Miser sur le pétrole canadien est-il un bon pari?

Publié le 12/10/2018 à 17:30

Miser sur le pétrole canadien est-il un bon pari?

Publié le 12/10/2018 à 17:30

Fossé record entre les cours canadien et américain de pétrole (Source: Financière Banque Nationale)

Les pros adorent lorsqu’il y a des anomalies dans les marchés, car c’est dans ces moments qu’ils vont repérer leurs meilleures occasions.


À ce titre, l’énorme fossé de 50$US le baril entre les cours canadien et américain pour le pétrole le 10 octobre - du jamais vu - frappe certainement l’imagination.


Le cours au comptant du pétrole Western Canadien Select (WSC) est en effet tombé de 30% à 18$US le baril, dans la seule séance du 11 octobre. Ce cours se compare à 71$US pour le baril de pétrole West Texas (WTI) et à 80$US pour le baril de pétrole Brent, précise BMO Marchés des capitaux.


Le bitume albertain est incapable de se frayer un chemin jusqu’aux raffineries du Golfe en raison d’un manque d’oléoducs et de la capacité insuffisante des trains-citernes qui privent les producteurs de marchés d’exportations.


Le rebond des cours du pétrole West Texas et Brent en 2018 a aussi creusé cet écart.


En même temps, l’entretien saisonnier des raffineries réduit temporairement la demande pour le pétrole brut et amplifie les surplus de pétrole canadien.


Les stocks de pétrole brut albertain atteignent un record historique, indique les économistes de la Financière Banque Nationale.


Si bien que les producteurs doivent accorder des rabais importants pour que leur carburant trouve preneur.


La capacité d’expédition des chemins de fer devra atteindre 25 000 barils par jour au minimum, soit le niveau qu’elle avait en 2015, pour avoir un impact sur le cours du pétrole canadien, croit pour sa part Martin Roberge, stratège quantitatif de Canaccord Genuity.



« C’est réalisable, mais le rétablissement des prix ne se fera pas en ligne droite »


Le secteur de l’énergie pourrait aussi bénéficier d’un retour des investisseurs actifs qui prennent des profits dans les gagnants du marché haussier, ajoute le stratège de Montréal.


Un pari de deux ans pour les chasseurs d’aubaines


L’équipe d’analystes en énergie de la Financière Banque Nationale, voit une occasion inespérée pour les chasseurs d’aubaines qui ont un horizon de deux ans.


Le rétablissement entre l’offre et la demande pourrait même être plus rapide qu’on ne l’imagine.


«Le potentiel est substantiel compte tenu des nouvelles solutions d’expédition en voie de réalisation et du ralentissement prévu de la production au cours des prochaines années», écrivent les analystes Travis Wood et Dan Payne.


Dès la mi-novembre, les raffineries reprendront leur rythme de croisière ce qui gonflera la demande de 980 000 de barils par jour.


Les projets d’expansion d’Enbridge (ENB, 31,98$) pour son oléoduc principal et le remplacement du tronçon 3 ajouteront à leur tour 825 000 de barils par jour, en 2020.


Ces analystes rappellent qu’en 2013 l’ajout d’un million de barils par jour à la capacité du principal oléoduc d’Enbridge avait réduit de 30 à 10$US le baril l’écart entre les cours canadien et américain.


«Un tel scénario dépendra du degré d’avancement des projets et de l’arbitrage entre le transport par pipeline et par train. Les écarts de prix resteront volatils jusqu’à ce que la capacité d’expédition par oléoducs se confirme», nuancent les analystes.


On peut envisager une amélioration des prix à partir de la fin de 2019, ajoutent-ils.


Dans l’intervalle, la majorité des producteurs sont en bien meilleure posture financière qu’avant pour faire face à la musique.


Pour s’adapter aux cours déprimés, les producteurs ont déjà réduit leurs coûts et leur dette et ainsi amélioré leurs marges et la génération de flux de trésorerie excédentaires.


Une industrie boudée


Chez BMO Marchés des capitaux, Randy Ollenberger, recommande chaudement le secteur de l’énergie surtout parce que son évaluation n’a pas été aussi attrayante depuis 10 ans par rapport à celle marché.


Les cours actuels des grandes pétrolières canadiennes ne reflètent pas du tout le cumul de 78 milliards de dollars de flux de trésorerie projetés entre 2018 et 2021.


Ces prévisions équivalent à 35% de la valeur boursière actuelle de l’industrie, met-il en contexte.


«Les investisseurs devraient faire plus de place en portefeuille aux pétrolières en prévision d’un nouveau régime de prix plus élevés à moyen terme», recommande M. Ollenberger.


Il ne faut pas rêver pour autant, prévient-il. L’écart entre les prix canadien et américain ne retrouvera pas ses niveaux d’antan.


Il faudra attendre jusqu’en 2020, au plus tôt, avant que davantage de pétrole puisse être exporté par Enbridge et aussi la construction des pipelines TransMountain ou XL Keystone avant que les cours canadiens ne se redressent réellement.


Ses titres à grande capitalisation préférés sont Anadarko (APC, 67,63$US), ConocoPhillips (COP, 73,83$US) et Devon Energy (DVN, 36,63$US) aux États-Unis, ainsi que Canadian Natural Resources (CNQ, 37,85$), Encana (ECA, 14,70$) et Suncor (SU, 47,75$), au Canada.


 


 


 


 


 


 


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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