Un cocktail qui se digère mal en Bourse

Publié le 04/12/2018 à 16:53

Un cocktail qui se digère mal en Bourse

Publié le 04/12/2018 à 16:53

Alors que les marchés célébraient encore hier la détente de la Fed et la trêve sino-américaine, les marchés souffrent d'un sérieux lendemain de veille mardi.


Le Dow Jones a piqué de plus de 800 points en cours de séance mardi alors qu’un cocktail indigeste était servi. Cet indice a clos la journée avec une chute de 3,1%.


Le S&P 500 a plongé de 3,2% tanque que le Nasdaq a flanché de 3,8%. Le S&P/TSX de la Bourse de Toronto a fait un peu mieux, avec un recul de 1,4%.


Les déclarations contradictoires à Washington et le silence à Pékin à l’égard des promesses chinoises pendant le G20 ont semé le doute sur le supposé rapprochement claironné par Donald Trump.


Sans l’heure juste, les pros ont préféré retirer leurs billes, surtout que la Bourse sera fermée demain pour les obsèques de Georges H. W. Bush.


Lundi, un stratège avait déjà semé un peu d’anxiété en relevant pour la première fois en dix ans sa répartition en encaisse. L’équipe de gestion mondiale de JP Morgan Asset Management juge que le rendement des bons du Trésor (de 2,5% pour le terme de six mois par exemple) est plus attrayant que celui qu’offrent les actions, en fonction du risque assumé.


L’équipe de gestionnaires prépare ses portefeuilles au «ralentissement de la croissance des bénéfices et à la hausse des risques macroéconomiques», a cité l’agence Bloomberg.


La fameuse courbe des taux


John Williams de la Fed a ajouté du vinaigre au cocktail en répétant mardi matin qu’une hausse graduelle des taux restait la stratégie la plus appropriée, dégonflant les espoirs d’une pause qui avaient suivi le dernier discours de Jerome Powell.


En plus, la fameuse «courbe des taux» depuis des mois a failli s’inverser, le phénomène par lequel les taux de deux ans surpassent ceux de 10 ans.


Les yeux sont rivés sur cette section de la courbe depuis des mois parce qu’elle reflète le resserrement du crédit qui précède les récessions.


Lisez Voici la "courbe" qui rend fous les investisseurs de Wall Street


Les taux américains phares de 10 ans ont terminé la séance du 4 décembre à 2,91% (après avoir touché 2,89%) tandis que ceux de deux ans ont clos à 2,79%. L'écart s'est rétrécit jusqu'à 10,9 points de base en cours de séance avant de terminer à 11,9 points de base, le plus mince depuis juin 2017.


Si l’écart entre les taux de deux et de dix ans est le repère le plus suivi, Douglas Porter de BMO Marchés des capitaux préfère étudier l’écart entre les taux de trois mois et ceux de dix ans parce que les taux à court terme incorporent mieux l’influence de la Fed.


Cet écart est tombé à 50 points de base mardi, un seuil qui dans le passé a précédé une récession de 12 à 24 mois.


L’économiste rappelle toutefois l’épisode plus heureux des années 1990. En 1995, l’écart entre les taux de 3 mois et de 10 ans était aussi mince et la récession s’est pointée seulement cinq ans plus tard. «Tout ça pour dire que la relation entre la courbe des taux et la croissance n’est pas automatique. Il y a toutefois pas de doute que  les écarts de taux entrent dans une phase plus menaçante», écrit-il.


Les ordres de vente se sont amplifiés lorsque le S&P 500 et le Dow Jones sont tombés sous leur moyenne mobile de 200 jours, un point d’appui technique suivi par les négociateurs.


Le plongeon de presque 4% des titres du transport du Dow Jones et de 5 à 6% des indices des grands centres bancaires et des banques régionales, en cours de séance, ont aussi semé l’émoi.


La liste d’excuses pour vendre est longue.


Le recours aux promotions par Apple (AAPL, 176,69$US) pour écouler ses iPhones, la chute de 13% des maisons de luxe annoncée par Toll Brothers (TOL, 32,99$US) et des revenus de négociations stables prévus par JP Morgan Chase & Co. (JPM, 107,23$US) ont tous rongé le moral des investisseurs.


Outre le congé de demain, qui a peut-être précipité des ventes, certains observateurs croient que le boom des financements en dollars américains qui survient en fin de l’année a aussi contribué aux spasmes financiers.


Lorsque les marchés monétaires à très courte échéance sont très sollicités, les taux pour emprunter à court terme augmentent, ce qui peut temporairement influencer la courbe des rendements.


La rechute des taux en soit est perçue comme la confirmation que les États-Unis suivra le reste du monde dans un ralentissement économique l’an prochain.


Une mini-tempête parmi d'autres?


Bien qu’il soit prématuré de tirer des conclusions claires des nouvelles turbulences, Martin Roberge, de Canaccord Genuity, se hasarde à dire que la Bourse avait récupéré un peu trop vite les pertes de la correction d’octobre.


Le S&P 500 avait en effet regagné 6,4% depuis le plancher de l’Action de grâce.


Après le sommet du G20, certains commentateurs imaginaient déjà une ré-accélération économique et interprétaient la trêve commerciale de 90 jours comme une étape à une résolution du conflit.


La suite des choses dépendra évidemment de la trajectoire de l’économie et des taux.


Si une récession est évitée en 2019, ce que M. Roberge espère encore, la Bourse pourrait connaître un dernier élan avant la contraction des marges prévue en 2020.


Le stratège quantitatif réitère ses objectifs de 2800 pour le S&P 500 à la fin de 2018 et de 3000 à la fin de 2019, si les taux américians de 10 ans restent sous le seuil de 3,25%.


Pour l’instant, son modèle prévoit une augmentation de 9% des profits en 2019, mais les révisions en cours de la part des analystes abaisseront certainement cette cible.


 


 


 


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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