«Messieurs, vous nous aimez. Mais croyez-vous en nous?», demande Michelle Obama

Publié le 06/02/2018 à 11:06

«Messieurs, vous nous aimez. Mais croyez-vous en nous?», demande Michelle Obama

Publié le 06/02/2018 à 11:06

Michelle Obama n’ira pas en politique. J’en ai douté. Je n’en doute plus. Depuis sa conférence d’hier soir au Palais des congrès de Montréal, je sais qu’elle dit la vérité.


Elle n’ira pas en politique parce qu’elle veut changer le monde. Huit années à la Maison-Blanche l’ont convaincue que «les humains ont plus de pouvoir de changer le monde que la politique et les lois. Nous ne pouvons pas attendre les changements législatifs, les choses bougent trop lentement.»


C’est ce qui explique qu’elle a démarré, avec son mari, la Obama Foundation, dédiée à la formation d’innovateurs citoyens (civics innovators). Puisque les politiciens ne peuvent changer le monde à partir du sommet, Michelle et Barack planteront des graines partout dans la communauté. Trois rencontres de trois jours se sont déjà tenues (Boston, Tempe et Chicago) au cours desquelles quelques centaines de jeunes ont travaillé sur les enjeux sociaux de leur quartier. De tels ateliers, il y en aura de nombreux autres.


La Fondation Obama compte frapper fort. Elle est en période intensive de recrutement. Des dizaines de postes sont affichés sur le site. Et des stages d’été sont prévus.


Éducation: l'importance de développer une pensée critique pour ne pas «se faire avoir»


Hier, Michelle Obama a parlé d’éducation, bien sûr. Mais au-delà du message essentiel de persévérance et de travail acharné livré aux 2000 étudiants dans la salle, elle a rappelé une réalité négligée: une société n’avance pas que par l’acquisition de connaissances techniques.


«Nous avons besoin de citoyens à l’esprit critique qui savent analyser les situations complexes, qui peuvent distinguer ce qui est bien de ce qui est mal. Sans esprit critique, on se fait manipuler. Il faut apprendre l’histoire, pour comprendre d’où l’on vient et ce qui alimente nos croyances afin d’en déconstruire certaines. Il faut aussi apprendre la génétique, pour cesser de colporter des faussetés qui perpétuent les inégalités.»


Les entreprises aussi ont besoin d'une pensée critique


Les humains ont besoin de développer une pensée critique dans leur vie personnelle. On peut extrapoler ce constat dans le monde des affaires. Les organisations ont aussi besoin de cette faculté de l’esprit. Car elles aussi peuvent se «faire avoir». À l’ère de l’intelligence artificielle, entre autres, elles doivent prendre du recul. Penser avant d’agir. Analyser avant de décider.


Michelle Obama s’est adressée aux jeunes, mais elle avait aussi un message particulier pour les hommes.


Le message de Michelle Obama aux hommes, «Vous nous aimez, mais croyez-vous en nous?»


Il a été question d’égalité et de parité, bien sûr. Mais Michelle Obama a emprunté un chemin différent. Elle ne s’est pas adressée aux PDG. Elle a parlé aux maris, aux pères, aux frères, aux amis. «Les hommes de nos vies nous aiment, mais croient-ils en nous? Croient-ils que nous méritons la même place qu’eux? L’amour ne suffit pas. Les hommes ont besoin de sonder leur âme et leur cœur. Ils doivent réaliser que chaque fois qu’ils refusent de faire de la place aux femmes au bureau, c’est aux femmes de leur vie qu’ils nuisent. Le monde du travail qu’ils entretiennent, c’est le monde qu’ils offrent aux femmes qu’ils aiment.»


Elle poursuit: «il existe un nombre limité de places à la table. Ce n’est pas sorcier: ou on ajoute des sièges ou on libère des places. Qu’est-ce que ce sera?»


Trois conseils pour devenir un agent de changement


Je l’ai dit au début, la Fondation Obama veut former des innovateurs citoyens. On parle aussi d’agents de changement. Mais comment devient-on un agent de changement? Voici les trois conseils de la conférencière :


1- S’éduquer, s’informer. «Pour changer le monde, pour s’attaquer à un problème, il faut le saisir. Avant d’agir, il faut comprendre.»


2- Choisir. «On s’attaque à ce qui nous passionne. Lorsque je suis arrivée à la Maison-Blanche, tout le monde avait une idée des causes que je devais soutenir. Tout ce qu’on m’a proposé était important. Mais j’ai choisi ce qui me tenait à cœur: l’éducation, la santé, l’avancement des femmes. Pour avoir un impact, il faut être authentique.»


3- Faire des compromis. «On s’engage souvent dans le changement social avec un esprit entier. C’est tout ou rien. Si on ne gagne pas tout, on ne veut rien. Le changement naît à travers le compromis. Faire un compromis n’équivaut pas à perdre. Cela fait partie du processus de changement.»


Michelle Obama est une grande dame. Elle est combative, intelligente et futée. Sachant cela, je ne peux m’empêcher de poser la question suivante: pourquoi n’a-t-elle pas été interviewée par un journaliste? L’art de l’interview est un métier.


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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