St-Hubert, Rona, le Cirque, ne mettons pas tout dans le même sac!

Publié le 31/03/2016 à 10:13

St-Hubert, Rona, le Cirque, ne mettons pas tout dans le même sac!

Publié le 31/03/2016 à 10:13

(Photo: Denis Lalonde)

Mon fil Facebook est en feu! Il paraît que nous sommes devenus – ou redevenus – des porteurs d’eau parce que St-Hubert est vendue au géant ontarien de la restauration Cara Operations(Tor., CAO) pour 537M$. Cara c’est, entre autres, Swiss Chalet et Harvey’s. Cette transaction, pourtant tellement prévisible, enflamme les esprits. On procède à l’amalgame : St-Hubert/Rona/Le Cirque du Soleil. Ça y est, on met tout dans le même panier. Comme si la vente de ces trois entreprises à des sociétés étrangères, lire non-québécoises, était du pareil au même.


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Pas si vite.


Trois transactions, trois histoires


Chacune de ces trois transactions a son histoire bien à elle. Celles-ci ont, à mon avis peu de liens entre elles. Il faudrait éviter de les mettre dans le même sac. Un peu de nuance s’impose.



« St-Hubert, Rona, Cirque ce n'est pas un mouvement massif de vente. C'est le reflet des pulsions humaines: la peur, la cupidité, l'ambition. »


Le Cirque du soleil: un one man show


Commençons par le Cirque du Soleil. Une entreprise fondée par un seul homme, à partir d’une idée hyper-innovatrice. Guy Laliberté a eu le génie de réinventer le cirque. Et son entreprise fut pendant longtemps un one man show. Il a pris des risques qui ont rapporté. Jusqu’à ce qu’ils ne rapportent plus. Appelez ça le passage du temps, la nouvelle concurrence, le passage des générations, un modèle qui atteint l’autre côté de sa courbe de croissance, etc. Bref, Guy Laliberté avait fait le tour. Il a vendu parce qu’il est encore jeune et qu’il veut essayer autre chose. Point final.


Rona: pas d'état d'âme


Rona maintenant. Rona est une société publique qui fut longtemps menée par le même pdg, Robert Dutton. Rona est devenue Robert Dutton. Il la connaissait à l’envers et à l’endroit, Il l’aimait d’amour et l’a traitée avec toute la ferveur de ses sentiments. Un pdg si dévoué ça vaut de l’or. Mais la passion a un prix. On manque de distance, on embellit l’être aimé. On le croit plus fort qu’il n’est. Mais les autres, eux, regardent notre être aimé sans passion. Rona est une société à capital ouvert, elle a été vendue parce que le conseil a estimé que l’offre de Lowe's maximisait la valeur pour les actionnaires. C’est une transaction dépourvue d’états d’âme. Rien à voir avec celle du Cirque.


Saint-Hubert: une entreprise familiale sans relève


Reste Saint-Hubert. C’est une entreprise privée et familiale. Une entreprise familiale qui n’a pas de relève. Une entreprise familiale qui, faute de relève, a recruté des pdg à l’externe. Ce ne fut pas un succès. Ils sont partis les uns après les autres. En 2010, Daniel Cousineau, ex-vp principal marketing chez Air Transat, devient président de la division restauration du Groupe St-Hubert. On en conclut qu’il prendra éventuellement la relève de Jean-Pierre Léger, président et chef de la direction de St-Hubert. La sauce ne prend pas… En mars 2013, Daniel Cousineau est remercié. En décembre 2014, Robert Dépatie, ex président et chef de la direction de Québecor, devient président et chef de la direction St-Hubert. Cette fois, Jean-Pierre Léger semble prêt à passer le flambeau. Et bien non. Robert Dépatie quitte son poste en juin 2015. En septembre 2015, après avoir « essayé » deux pdg venus de l’externe, St-Hubert confie ce poste à un de ses cadres : Pierre Rivard, qui dirige la division de détail depuis trois ans.


Et voilà qu’à la fin mars 2016, St-Hubert est vendue. Contrairement à Rona, la transaction St-Hubert est hautement émotive. La famille Léger a tenté de conserver la propriété malgré l'absence de relève. Mais, comme bien d’autres entreprises familiales, elle n’a pas réussi à cohabiter avec un dirigeant venu de l’externe. C’est une histoire tristement banale. Et elle mène toujours à la vente de l’entreprise. On aurait souhaité que ce soit à un joueur québécois. Mais c’était une vente inévitable.


On peut déplorer la vente de ces trois entreprises. Mais ne le mettons pas dans le même sac. Les circonstances diffèrent trop. Il n’y a pas de mouvement massif de vente des entreprises québécoises. Il y simplement la vie qui bat. Et les humains qui ont des comportements tellement prévisibles. Ils sont animés par un nombre limité de pulsions, toujours les mêmes: la peur, la cupidité, l'ambition, etc,


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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