Voici les Agropur du 21e siècle: des coops de créatifs

Publié le 02/03/2018 à 16:30

Voici les Agropur du 21e siècle: des coops de créatifs

Publié le 02/03/2018 à 16:30

Émilie Gagnon et Pierre Moro-Lin, membres fondateurs de la coopérative Le Comité (Crédit: Sylviane Robini)

Émilie, Maxime et Pierre se sont rencontrés sur les bancs de l’UQAM, il y a huit ans.


Arnaud et Mélissa se croisaient à répétition dans des évènements culturels.


Chacun de leur côté, ils avaient le même but: pérenniser leur emploi. Au lieu de compter sur un employeur, ils ont misé sur eux-mêmes.


Les premiers ont fondé Le Comité, une coopérative de travailleurs offrant des services de design urbain et événementiel. Les seconds ont fondé Culture Cible, une coopérative de cinq producteurs de contenu culturel.


Le Comité et Culture Cible appartiennent à la première cohorte du programme «Jeunes entreprises collaboratives», une cocréation de la Caisse d’économie solidaire Desjardins et de PME Montréal.


Cette cohorte compte 10 coopératives et 10 OBNL. Elles en sont à l’an deux de leur programme. Ensemble, ces entrepreneurs ont créé 104 emplois. Ils ont reçu 60 000$ en bourse, 550 000$ en subventions et 1,5M$ en prêts.


Je me suis assise avec Arnaud et Mélissa. Puis avec Émilie et Pierre. Je voulais savoir pourquoi ils ont choisi le modèle coopératif.


Mélissa Pelletier et Arnaud Nobile, membres fondateurs de la coopérative Culture Cible (Crédit: Sylviane Robini)


Culture Cible: la coopérative au secours de médias


Arnaud Nobile et Mélissa Pelletier travaillent dans un secteur en crise, le mien, celui des médias. Tous les joueurs de mon industrie cherchent la lumière au bout du tunnel, en souhaitant que ce ne soit pas un train. Arnaud, Mélissa et trois autres producteurs de contenus ont trouvé leur lueur d’espoir. Ils se sont d’abord rencontrés toutes les deux semaines, pendant deux ans, pour élaborer des offres publicitaires conjointes. Un jour, ils ont décidé de partager des locaux. Aujourd’hui, ils partagent une structure légale. «Nous sommes comme des producteurs laitiers qui se regroupent pour vendre leur lait, explique Arnaud. Mais nous vendons du contenu et de l’espace publicitaire.» La coopérative génère des revenus qui sont partagés et chacun des membres en génère de son côté, par son site.


Il y a des défis, certes. «Le partage de notre temps entre le démarchage de contrat pour la coop et pour nous-mêmes devient délicat, explique Mélissa. Avec les fonds du programme jeunes entreprises collaboratives, nous venons de recruter un employé dédié au développement des affaires de la coop. Pour nous, ce recrutement signifie que nous passons à la vitesse supérieure.» Elle ajoute, «Nous avons démarré cette coop pour sécuriser nos emplois, mais aussi pour en créer d’autres dans un secteur qui en a bien besoin. Et, surtout, pour sortir du cercle vicieux de bénévolat et des stages non rémunérés trop souvent la norme dans les médias culturels.»


Le Comité: la coop qui aide ses clients à gagner l’adhésion sociale


Culture Cible est une coopérative de producteurs. Elle regroupe des producteurs indépendants qui conservent leur structure autonome à l’intérieur de la structure coopérative.


Le Comité, lui, est une coopérative de travailleurs, les membres n’ont pas d’autre entreprise. Tous les contrats sont réalisés ensemble.


Tout a démarré avec le contrat «Chats de ruelles» une série de 19 spectacles dans 19 arrondissements, dans le cadre du 350e anniversaire de Montréal. «Pour ce contrat, nous avons travaillé avec la Tohu, raconte Émilie Gagnon. Tous nos contrats sont réalisés en partenariat, ça fait partie de nos valeurs.» Des valeurs qui leur permettent de faire pas mal de chemin, constate Pierre Moro-Lin. «Notre modèle d’affaires représente ce que l’on est. Ceux qui nous embauchent savent que nous croyons en la collaboration. Quand nous développons un événement ou une installation urbaine, nous nous assurons de respecter la communauté qui l’accueillera. Nous aidons donc nos clients à gérer l’enjeu de l’adhésion sociale.»


Culture Cible et Le Comité ont un point commun: ce sont deux coopératives du secteur créatif. Bien que les coopératives fassent partie du paysage québécois depuis longtemps, elles avaient surtout pénétré les secteurs traditionnels. Elle semble aujourd’hui rejoindre les valeurs et les aspirations de la relève créative.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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