Bourse: que révèle le pouls de 203 pros à l'aube de 2018?

Publié le 26/12/2017 à 16:34

Bourse: que révèle le pouls de 203 pros à l'aube de 2018?

Publié le 26/12/2017 à 16:34

Le pouls mensuel que prend Bank of America Merrill Lynch des pros de la planète financière est un bon miroir du consensus ambiant.


Le sondage de 203 professionnels du placement cette fois, réalisé à la mi-décembre, reflète surtout comment ils se positionnent à court terme.


Bien que le consensus serve parfois de signal contraire, on peut dire que ce genre de sondage flaire surtout ce qui pourrait surprendre les pros dans les prochains mois.


À l’aube de 2018, les pros deviennent globalement un peu plus prudents: leur encaisse a augmenté de 4,4 à 4,7% entre novembre et décembre, pour la première fois en quatre mois.


Cette proportion est légèrement inférieure à la moyenne de 4,5% des dix dernières années.


«La hausse de l’encaisse redevient un signal d’achat porteur d’autres gains au début de l’an prochain, malgré l’envolée des Bourses et des marchés du crédit de 2017», affirme le stratège en chef Michael Hartnett.


Aussi, la proportion des investisseurs qui disent prendre «plus de risques que la moyenne» a fléchi du niveau record du mois dernier, à 11%.


De plus, les pros sont plus nombreux, 34%, à se protéger contre un revers en Bourse.


Une économie «Goldlilocks» demeure le consensus des pros, avec 54% des gestionnaires qui y adhèrent, à peine 2% de moins qu’en novembre.


Goldilocks réfère au gruau ni trop chaud ni trop froid du conte «Boucle d’or» et représente la combinaison idéale d’une cadence économique au-dessus de la moyenne sans trop d’inflation.



« Les gestionnaires sont encore séduits par Goldilocks, mais l’appétit du risque se modère un peu »


Les deux-tiers des répondants prévoient que la réforme américaine des impôts relèvera les taux à long terme l’an prochain et les cours en Bourse. Quelque 77% des répondants prévoient en effet une hausse des taux en 2018.


Les derniers jours leur donnent d’ailleurs déjà raison. La première victoire législative de de Donald Trump a fait bondir le Dow Jones de 5,6% et a fait remonter les taux repères de 10 ans de 12 points de base à 2,49%, depuis un mois.


Les pros se collent aussi à la stratégie de fin de cycle économique et privilégient globalement les banques, les titres de technologie, les assureurs et les titres de consommation discrétionnaire alors qu’ils évitent les secteurs de la consommation de base, les services aux collectivités et les fournisseurs de télécommunications dont la valeur souffre quand les taux remontent.


La baisse des impôts aux États-Unis n’a toutefois pas accentué le penchant cyclique des pros, note le stratège.


Un peu moins de pros qu’en novembre (31%) misent sur une accélération économique et un peu plus d’entre eux (27%) s’attendent aussi à ce que la tendance lourde d’une économie et d’une inflation modérées se prolonge.


Une surprise: les prévisions de profits n’augmentent pas. En fait, le tiers des répondants prévoient une amélioration des profits, sept points de moins d’un mois plus tôt.


«Il faudra que ces attentes se renversent pour que les titres cycliques continuent sur leur lancée par rapport aux secteurs plus stables», note M. Hartnett. Le sondage s’est toutefois tenu bien avant le vote définitif du 20 décembre sur la réforme américaine des impôts.


Interrogés concernant les principales menaces à la progression des bénéfices, le tiers des pros ont cité la hausse des salaires, 21% la remontée des taux et 16% les mesures protectionnistes.


Bitcoin et FANGS, deux bulles


Pour la deuxième fois cette année, l’ascension parabolique de Bitcoin est associée à une fièvre spéculative pour 32% des répondants, tandis que 29% placent les titres du FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google-Alphabet) et les chinoises BAT (Baidu, Alibaba et Tencent) dans cette catégorie.


Ces coqueluches de la technologie sont particulièrement vulnérables à une remontée de l’inflation et à un retrait des liquidités par les banques centrales.


L’autre placement trop populaire aux yeux des pros est celui qui consiste à parier sur un renversement de la faible volatilité.


Risques et surprises


Quelque 45% des pros jugent que les actions sont surévaluées, soit un record pour ce qui est de la moyenne mobile des trois derniers mois.


Il y a presque consensus sur le fait que le mouvement haussier atteindra son apogée en cours année, avec 83% des répondants.


Le quart d'entre eux croient que le sommet du cycle sera atteint dès le premier trimestre, 30% au deuxième trimestre et 28% au deuxième semestre de l’année.


Les pros sont aussi nombreux à croire que le marché obligataire est surévalué compte tenu de la croissance économique et des perspectives haussières pour les taux. La proportion de 83% retrouve presque le record de 85% enregistré en octobre.


Encore ce mois-ci, le quart des portefeuillistes sondés craignent que la hausse des taux par la Fed et que le retrait de liquidités par la Banque centrale d’Europe s’avèrent des erreurs étant donné la cadence modérée de l’économie et de l’inflation encore modeste.


Ce «tail risk» est le plus souvent cité et représente un facteur de risque hors de la courbe de distribution normale des probabilités.


Un krach des obligations, sous la pression d’une hausse plus prononcée que prévu des taux, est un deuxième facteur de risque qui pourrait surprendre, estiment 15% des répondants.


Une crise financière en Chine, provoquée par le surendettement, complète le trio des risques, pour 14% des pros sondés.


Les marchés émergents et européens encore préférés


Encore ce mois-ci, les actions américaines ne sont pas particulièrement populaires, 16% des pros ont moins d’actions américaines que leur répartition habituelle.


L’Europe récolte encore une fois le plus de voix : près de la moitié des pros ont une répartition au-dessus de la moyenne dans les actions européennes.


L’exception est la Grande-Bretagne, soit le pays le plus boudé parmi les marchés développés en raison du laborieux divorce de l’Union européenne.


Les placements dans les marchés émergents restent populaires, mais perdent quelques adeptes. Le tiers des répondants y accordent une répartition plus élevée que la moyenne, par rapport à une proportion de 43% en novembre.


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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