Bourse: la Fed veille encore au grain

Publié le 10/02/2018 à 06:04

Bourse: la Fed veille encore au grain

Publié le 10/02/2018 à 06:04

Le mouvement de recul pourrait donner d’autres sueurs froides aux investisseurs actifs à court terme jusqu'à ce que la Fed ne vienne encore une fois à la rescousse des marchés. 


«Les marchés cesseront de paniquer lorsque les banques centrales commenceront à paniquer», déclare Michael Hartnett, stratège en chef de Bank of America Merrill Lynch, un amateur de formules choc pour transmettre des notions financières complexes.


Le financier signale aussi que les taux américains de 10 ans ont grimpé de 19 points de base pendant la «correction» de 10,2% du S&P 500 (du 26 janvier au 8 février), tandis que ces taux repères avaient baissé de 52 points de base en moyenne pendant les précédents mouvements de repli, les obligations offrant alors une soupape aux marchés.


Malgré la vente record de 39 milliards de dollars américains d’actions mondiales par les investisseurs de la planète lors de la semaine close le 7 février, l’indicateur Bull & Bear du courtier, à 8,5, envoyait encore un signal de vente à court terme en matinée, le 9 février.


Pour ses clients négociateurs, M. Harnett indique qu’un seuil de 2540 pour le S&P 500 et de 3% pour les taux phares de 10 ans seraient deux bonnes zones d’entrée en Bourse.


Lisez Faut-il courir aux abris, un blogue de Daniel Germain qui déboute les mythes concernant l'achat progressif d'actions


Deux occasions imminentes pour Jerome Powell


Ce stratège n’est pas le seul à croire que la banque centrale américaine apaisera éventuellement les esprits - par des paroles rassurantes - si la chute des marchés s’envenimait au point de miner la confiance envers l’économie, en faisant monter trop rapidement le coût d’emprunt.


«Si Jerome Powell (le nouveau président de la Fed) déclarait aujourd’hui qu’on ne devrait pas accorder tant d’attention à la montée d’un seul mois du salaire horaire et qu’il faudra plusieurs autres statistiques avant de conclure que le marché de l’emploi surchauffe, que pensez-vous que les marchés feraient?» gazouille Joe Wisenthal, éditeur chez @business et co-animateur à Bloomberg TV.


Charles Bilello, directeur de la recherche pour Pension Partners à New York, rappelle le rôle qu’a joué la Fed jusqu’ici dans le marché haussier.


En 2010, la chute de 17% du S&P 500 avait repoussé la hausse des taux par la Fed qui avait alors instauré le deuxième programme de rachat d’obligations, baptisé QE2.


En 2011, le plongeon de 21% de l’indice élargi avait aussi incité la Fed à reporter le retrait de ses liquidités. La banque centrale avait ensuite procédé à l’opération twist qui consistait à acheter des obligations à long terme avec les fonds provenant de l’échéance des obligations à court terme.


En 2012, le déclin de 11% du S&P 500 avait aussi freiné la Fed dans son élan. L’institution avait alors promis un troisième programme de rachat d’obligations et aucune hausse de son taux directeur, avant la mi-2015.


M. Bilello conclut en disant: «La Fed a relevé son taux directeur trois fois dans une conjoncture quasi-parfaite pour l’économie et la Bourse en 2017. La banque centrale va-t-elle les augmenter trois fois encore, si les conditions financières s’enveniment?», demande-t-il sur Twitter.


Les probabiités de trois hausses de taux ont déjà diminué cette semaine, si l'on se fie aux contrats à terme sur les taux, qui prévoient que la Fed relève son taux directeur de 2,3 fois, en 2018, par rapport à 2,7 fois, il y a une semaine.


Entretemps, la valeur de différents actifs financiers s’ajuste brutalement au fait que le taux Libor de trois mois, celui qui influence le plus les conditions d’emprunt dans le monde, est le plus élévé depuis décembre 2008, à 1,8%, ajoute M. Bilello.


Plusieurs observateurs rétorquent qu’il faudra moins compter sur la Fed cette fois-ci, car elle est peu sensible aux pertes de spéculateurs trop avides.


Surtout que le dégonflement des actions remet en quelque sorte le couvercle sur la marmite, ce qui l'aidera à poursuivre le retrait graduel de ses liquidités, d’où l’expression maintes fois répétée ces derniers jours de «saine correction».


Le nouveau président de la Fed aura deux belles occasions pour dévoiler où il loge. Le 14 février, le taux d’inflation du mois de janvier sera publié aux États-Unis. M. Hartnett prévoit une hausse modérée des prix de 0,3% par rapport à décembre.


Le 28 février, M. Powell comparaîtra pour la première fois devant le comité sénatorial Humphrey-Hawkins.


 


 


Duel entre les taux et les profits


Si le stratège de Bank of America Merrill Lynch reste prudent à très court terme, les bons profits des entreprises lui inspirent encore confiance.



« Des rachats d’actions musclés par les sociétés auraient tôt fait de rassurer ceux qui craignent que les bénéfices aient déjà atteint leur apogée »


Comme c’est souvent le cas à la fin d’une marée montante, les investisseurs différencieront de plus en plus les entreprises les unes des autres, en fonction de leurs perspectives individuelles. De plus, l’endettement perdra de son lustre, prévoit M. Hartnett.


Liz Ann Sonders, stratège en chef de Charles Schwab & Co., souligne pour sa part que l’évaluation du S&P 500 diminue à vitesse grand V. Son multiple est rapidement retombé à un plancher de deux ans de 16,6 fois les bénéfices réalisés.


Malgré la pire semaine pour le S&P 500 depuis janvier 2016, et un recul de 8,8% du sommet de fin janvier, Martin Roberge, stratège quantitaif de Canaccord Genuity, doute que l'indice ait trouvé son réel plancher sur le plan technique.


La hausse prévue de 15% des profits en 2018 des entreprises du S&P 500, ce qui est supérieur à 75% des années recensés, ne garantit pas non plus que l'indice évitera une chute plus prononcée, indique le stratège de Montréal.


Historiquement, l'indice s'est en effet affaissé de 11 à 16,5%, en cours d'année, lorsque la progression des bénéfices s'est établie entre 7 et 10,5%. 


Par contre, si les taux américains repères de 10 ans retournaient sous 2,75%, le rapport risque-rendement des actions aurait meilleure allure, ajoute M. Robergel, dans son bulletin de fin de séance du 9 février. 


Lisez La volatilité est de retour. Enfin!, un blogue signé Philippe Le Blanc, PDG de Cote 100

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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