La vision, selon Charles Sirois

Publié le 02/06/2017 à 15:17

La vision, selon Charles Sirois

Publié le 02/06/2017 à 15:17

(Charles Sirois. Photo: DR)

Dans l’univers entrepreneurial, on entend souvent le précepte suivant: «Un leader doit absolument avoir de la vision». cela laisse parfois planer une impression un peu irrationnelle, et même ésotérique du concept de «vision»...


Devenir un visionnaire est une disposition qui peut se développer, mais qui demande une capacité d’écoute supérieure à la moyenne et un sens de l’observation qui implique une attention méticuleuse aux détails.


Les grands visionnaires de notre époque sont, en général, des individus dont les intérêts sont vastes et variés. Ceux qui sont à la tête d’une organisation ont ce «je-ne-sais-quoi» qui leur permet de déceler de nouveaux marchés potentiels et d'identifier ceux en voie d'extinction.


L’entrepreneur Charles Sirois a une image assez concrète de ce qu'est la «vision». Comparant souvent le marché à un plan d’eau, à un lac, il déclarait récemment ceci à l’une de nos cohortes de participants: «Vous avez beau être sur le plus luxueux des yachts, si le niveau d’eau du lac baisse, votre yacht s’abaissera également. À l’inverse, si vous vous procurez un simple canot et que le niveau du lac monte, votre embarcation changera de niveau tout autant».


En termes clairs, même si vous avez conçu le meilleur produit au monde ou êtes à la tête de l’organisation la mieux gérée qui soit, si personne ne veut de votre produit ou de votre service, il faudra innover… et probablement changer de plan d’eau! C’est ce qu’a d'ailleurs effectué lui-même M. Sirois...


Compte tenu de son intérêt grandissant pour le monde de l’agriculture (lui qui fut une figure de premier plan du secteur des télécommunications canadiennes), il a fondé la société Pangea. Son idée: procéder à une véritable révolution des infrastructures agroalimentaires, compte tenu de la précarité financière de nombreux agriculteurs québécois et de la hausse de la valeur des terres.


C’est ainsi que Pangea s’est spécialisée dans l’achat de terres agricoles. Vu que la moitié des 27 000 fermes du Québec sont exploitées par des agriculteurs vieillissants, M. Sirois estime que son modèle favorisera la rentabilité de ces terres, en plus de donner un second souffle financier aux agriculteurs. Appliquez cette vision dans une perspective internationale (nous atteindrons 9 milliards d’habitants sur Terre d’ici 2050) ainsi qu'aux différents impacts causés par les changements climatiques, vous verrez poindre une force entrepreneuriale majeure en devenir!


Pour en arriver à ce projet, M. Sirois a dû faire preuve d’une extraordinaire capacité à se projeter dans l’avenir. Ce qui nécessite de déployer une vision globale et claire. Un tel talent repose essentiellement sur trois compétences:


1. Il faut tout d’abord s’appuyer sur une «approche système»; une façon de faire qui tient compte autant du monde extérieur, du marché et de ses fluctuations, que des relations que vous entretenez avec vos collaborateurs.


2. Il faut aussi faire preuve d’un esprit d’initiative inflexible, en reconfigurant votre organisation, s’il y a lieu, et en proposant de nouvelles façons de faire, tout en demeurant ouvert aux opportunités inattendues.


3. Après avoir analysé sans complaisance le marché et modulé votre modus operandi, il faut enfin mettre sur pied des solutions viables.


Il sera donc primordial de faire reposer toute cette gymnastique sur la connaissance, la réflexion, l’intuition (bien sûr!) et la vérification rigoureuse des informations emmagasinées tout au long de cette démarche.


Comme vous pouvez le constater, devenir un visionnaire ne s’appuie pas seulement sur le «feeling», même si c’est un aspect à ne pas négliger lorsqu’on doit modifier sensiblement l’ADN d’une organisation. Toutefois, cette intuition pourra s’articuler seulement si vous faites vos devoirs, et ce, en ne négligeant aucun détail. Et c’est justement ce que M. Sirois a accompli, en passant du milieu des télécommunications à celui de l’industrie agroalimentaire.


Une histoire à suivre, il va sans dire...


 

À propos de ce blogue

Éric Paquette est Président-cofondateur de l'Institut de leadership en gestion (www.institutleadership.ca), une école de formation de haut niveau destinée aux gestionnaires québécois où plusieurs personnalités de renom viennent partager leur expérience. «S'inspirer pour mieux gérer» est un blogue qui présente des cas vécus et en fait sortir un principe ou un modèle s'appliquant à d'autres situations en contexte de gestion.

Éric Paquette

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