Les financiers perdent la foi en leur secteur. Le facteur PHI à la rescousse

Publié le 19/04/2017 à 16:41

Les financiers perdent la foi en leur secteur. Le facteur PHI à la rescousse

Publié le 19/04/2017 à 16:41

Les professionnels de l’investissement ont le blues. Tout juste 11% d’entre eux estiment que l’impact de leur industrie sur la société est très positif. Et à peine 38% croient que leur firme prend en considération l’intérêt de ses clients. Mais… plus de la moitié de ces mêmes professionnels jugent que la finance pourrait avoir un impact très positif sur la société si elle s’appuyait sur des valeurs et des principes solides.


Ces statistiques sont tirées d’une étude du comité Future of Finance, du CFA Institute, en collaboration avec la firme State Street. Ce midi, les auteurs (Rebecca Fender et Philip Palanza) ont présenté les raisons de ce « blues du financier ». Et ils proposent un outil pour y remédier, le facteur PHI.


«Quatre mégatendances influencent notre industrie, explique Rebecca Fender. Ce sont les fintechs, la fragmentation des univers et des besoins, la nouvelle normalité (faibles taux/faibles rendements) et le capitalisme porteur de sens, explique Rebecca Fender. Ces tendances peuvent mener l’industrie financière dans quatre directions. Le désalignement par rapport aux attentes des clients. Une perte d’importance (absent industry). Une perte d’utilité (unecessary industry). Ou une professionnalisation. C’est le facteur PHI qui fera la différence.»



Qu’est-ce que le facteur PHI?


PHI est un acronyme pour Purpose (sens), Habits (habitudes, comportements) et Incentives (mesures incitatives). Ces trois facteurs contribuent à la performance à long terme de l’organisation, la satisfaction de la clientèle et la mobilisation des employés. Voyons ce que ça donne concrètement.


D’abord, le P (purpose). Qu’est-ce qui motive les professionnels de l’investissement à offrir une bonne performance?


Moins de la moitié (44%) des 3330 financiers sondés à travers le monde estiment que leurs leaders proposent une vision inspirante. Et à peine 40% croient que leurs leaders ont pris la peine de revoir les hypothèses et les croyances sur lesquelles repose l’organisation. Mais alors, que font les entreprises du secteur financier des mégatendances mentionnées?


Voyons le H (habits) . Pourquoi les financiers demeurent-ils à l’emploi de leur firme? À peine le quart (28 %) d’entre eux demeurent dans cette industrie pour aider leurs clients à atteindre leurs objectifs financiers. C’est peu. Et c’est surtout insuffisant pour permettre aux firmes de ce secteur d’atteindre une performance optimale.


Reste le I (incentive). Les financiers voient-ils leur travail comme un emploi, une carrière ou un appel (a calling)? Les pressions externes peuvent décourager le plus passionné des employés. Dans le secteur financier, cette pression est celle du court terme, rappellent les auteurs de l’étude. Et la rémunération alimente cette pression. Pourtant… 39% des professionnels de la finance interrogés accepteraient que leur boni soit accordé en fonction d’une performance étalée sur un horizon de deux à cinq ans au lieu du traditionnel boni annuel.


Les entreprises du secteur financier qui ont un facteur PHI élevé seraient aussi celles qui affichent la meilleure performance. Voici le score PHI des répondants de ce sondage :


aucun score PHI : 13,19%


faible score PHI : 40,31%


score PHI modéré : 29,88%


score PHI élevé : 16,62%


Donc, 87% des sociétés financières sondées sous-performent parce qu’elles négligent leur score PHI.


Comment améliorer son score PHI?


Cette anecdote de Philip Palanza dit tout. Une jeune femme vient d’être recrutée par un gestionnaire de caisse de retraite. Très motivée, elle a hâte de connaître son premier mandat.


- Tu travailleras quelques jours au centre d’appels.


- Mais je n’ai pas été recrutée pour ça. Je suis ici pour gérer l’argent des retraités.


- Justement, au centre d’appels tu apprendras à connaître ces retraités. Tu entendras leur histoire et tu découvriras leurs préoccupations.


«Derrière le numéro de compte de chaque investisseur, il y a un humain avec ses besoins et ses valeurs», commente Philip Palanza. «Comment allons-nous continuer de démontrer à ces humains que nous pouvons leur apporter de la valeur?, ajoute sa collègue Rebecca Fender. L’avenir de la finance passe par la réponse à cette question. »


 


 


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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