent pour présenter ma requête :   Messieurs, mesdames, j’ai une solution pour augmenter la profitabilité de l’entreprise. » Touché! Cette fois-là, tout le monde l’a écouté. 


David Héon est venu raconter cette anecdote lors de la Conférence Sommet sur l’énergie, présenté par les Événements Les Affaires, le 23 janvier dernier. Il était un des panellistes de la discussion portant sur le financement de la transition énergétique.


Remplacez « efficacité énergétique » par le mot profitabilité


« J’ai réalisé que j’aurais davantage une écoute si je parlais le même langage que ces financiers. J’ai donc employé le mot profitabilité pour gagner leur attention. Je leur ai aussi garanti des économies », a poursuivi M. Héon. Grâce au projet proposé par l’ingénieur, CAE a réduit sa facture de chauffage de 75%. « Des économies garanties de plus de 900 000$ par année », a souligné fièrement David Héon.


Cette histoire de langage et compréhension n’a pas du tout surpris Pierre Langlois, président directeur général d’Éconoler, une firme de services-conseils en efficacité énergétique. « Il y a de l’argent pour financer la transition énergétique. Mais beaucoup de financiers demeurent encore très traditionnels dans leur processus de prêt. Ils exigent des garanties en termes d’actifs. Pour plusieurs d’entre eux, les garanties de projet représentent une valeur encore trop floue », a expliqué le panelliste Pierre Langlois.


Il faut, a-t-il enchaîné, que les financiers changent également leurs façons de faire. Il faut les aider à modifier leurs attentes sur le retour de l’investissement. « Ils doivent apprendre à donner une chance à des projets qui prendront, non pas d’un à 5 ans, mais sans doute 20, 30, 40 ans pour être rentables », a ajouté M. Langlois.


Consultant pour plusieurs projets internationaux, M. Langlois a cité l’exemple de la Bulgarie où l’on trouve des projets énergétiques financés pour plus de 100 M$. « Ces projets, a-t-il précisé, présentent un taux de défaut de moins 1%. Les financiers ont donc été en mesure d’identifier les meilleurs projets qui sont rentables et faisables. »


Usine 4.0


Barrière à la transition énergétique : le financement adapté


Outre l’apprentissage du langage que parlent les financiers afin de mieux les convaincre, les acteurs de la transition énergétique doivent composer avec une autre barrière : le financement adapté. Une situation dont est venu témoigner Marc-André Renaud, vice-président développement des affaires d’Éolectric.


Éolectric, a-t-il indiqué, gère plus de 500M$ d’actifs principalement en parc éolien. L’entreprise a rarement eu des difficultés à financer ses mégaprojets en énergie renouvelable. Pourtant, la donne a complètement changé lorsqu’elle a commencé à s’intéresser à de plus petites réalisations.


« Nous avons récemment entamé une diversification de nos activités. Le cycle éolien au Québec commence à être saturé. Lorsque nous avons approché nos financiers réguliers pour leur demander d’appuyer notre nouveau projet de centrale de biomasse de 20 M$, Biomont Énergie, tous, sans exception, ont décliné notre demande de financement. C’est alors qu’on a réalisé qu’il y avait un vide pour les projets de moins de 50M$ au Québec », a expliqué M. Renaud.


Une transition énergétique qui sera décentralisée


« Nous sommes convaincus que la nouvelle tendance en matière de transition énergétique passe par un modèle décentralisé. Les mégaprojets, telle la construction de barrage à la Manic 5, sont révolus », a-t-il dit. Le hic, c’est de trouver le financement pour les petits projets.


Heureusement, les recherches de financement d’Éolectric les ont menées vers Fondaction qui aide plus de 1200 PME en développement durable. « C’est l’une des rares institutions à notre connaissance qui finance à la fois le capital de risque et le développement de projet en énergie renouvelable », a soutenu Marc Antoine Renaud.


Grâce à l’aide de Fondaction et de Valeco Énergie Québec, Éolectric a pu inaugurer en octobre dernier la centrale de biomasse Biomont Énergie, à Montréal. Éolectric a repris les anciens locaux de la défunte centrale Gazmont qui utilisait le biogaz capté par le complexe environnemental Saint-Michel sur les lieux de l'ancien site d'enfouissement de la Ville de Montréal (à l'origine l'ancienne carrière Miron). L’électricité produite permet de fournir l’énergie nécessaire à la Tohu, au siège social du Cirque du Soleil ainsi qu’à 1900 foyers.


Remarquez, le prêt de Fondaction a également permis de créer Éolectric Capital. « Nous avons l’expertise, et Fondaction a le capital. Notre nouvelle entité nous permet désormais de financer d’autres petits projets d’énergie renouvelable ici et ailleurs au pays », a conclu M. Renaud.


À propos de ce blogue

En coulisses est le blogue des Événements Les Affaires. Nous vous proposons un accès privilégié aux meilleures pratiques de la communauté d’affaires québécoises qui sont partagées lors de nos conférences. Notre mission : vous présenter des idées concrètes afin de vous aider dans votre réflexion et répondre à certaines de vos préoccupations d'affaires.

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