Jean Coutu: une entente imminente avec Québec sur les génériques?

Publié le 11/07/2017 à 16:17

Jean Coutu: une entente imminente avec Québec sur les génériques?

Publié le 11/07/2017 à 16:17

Le fondateur de 90 ans, Jean Coutu a dirigé l'assemblée annuelle, au siège social de Varennes, toujours vêtu de son classique sarreau blanc.

Le pire des âpres tractations entre le Groupe Jean Coutu et le ministre de la Santé Gaétan Barrette semblent être chose du passé.


À l’assemblée annuelle de Jean Coutu (PJC. A, 20,04$) ses dirigeants se sont dit très confiants que les parties puissent en arriver à une entente négociée concernant les achats des médicaments génériques par le gouvernement du Québec.


Et ce même si l’assemblée annuelle et la conférence de presse qui a suivi ont encore une fois servi de tribune aux hauts dirigeants pour critiquer fermement les tactiques du gouvernement québécois dans ce dossier.


«La ponction moyenne de 100000$ par pharmacien dans leurs honoraires a été extraordinairement difficile à digérer pour les 420 pharmaciens du groupe. Ce n’est pas une dictature, mais presque», a dénoncé le patriarche Jean Coutu, le président du conseil dans son allocution.


L’espoir d’une entente négociée a peut-être servi d’appui au titre de Jean Coutu qui s’est apprécié de 2,2% à mi-séance mardi, malgré un premier trimestre sans éclat.


Le bénéfice de 0,25$ par action a tout de même légèrement surpassé le consensus de 0,24$.


Malgré un contexte réglementaire contraignant, l’action de Jean Coutu n’est pas très loin non plus de son sommet annuel de 23,47$.


Détente dans les pourparlers en coulisse


André Belzile, premier vice-président, finances a même évoqué les «prochains jours» lors du point de presse qui a suivi l’assemblée annuelle tenue dans le gymnase du siège social à Varennes.


«L’ultimatum pour l’imposition d’enchères (pour l’achat individuel de médicaments génériques) est dépassé depuis le 1er juillet. Le ton des discussions (entre l’Association canadienne des pharmaciens et les hauts fonctionnaires) a pris du mieux», a confié M. Belzile, en marge de la conférence de presse.


Cette détente explique sans doute pourquoi le chef de la direction François Jean Coutu n’a pas voulu élaborer sur ses déclarations télévisées d’avril qui laissaient planer la vente possible du groupe.  


Son père, toujours vêtu de son classique sarrau blanc, s’est contenté de dire que des prétendants ont évidemment rodé autour de l’entreprise, mais qu’elle «mangeait toute seule à la table actuellement».


Le changement de ton laisse croire que les menaces de M. Barrette et celles de M. Coutu, au pire des pressions du gouvernement au printemps, étaient surtout de dures tactiques de négociation de la part des deux parties, dans leur rapport de force.


«Je leur (gouvernement québécois) laisse l’espace pour en arriver à une entente», a dit François Jean Coutu, en rajoutant «s’il y a une entente, toutes ces nouvelles lois auront été non nécessaires et très perturbantes».


C’est à l’avantage de toutes les parties d’en arriver à un compromis qui assurera la sécurité de l’approvisionnement, les économies que le gouvernement recherche et un rendement financier adéquat pour les pharmaciens du secteur privé à qui le gouvernement a choisi de confier la distribution des médicaments, ont laissé entendre François Jean Coutu et André Belzile, au fil de diverses interventions.


Les deux hommes n'ont pas voulu dire si une éventuelle entente concernant les génériques mettrait un terme aux interventions répétées des gouvernements depuis 2008.


Bientôt un retour de capital?


Un actionnaire est revenu au micro à deux reprises pour évoquer le manque de vision ou de stratégie d’avenir de la part des dirigeants de la société «arrivée à maturité». Son action a le même cours qu’en 2005.


Ce à quoi François Jean Coutu a répondu: «Ne vous inquiétez pas, on va faire en sorte de vous donner de la croissance».


M. Belzile a renchéri:  «Vous savez, nous ne fournissons jamais d’orientations, mais n'ayez crainte,nous avons un plan de développement».


Maintenant que les ristournes aux pharmaciens ont été réglées et que l’achat des médicaments génériques le sera peut-être bientôt, Jean Coutu sera disposée à mettre à profit son surplus de capital de 189,3 millions de dollars et son bilan sans dette.


Un rachat d’actions plus musclé et un dividende spécial font partie des options envisagées. En 2013, l’entreprise avait consacré 502M$ à un dividende spécial et au rachat de 21 millions ou 12% de ses actions.


Si les occasions d’acquisitions se font «rares», le détaillant pourrait accélérer la rénovation et l’agrandissement de ses magasins pour raviver sa croissance.


L’an dernier, Jean Coutu a ouvert huit nouvelles pharmacies, incluant trois relocalisations, et en a rénové huit autres.


Actuellement, le distributeur et franchiseur ajoute environ 2,5 à 3% à sa superficie de vente par année. À cela s’ajoute la hausse annuelle d’environ 3% du volume de prescriptions, duquel il faut retrancher l’impact du plus grand usage de génériques et de la baisse des prix.


Au premier trimestre, la plus grande pénétration des génériques a soustrait 0,6% aux ventes d’ordonnances, tandis que les prix ont fait baisser ces ventes de 0,5%, a donné en exemple M. Belzile.


«Si on a investi 200M$ dans un nouveau siège social et un centre de distribution depuis deux ans, c’est pour répondre à la croissance naturelle du vieillissement rapide de la population», a encore une fois rappelé François Jean Coutu.


«Pro Doc est là pour rester»


C’est pourquoi Jean Coutu tient à son fabricant Pro Doc qui possède un portefeuille de 165 molécules génériques et de 360 produits distribués au Québec.


En tant que leader au Québec, Jean Coutu veut bien sûr capter sa part de la croissance du volume des ordonnances à long terme, ainsi que le remplacement croissant des médicaments d’origine par les génériques.


«On se doit de rester présent. On va reprendre du galon et des forces (après l’entente avec le gouvernement). Il est important que l’offre de médicaments reste homogène dans tout notre réseau. Pro Doc est là pour rester», a répondu François Jean Coutu aux inquiétudes exprimées par l’actionnaire et conseiller financier de Châteauguay, Michel Gauthier, pendant l’assemblée.


Le taux de pénétration de 71, % des génériques chez Jean Coutu se compare à la proportion de 83 à 84% observée aux États-Unis, ce qui laisse beaucoup de potentiel. 


Il reste à trouver un modus operandi avec le gouvernement qui lui assurera un rendement financier raisonnable. Un compromis est indispensable puisque le Régime d'assurance maladie du Québec représente les deux tiers de la valeur des ordonnances dans la province.


Au premier trimestre, Pro Doc a représenté 12% du bénéfice d’exploitation de 71,5M$ de Jean Coutu, par rapport à 41% un an plus tôt.


Cette chute a fait reculer le bénéfice net de 49M$ ou 0,27$ par action à 45,5M$ ou 0,25$ par action.


Lisez Jean Coutu limite les dégâts malgré une pilule difficile à avaler


Jean Coutu étudie aussi la possibilité d’exploiter son vaste parc immobilier pour ouvrir des "centres professionnels de la santé où des orthopédistes, des audiologistes, des médecins ou des dentistes se grefferaient à un immeuble abritant déjà une pharmacie Jean Coutu.


Un premier projet-pilote a vu le jour à Magog où un magasin Jean Coutu côtoie la clinique médicale Memphré, dans un petit centre commercial linéaire, depuis quelques mois. 


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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