Chute du pétrole: il ne faut pas crier au loup

Publié le 09/11/2018 à 16:18, mis à jour le 09/11/2018 à 17:01

Chute du pétrole: il ne faut pas crier au loup

Publié le 09/11/2018 à 16:18, mis à jour le 09/11/2018 à 17:01

La glissade de 22% du cours du pétrole West Texas depuis le 3 octobre et le déclin record de dix séances consécutives, donne froid dans le dos aux investisseurs.


Les pros sont encore ébranlés par la correction d’octobre et la succession de marchés baissiers qui frappent une classe d’actif et un secteur après l’autre, depuis le début de l’année.


Le plus récent recul du pétrole n’est pas un signal précurseur que l’économie et la demande pour le carburant s’affaiblissent, estiment deux experts.


L’affaissement de l’or noir provient de sa propre dynamique amplifiée par l’effet-surprise de deux nouvelles qui ont pris les négociateurs de court, cette semaine.


Tout d’abord, étant donné le ton âpre adopté par Washington contre l’Iran, les négociateurs n’avaient pas prévu que la Maison-Blanche accorde des dérogations aux sanctions iraniennes à huit pays (dont les gros importateurs que sont la Chine, le Japon et l’Inde) qui pourront continuer à s’approvisionner en pétrole iranien.


Puisque l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait justement haussé sa production pour combler le manque à gagner de l’Iran, le marché se retrouve en surplus.


On a aussi appris cette semaine que la production américaine de pétrole a fait un bond record de 2 millions à 11 millions de barils par année, explique aussi l’économiste en chef de BMO Marchés des capitaux Douglas Porter.


La rumeur que l’Arabie Saoudite étudie l’impact potentiel d’un démantèlement du cartel du pétrole n’était pas de nature non plus à soutenir les cours.


«Le récent recul élimine l’appréciation qui avait devancé l’imposition de nouvelles sanctions contre l’Iran. Le cours a donc retrouvé le niveau qu’il avait à la fin de 2017. C’était alors le prix plus le plus élevé de cette année-là», explique-t-il.


Le cours actuel est encore nettement supérieur à la moyenne de 51$US qui a prévalu l’an dernier.


L’économiste prévoit un cours moyen de 66$US le baril cette année et de 65$US le baril l’an prochain.


M. Porter rappelle aussi que le pétrole avait baissé pendant sept semaines au début de l’année, avant de reprendre du mieux.


Le retrait du prix du carburant allègera l’inflation ce qui est soit n’est pas une mauvaise nouvelle pour les entreprises, les consommateurs et la Fed.


Encore un risque à la baisse


Martin Roberge, de Canaccord Genuity, prévient qu’à court terme, le pétrole pourrait rester faiblard puisque les cours à court terme sont plus élevés que les cours à moyen terme.


Ce «contango» incite les producteurs à produire plus et même à vendre leur production future sur le marché des contrats à terme afin de capter les prix élevés actuels.


Le stratège quantitatif croit que la chute du pétrole pourrait atteindre 30% si l’on se fie aux mouvements de recul maximums précédents lorsque l’économie n’était pas en récession.


Un tel scénario ferait glisser le pétrole West Texas à 53,50$US, calcule-t-il.


«Si ça se produisait, on pourrait s’attendre à ce que l’Opep recommande une coupe d’un million de barils à la prochaine réunion du 6 décembre», écrit-il.


Et la Bourse dans tout ça


Quant à la Bourse américaine, elle perd déjà l’effet de soulagement des élections de mi-mandat qui ont offert peu de grandes surprises.


Les inquiétudes d’avant ont repris le dessus: la hausse graduelle des taux d’intérêt aux États-Unis, la décélération économique mondiale et la guerre commerciale entre Washington et Pékin.


Étant donné la nouvelle appréciation du dollar américain, qui fait mal aux exportateurs américains et aux emprunteurs des pays émergents, il est fort possible que le S&P 500 retombe au plancher du 29 octobre avant de connaître son rallye de fin d’année après l’Action de grâce américaine du 22 novembre, avance M. Roberge.


Pour que la Bourse réussisse ce test technique, il sera important que le yuan chinois reste stable de façon à ne pas envenimer le climat de négociations entre la Chine et les États-Unis.


«Si la devise chinoise se dépréciait trop, les chances que les États-Unis imposent de nouveaux tarifs sur 257 milliards de dollars américains de biens importés de la Chine grimperaient. Ces tarifs amplifieraient alors l’inflation et le risque que les taux repères de 10 ans percent le cap de 3,25%», précise M. Roberge.


Le stratège considère qu’à ce niveau, les actions perdraient leur avantage face aux obligations, si l’on se fie au rendement additionnel de 3% minimum que les actions doivent procurer en fonction d’un rendement sans risque.


«En fonction de profits prévus de 175$US en 2019 pour le S&P, il n’y aurait plus de la valeur en haut de 3,25% pour les taux», soutient le financier de Montréal.


Les taux américains de 10 ans ont terminé la semaine à 3,19%.


 


 


 


 


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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