Un nouvel outil financier pour les coops et les OBNL

Publié le 11/09/2018 à 10:00

Un nouvel outil financier pour les coops et les OBNL

Publié le 11/09/2018 à 10:00

La Pépinière, une firme de design urbain, est l'un des trois premiers bénéficiaires de la garantie solidaire.

Les coopératives, les organismes communautaires, les OBNL et les entreprises d’économie sociale du Québec ont désormais accès à un nouvel outil financier: la garantie solidaire. Ce produit est le fruit d’un partenariat entre la Caisse d’économie solidaire Desjardins et trois fondations philanthropiques: McConnell, Lucie et André Chagnon et Mirella et Lino Saputo. Une telle association constitue une première au Canada.


Qu’est-ce que la garantie solidaire?


Une organisation bénéficie déjà d’un prêt auprès de la Caisse d’économie solidaire. Il lui manque un morceau pour compléter son financement. Pour fournir ce prêt supplémentaire, la Caisse a besoin d’une garantie. C’est l’une ou plusieurs de fondations précédentes qui offriront cette garantie. La garantie s'étend pour une durée de 5 à 7 ans, pour un maximum de 1 million de dollars. Chaque fondation a fourni cinq millions de dollars, pour un total de 15M$CAD.


Deux exemples : La Pépinière et Buffet Accès Emploi


La Pépinière est une firme de design urbain qui crée des espaces publics. Parmi les plus connus, citons Le Village Au-Pied-du-Courant, à Montréal, et la Marina Saint-Roch, à Québec. La Pépinière est financée par La Caisse d’économie solidaire, PME Mtl, le Réseau d’investissement social du Québec (RISQ) et Investissement Québec. Ils ont tous contribué à un premier prêt. La Pépinière a besoin de 100 000$ supplémentaires, dédiés à son fonds de roulement. Les fondations McConnell et Mirella et Lino Saputo accordent une garantie pour ces 100 000$, ce qui permet à La Caisse d’économie solidaire d’allonger les fonds.


Buffet Accès Emploi est un service de traiteur dont les clients se trouvent à Montréal et à Lanaudière. Il offre aussi des services aux CPE pour le repas et le remplacement de personnel absent. Et il fournit les repas du CEGEP Lionel-Groulx. Les locaux sont devenus trop exigus, forçant l’entreprise à renoncer à certains contrats. Il faut agrandir les installations. La garantie solidaire permet à Buffet Accès Emploi de compléter ce projet sans toucher à son fonds de roulement.


Le service de traiteur Buffet Accès Emploi a eu accès à la nouvelle garantie solidaire pour agrandir son local sans toucher à son fonds de roulement.


À quel problème ce produit financier répond-il?


Le point de vue du prêteur


«Les entreprises d’économie sociale et les organismes communautaires sont souvent considérées plus à risque par le secteur financier que les entreprises privées, souligne Luc Rabouin, directeur du développement stratégique à la Caisse d’économie solidaire. Ceci parce qu’elles ont souvent peu d’actifs à offrir en garantie. Les acteurs de la finance solidaire, quant à eux, comprennent ce secteur, mais il y a une limite de prêt sans garantie qu’ils peuvent accorder. Nous avons observé qu’il manque souvent un morceau de financement à ces organisations, à cause de cette limite.»


Le point de vue des fondations philanthropiques


C’est la fondation McConnell qui a amorcé le dialogue autour de cette caution. «Cela fait dix ans que nous nous intéressons à la finance durable, raconte Erica Barbosa Vargas, Directrice, Finance de solutions à la Fondation McConnell. Nous explorons différents outils financiers, la garantie de prêt en est un parmi d’autres. Nous avons réalisé deux essais par nous-mêmes. À Montréal, avec Équiterre, pour l’hypothèque de la Maison du développement durable. À Toronto, avec l’OBNL Evegreen, pour son édifice Brick Works. «Ces deux expériences se sont avérées des réussites, poursuit Erica Barbosa Vargas. Mais les procédures étaient lourdes. Une fondation n’a pas la capacité pour analyser et faire le suivi de tels dossiers. Nous avons donc approché la Caisse d’économie solidaire parce que c’est son expertise. Elle a un portefeuille d’organisations à qui elle a accordé des prêts et dont elle suit la performance. Elle peut nous recommander les bons candidats pour des garanties.» La garantie de prêt n’implique aucun transfert d’argent. «Nous utilisons notre bilan financier, qui est très sain tout comme notre cote de crédit, pour accorder ces garanties», poursuit la jeune femme.  
Pour l’instant, la garantie solidaire lie une institution financière et trois fondations philanthropiques. L’intention est d’ajouter d’autres fondations et d'autres institutions financières. «Lorsque nous aurons démontré que cela fonctionne, nous souhaitons que des institutions financières traditionnelles se joignent à cette initiative», dit Erica Barbosa Vargas. Ajoutons que les partenaires explorent une formule qui s’appliquerait aux entreprises incorporées.


Cette incursion du Québec du côté des garanties solidaires s’inscrit dans une tendance déjà répandue chez nos voisins du sud et en Europe.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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