Quel lien entre le Mile-Ex et le film «Qu'est-ce qu'on attend?»

Publié le 10/09/2018 à 11:16

Quel lien entre le Mile-Ex et le film «Qu'est-ce qu'on attend?»

Publié le 10/09/2018 à 11:16

Le Champs des Possibles, un terrain de 9000 mètres carrés dont on a changé la vocation en 2013 pour en faire un parc.

Samedi soir, je suis allée au cinéma. J’ai vu le film français, «Qu’est-ce qu’on attend», de la réalisatrice Marie-Monique Robin. Ce documentaire raconte comment les habitants du village alsacien d’Ungersheim ont entrepris 21 initiatives pour assurer la résilience et la pérennité de leur village en amorçant un exercice collectif de transition économique. Ungersheim appartient au mouvement international «Villes en transitions», lancé en 2005 par des étudiants en développement durable du Kinsale Further Education College, en Irlande et leur professeur Rob Hopkins. Ce dernier apparaît d’ailleurs dans «Qu’est-ce qu’on attend?». Il procède à l’inauguration de quelques initiatives d’Ungersheim.



En gros, construire une ville en transition consiste à réduire la consommation d'énergie tout en développant une chaîne alimentaire locale, des transports propres, des énergies durables, etc.



La veille du visionnement du documentaire «Qu’est-ce qu’on attend?», j’ai assisté à la seconde édition de la conférence «Territoire citoyen», organisée par la Société de développement Waverly (SDW). La SDW est un OBNL ayant pour mission de participer au développement économique, social et culturel du quartier Alexandra-Marconi, à Montréal. Territoire citoyen réuni des citoyens, des artistes et des entreprises pour qu’ils discutent ensemble des enjeux de développement de ce quartier central, situé à mi-chemin entre le nord de la ville et son centre.


Alexandra-Marconi est un quartier en transition. Une autre sorte de transition que celle d’Ungerhseim. Il fut longtemps le royaume du secteur manufacturier textile. Aujourd’hui, il accueille une clientèle bigarrée formée de travailleurs autonomes, d’artistes, de PME et, plus récemment d’entreprises d’intelligence artificielle. On parle désormais de Cité de l’intelligence artificielle avec des organisations comme Element AI, MILA et Ivado. En juillet, Microsoft a annoncé qu’elle déménageait ses 200 employés du centre-ville dans la cité de l’intelligence artificielle.


Comment favorise-t-on le déploiement ou la renaissance d'un quartier?


Les échanges de la conférence Territoire citoyen, le visionnement de «Qu’est-ce qu’on attend?» et la campagne électorale - et les annonces des différents partis - m'inspirent la question suivante: quels sont les éléments d’un développement économique réussi? Comment favorise-t-on le déploiement, ou la renaissance, d’un quartier?


Une expérience en développement durable devenue un facteur de développement économique


«Je n’aurais jamais connu un tel succès comme courtier immobilier si le quartier n’avait pas eu la vision du Champs des Possibles», affirme Michael Merten, courtier pour la firme montréalaise Strategique Real Estate. Micheal est un pionnier du courtage immobilier du nouveau Marconi-Alexandra. En 2009, il décroche un premier contrat d’envergure pour 750 000 pieds carrés d’espace à louer. «À l’époque, sur la ligne 18 Beaubien, nous étions trois passagers, raconte-t-il en riant. Aujourd’hui, l’autobus est bondé. Compte tenu du niveau d’activité du quartier, il faudrait même ajouter des arrêts.»


Revenons à la déclaration de Michael Merten. Ce courtier immobilier attribue une partie de son succès, donc de la facilité à louer des locaux vacants, à l’existence du Champs des Possibles. Il s’agit d’un terrain en friche de 9000 mètres carrés, situé aux abords de la voie ferrée du CP, entre les rues de Gaspé et Henri-Julien. En 2013, cet ex-terrain industriel a été donné aux citoyens par l’arrondissement du Plateau Mont-Royal. Une convention de partenariat détaillée lie l’OBNL «Les Amis du Champs des Possibles» à l’arrondissement. La ville a nommé un répondant pour ce dossier. L’OBNL assure le maintien des lieux. Le zonage a été modifié pour en faire un parc, et ainsi de protéger le terrain contre toute développement immobilier, comme nous l’a expliqué Gaëlle Janvier, chargée de projet pour l’organisme Alternatives, lors de la conférence «L’État des lieux de l’agriculture urbaine à Montréal», pendant Territoire citoyen II.


Tout n’est pas parfait. Le Champs des possibles se situe sur un terrain contaminé. À tout moment, le ministère de l’environnement peut mettre fin à son occupation. Quant à la décontamination, elle risque d’affecter la vocation de cet espace, soit le maintien de la biodiversité et le caractère de friche.


Pour la ville de Montréal, le Champs des possibles est un site d’expérimentation en matière de développement durable. Pour le courtier Michael Merten, c’est une mine d’or. «Demandons-nous ce qui attire les entreprises dans notre quartier, ce qui fait notre spécificité. Pourquoi quittent-elles le centre-ville pour s’installer dans Alexandra-Marconi? Assurons-nous que les ingrédients qui font partie de notre recette demeurent, qu’on ne les sacrifie pas en chemin.»


Le Champs des Possibles n’est pas un territoire productif au sens classique du terme. On n’y fabrique aucun bien ni service. Mais la déclaration de Michael Merten rappelle qu’il existe plusieurs façons de produire de la valeur et plusieurs formes de valeur. C’est aussi ce que pensent les habitants de la ville d’Ungersheim et du réseau «Villes en transition».

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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