Impact 8: changer le monde avec le système, plutôt que malgré lui

Publié le 01/06/2018 à 16:46

Impact 8: changer le monde avec le système, plutôt que malgré lui

Publié le 01/06/2018 à 16:46

Il faut beaucoup de bourdons pour polléniser un champ. C'est ce que découvrent les entrepreneurs sociaux. (Crédit: 123rf)

Joindre un programme d’accélération, si on le fait de bonne foi et pour les bonnes raisons, c’est accepter de sauter dans le vide.


Votre modèle d’affaires sera passé à la loupe par des coachs impitoyables. «Vous cherchez plus de problèmes? Joignez un programme d’accélération!», a confié candidement un accéléré de la cohorte Impact 8 2018. Cet entrepreneur fait allusion aux angles morts que les coachs de ce type de programmes d’accompagnement sont mandatés de dépister.


L'angle mort du secteur de l'entrepreneuriat social


Les entreprises ont leurs angles morts. Les secteurs aussi. Dans le cas de l’entrepreneuriat social – ce modèle d’entreprise dont la mission consiste à résoudre un problème social ou environnemental à travers une solution de marché – l’angle mort c’est LE système.


La première vague d’entreprises sociales qui a déferlé sur le Québec (et avant elle celle qui avait pris d’assaut l’Europe et les États-Unis) était souvent composée d’hommes et de femmes estimant que le système s’acquittant mal de sa responsabilité sociale et environnementale, il fallait imaginer des solutions qui le contournait.


On peut comprendre ce réflexe. Mais l’expérience, et le passage du temps, démontrent que c’est une avenue inefficace. En agissant ainsi, les entreprises limitent leur impact. Or, le propre d’une entreprise sociale est (devrait être) de générer un impact sociétal maximal. Et de prendre les moyens pour y arriver.


Mercredi dernier, le 30 mai, les entrepreneurs de la cohorte 2018 d’Impact 8 ont fait le point. Ils se trouvent au tiers de leur parcours d’accompagnement.


Le point commun des entreprises de la cohorte impact 8


J’ai relevé une constante dans le discours de ces entrepreneurs: ils reconnaissent que leurs solutions doivent s’insérer dans le système existant, pas à la marge de celui-ci.


Pour massifier son impact, une application qui soutient la santé mentale aura forcément besoin de connecter avec des assureurs qui offrent des produits d’assurance collectives, par exemple. Quant à cet organisme de d’urbanisme transitoire, il doit faire son chemin dans les méandres de l’administration municipale pour débusquer un maximum d’immeubles sous-utilisés, sinon sa portée sera restreinte. Et cette PME qui fabrique de la poudre de grillon a besoin des experts de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie (ITHQ) pour développer une matière première assez savoureuse pour déclencher des changements de comportements chez les consommateurs.


On commence à parler de «l’institutionnalisation de l’innovation sociale». Les solutions développées par des entrepreneurs pour résoudre des enjeux d’éducation, de santé ou d’environnement peuvent-elles vraiment venir à bout de ces enjeux sans que des institutions les adoptent et les déploient à grande échelle? On évoque souvent la croissance comme stratégie pour augmenter l’impact des entreprises sociales. Peut-être que pour certains enjeux cela ne suffit pas. Peut-être que le système doit prendre le relais, ou du moins venir en renfort et jouer un rôle plus important. Je sais que la conversation est amorcée. Je vous le partage. On y reviendra.


En conclusion, voici un aperçu des entreprises de la 3e cohorte Impact 8 et les enjeux sociétaux auxquelles elles s’attaquent.


Les enjeux auxquels s'attaque la cohorte Impact 8


Agriculture


1- ChrysaLabs développe des technologies d’analyse de la fertilité des sols. Sa mission : promouvoir l’agriculture biologique et écoresponsable et la régénération des sols.


Agriculture, nutrition


2- Totem Nutrition produira de la poudre de grillon et de ténébrions meuniers à partir de sa ferme de Laval.


Santé (anxiété)


3- Mr Young propose un agent conversationnel lié à Messenger ou à Facebook, alimenté par l’intelligence artificielle, pour aider les utilisateurs à faire face à des situations d’anxiété. Au fil des conversations, l’utilisateur peut mener une démarche d’introspection, calculer son score d’anxiété et explorer des solutions (coachs, lectures, applications, etc.) On incite aussi le sujet à s’ouvrir à son entourage.


Santé (autisme)


4-Myelin propose un conseiller clinique virtuel donnant accès à des informations actualisées en matière de santé mentale. L’organisation vise trois objectifs : améliorer la qualité de l’information accessible aux parents, synthétiser cette information et faciliter son accès. Myelin compte aussi intégrer le savoir collectif, soit l’expérience des parents, sans perdre la rigueur de l’information scientifique.


Éducation


5-Blitz-Paradiso (Thèsez-vous) vise à prévenir le décrochage chez les étudiants aux cycles supérieurs, et le gaspillage de ressources privées et publiques qui s’en suit, via la création d’un espace collectif de rédaction, une plateforme numérique et un modèle de franchises sociales. En trois ans, 1500 étudiants ont participé aux retraites de trois jours organisées par Blitz-Paradiso et 3000 étudiants ont reçu du soutien en ligne.


Développement économique et social/développement urbain


6-Entremise a pour mission d’activer des espaces vacants au service du bien commun. Elle crée des espaces locatifs abordables à travers le développement de l’urbanisme transitoire. Elle contribue aussi à changer la réglementation pour réaliser des projets plus rapidement et à moindre coût que ce qui se fait présentement.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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