La Fed en voie de gagner son pari?

Publié le 23/09/2017 à 12:21, mis à jour le 23/09/2017 à 15:56

La Fed en voie de gagner son pari?

Publié le 23/09/2017 à 12:21, mis à jour le 23/09/2017 à 15:56

Photo: 123rf.com

L’ampleur et la portée internationale de la crise financière de 2008-09 ont enfanté un cycle de reprise et de croissance hors norme.


Le cycle s’étire en longueur, ce qui jusqu’ici a soulevé tous les actifs financiers jusque dans les recoins des placements nouveau genre, dont la bulle des Bitcoins est l’une des manifestations.


Après tout, il aura fallu 76 longs mois avant de récupérer les emplois perdus pendant la crise aux États-Unis, rappelle Sébastien Mc Mahon, économiste principal chez IA Groupe financier.


Dans la cohorte des 25 à 34 ans de la population active, le rattrapage n’est pas fini.


Ce n'est qu'au début de 2017 que le taux de chômage américain est tombé sous la barre du plein emploi.


Au cours des 50 dernières années, cela s'est produit à cinq reprises et en moyenne, il a ensuite fallu compter trois ans avant d'assister à une autre récession, renchérit Clément Gignac, économiste en chef de IA Groupe financier. 


La phase d’expansion actuelle n’a que sept mois comparativement à une fourchette historique de 21 à 70 mois, indique pour sa part Stéfane Marion, stratège en chef de la Financière Banque Nationale.


L’inflation se pointe le nez


La cible d’inflation de 2% de la Fed manque encore à l’appel, mais cet indicateur économique (le plus retardataire du cycle), se laisse peut-être tout simplement désirer comme le plein emploi, avant lui.


Et c’est tant mieux parce des prix encore modérés améliorent le pouvoir d’achat des consommateurs.


Or, une nouvelle mesure des prix, Underlying Inflation Gauge (UIG) concoctée par la Fed, montre que l’inflation sous-jacente a atteint 2,74% en août, un sommet depuis 2007, nous apprend l’agence Bloomberg.

Ce score est nettement plus élevé que la hausse de 1,9% du taux d’inflation officiel ou encore celle de 1,4% du déflateur PCE de la Fed.


L’UIG incorpore une douzaine d’indicateurs économiques tels que le taux de chômage, les indices boursiers, les taux obligataires et les indices des directeurs d’achat pour prendre le pouls plus élargi de l’évolution des prix, mais même sa variante sans ces données a augmenté de 2,2% en août.


Ce portrait donne à la Réserve fédérale la confiance de continuer à retirer un peu plus des liquidités d’urgence fournies au système financier, depuis dix ans.


La Fed veut ramener les taux à des seuils plus compatibles avec la progression de l’économie, et cherche aussi à prévenir un retour silencieux de l’inflation qui l’obligerait à brusquer les taux, provoquant ainsi une récession.


La Banque centrale table sur une autre hausse du taux directeur en décembre, suivie de trois autres l’an prochain.


À partir d’octobre, la Fed revendra aussi à petites doses les obligations et les titres hypothécaires de 4500 milliards de dollars américains accumulés à son bilan depuis 2010, comme elle l’avait annoncé en juin.


Sans «cool-aid», les marchés financiers vont-ils se déshydrater?


Si les gains deviennent moins généreux et moins généralisés lorsqu’un mouvement haussier gagne en âge, préviennent plusieurs stratèges, la fête peut tout de même se prolonger.


Le retour du Trump ou Reflation Trade


Le signal de la Fed pourrait ramener le Trump Trade, soit le double pari d’une accélération économique et d’une hausse des prix, croient trois stratèges européens de Bank of America Merrill Lynch.


Leur approche repose sur la conviction que le modèle des cycles économiques n’est pas brisé, mais qu’il a tout simplement été déformé et allongé par la sévérité de la crise.


À leur avis, les investisseurs sous-estiment donc la vigueur de l’économie, le retour d'un peu d’inflation et la trajectoire haussière des taux, aux États-Unis.


«La croissance mondiale synchronisée est intacte. L’année 2017 est la première en six ans d’une croissance au-dessus de la moyenne. L’élan se prolongera l’an prochain, et soutiendra les profits. Les banques centrales ne sont pas encore une menace, car elles retirent leur accommodation très lentement. Les taux nominaux à court terme sont encore inférieurs à la cadence de l’économie. Enfin, les investisseurs sont des taureaux réticents», résume l’équipe dirigée par le stratège James Barty.


La Fed a encore réduit, de 0,25% à 2,75% cette fois, ses prévisions à long terme pour son taux directeur, mais M. Barty croit que la cadence mondiale ou encore une réforme des impôts pousseront les taux à la hausse plus que le consensus ne le prévoit.


La hausse des taux défavorise les obligations, mais leur remontée n’est pas assez prononcée pour dévaluer les actions.


Un dollar plus fort favorise l’Europe


Si la Fed continue à relever les taux comme prévu, pendant que les banques centrales d’Europe et du Japon ne bougent pas, le dollar américain pourrait rebondir ou tout au moins se stabiliser.


Un billet vert plus ferme améliorerait la compétitivité des économies européennes et japonaises.



« Tactiquement, ces deux marchés devraient donc continuer à s’apprécier plus rapidement que la Bourse américaine d’ici la fin de l’année, avancent les stratèges. »


Structurellement, les pays émergents restent toutefois les plus susceptibles de bénéficier de la croissance mondiale à moyen terme, ajoutent-ils.


Retour aux banques et aux secteurs cycliques


Des taux à la hausse devraient à nouveau profiter aux banques américaines, encore impopulaires.


Non seulement leurs marges bénéficieraient de la remontée des taux, mais diverses mesures d’allégement réglementaire prévues pourraient ajouter de 2,5 à 3,5% à leur rendement de l’avoir des actionnaires, soutiennent les stratèges de la banque américaine.


L’évaluation actuelle des banques donne aussi peu de valeur au retour de dividendes croissants.


Les secteurs cycliques devraient aussi reprendre les devants en Bourse.


Aux États-Unis, outre les banques, Bank of America Merrill Lynch préfère les titres industriels, les producteurs de matériaux et les fabricants de semi-conducteurs, à court terme.


La faible volatilité reflète la conjoncture favorable d’une croissance économique modérée sans trop d’inflation, ainsi que la main invisible des banques centrales.


Un accident géopolitique est la seule menace qui nous «garde éveillés la nuit», concluent les trois stratèges.

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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