Les maires chinois veulent leur version de la «Guerre des tuques»

Publié le 03/12/2018 à 14:06

Les maires chinois veulent leur version de la «Guerre des tuques»

Publié le 03/12/2018 à 14:06

Marie-Claude Beauchamp, fondatrice de la maison de production Carpe Diem, productrice de la version animée «La Guerre des tuques 3D».

Marie-Claude Beauchamp, fondatrice de la maison de production Carpe Diem, productrice de la version animée «La Guerre des tuques 3D» (Crédit: Sandra Larochelle)

Au cours des dernières années, la semaine de travail chinoise est passée de 60 à 37 heures. Et le salaire moyen a considérablement grimpé. Par exemple, entre 2005 et 2016, pour un ouvrier manufacturier, il a augmenté de 300%. Il atteint 3,6$US, révèle une étude d’Euromonitor. L’ouvrier chinois gagne plus que ses collègues brésiliens, argentins et mexicains.


Monétiser le nouveau temps libre des Chinois


La classe moyenne chinoise a donc plus de temps libre et plus d’argent. Pékin souhaite transformer cette nouvelle réalité  en vecteur de croissance économique. Le mot d’ordre: divertir les nouveaux riches chinois afin qu’ils dépensent leur argent au pays plutôt qu’en jouant les touristes à l’étranger.


Une Québécoise, Marie-Claude Beauchamp, fondatrice de la maison de production cinématographique CarpeDiem, pourrait bien contribuer à cette nouvelle industrie chinoise du divertissement. Mme Beauchamp rentre tout juste du Shanghai World Creative Economy Summit où elle a effectué une présentation devant un parterre composé de maires et de divers représentants du gouvernement chinois. Qu’attendent au juste les organisateurs de cet événement de la part de CarpeDiem?


La Guerre des tuques, une inspiration pour l’industrie chinoise du divertissement




Que la PME répète en Chine le succès de «La guerre des tuques 3D». CarpeDiem a actualisé ce classique de la culture québécoise en réalisant et produisant la version animée «La guerre des tuques 3D». Une œuvre exportée dans 120 pays. Dans la foulée de ce succès, CarpeDiem lance «La course de tuques», en décembre 2018.



Le gouvernement chinois ne désire pas une version chinoise de «La Guerre des tuques». Il veut actualiser des contes et légendes chinois pour en tirer des produits de divertissement ancrés dans le territoire dont ils sont issus. «Ma présentation était centrée sur deux villes: Ningbo et Hanzhou. Pour chacune, j’ai revisité un conte de la région et j’ai proposé des déclinaisons commerciales ludiques», explique la productrice. Elle poursuit, «Pour Ningbo, je me suis inspirée d’un projet que Carpe Diem a déjà en développement: Butterfly Tale. On y fait référence à un conte ancien, Butterfly Love Story. Il est question d’un amour impossible sur terre, seule la mort peut réunir les amants. La version contemporaine repose plutôt sur un groupe de papillons qui se préparent à migrer et affrontent des dangers.» Elle ajoute, «J’ai expliqué le concept de déclinaison de marque en suggérant aux autorités de Ningbo de créer un mini parc à thème autour des papillons. Ainsi, en plus du film d’animation, j’ai suggéré six modules afin qu’une famille chinoise puisse demeurer au parc au moins une demi-journée.»


Pour la ville d’Hanzhou, CarpeDiem s’est inspirée de la légende du serpent blanc où deux serpents viennent sur terre sous la forme de femmes. Il s’en suit un chassé-croisé amoureux impliquant un apothicaire et un sage. Il est question d’amour et de jalousie. Pour moderniser le conte, Mme Beauchamp a converti les deux femmes en adolescentes, transformant ainsi l’histoire en un divertissement familial où il est question de pouvoir de l’amour. Le parc thématique exploiterait le thème du serpent sous quatre formes. D’abord, un long tunnel reproduisant la forme de l’animal animé de projections immersives. Puis, un vivarium permettant un contact avec les reptiles. Ensuite, une présentation de nature plus scientifique. Enfin, un manège exploitant la thématique reptile.



Comment les organisateurs du Shanghai World Creative Economy Summit ont-ils entendu parler de la Québécoise CarpeDiem?


Grâce à la professeur Lei Shen, directrice du Xudong Collaborative Innovation Center à l’université Donghua. Mme Shen - qui est aussi directrice du comité sur l’économie créative de l’association des industries créatives de Shanghai et secrétaire du comité de coopération économique et industrielle de la région du delta de la rivière Yangzi - faisait partie de la délégation chinoise venue à C2 Montréal en mai 2016. «J’ai rencontré la professeur Shen deux fois lors de son séjour, raconte Marie-Claude Beauchamp. C’est elle qui m’a proposée comme conférencière au Shanghai World Creative Economy Summit.»


CarpeDiem n’en est pas à sa première visite en Chine. La productrice a participé à une mission du gouvernement fédéral en 2012 et une autre du gouvernement provincial, en janvier 2018. «Je prends le temps de connaître ce marché. Et de trouver le meilleur modèle d’affaires, compte tenu des réalités locales. Il est possible que j’accorde des licences pour certains produits déjà créés que je distribuerais là-bas. Il est aussi possible que CarpeDiem soit concepteur de produits de divertissement locaux. Dans ces cas, les maires seraient nos clients.» Elle conclut, «Plusieurs maires sont venus me voir après ma présentation. Ils voulaient que je répète pour eux le même exercice que pour leurs homologues de Ningbo et de Hanzhou. L’un d’eux m’a dit que sa ville avait vu naître Confucius. Voilà une histoire riche qui peut certainement faire faire écho à un public contemporain.» Curieuse, j’ai fouillé des biographies du philosophe asiatique pour ma rafraîchir la mémoire. Les citations suivantes ont retenu mon attention :


«Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions.»


«Je ne veux ni ne rejette rien absolument, mais je consulte toujours les circonstances.»


Touché! Il me semble qu’en cette période où les gérants d’estrade et les grossistes en opinions en tous genres polluent l’espace public, une dose de sagesse confucéenne serait bienvenue.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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