Fuckup Nights Montréal: 3 fuckups, 5 leçons

Publié le 17/11/2017 à 16:25

Fuckup Nights Montréal: 3 fuckups, 5 leçons

Publié le 17/11/2017 à 16:25

Julian Giacomelli, pdg de Rise Kombucha témoigne au Fuckup Nights des leçons de l'aventure Crudessence

Et si on documentait l’échec comme on documente le succès?


C’est la mission du Failure Institute, créé en 2014 par le mouvement Fuckup Nights.


Le Failure Institute marque une distinction entre l’entreprise qui ferme ses portes et celle qui échoue. La seconde n’a pas complété les objectifs qu’elle s’était fixés.


L'organisme publie un indice mondial de l’échec (Global Failure Index) qui vérifie une foule des données comme:


-Le stade de développement de l’entreprise au moment de l’échec et le nombre d’années en affaires;


-Ce que l’entrepreneur a fait après l’échec;


-Le niveau d’endettement du projet;


-Le soutien reçu du gouvernement pendant son déroulement;


-L’investissement initial. Vous pouvez en apprendre davantage ici.


Les données proviennent de plusieurs sources :


-Les témoignages des entrepreneurs lors des soirées Fuckup Nights. Le mouvement est présent dans 270 villes de 70 pays;


-Un réseau de chercheurs spécialistes de l’échec;


-Des incubateurs, des accélérateurs, des conférences et les médias.


Cette semaine, j’ai assisté à un Fuckup Night. Trois entrepreneurs ont défilé devant nous pour partager les leçons d’un échec. En voici quelques unes, histoire de vous donner de quoi réfléchir durant la fin de semaine.


Claudine Larivière, nutritionniste et stratège en productivité humaine


«Je viens d’une famille d’entrepreneurs où tout le monde a réussi et gagné beaucoup d’argent. J’ai toujours eu beaucoup de pression et je m’en suis rajoutée. »


 Claudine a lancé, avec un partenaire, une firme proposant des programmes de santé en entreprise. «Ça n’a pas décollé. Peut-être était-ce trop tôt. En tout cas, mon partenaire semble avoir compris avant moi, puisqu’il a lancé une autre entreprise alors que nous étions censéés nous consacrer à la nôtre. »


Elle rachète son associé. Ce qui aggrave sa situation financière déjà précaire.


Leçon 1


Ne dépensez que l’argent que vous avez


«Il faut investir dans votre démarrage et votre développement, c’est sûr. Mais si vous n’en avez pas besoin maintenant, ou si ça peut attendre, attendez.»


Leçon 2


Ne prétendez pas que vous savez tout et que vous contrôlez parfaitement la situation


«Vous vous privez de belles rencontres et de coups de main précieux. Et vous vous empêchez de travailler sur vous-même. »


Patrice Marier, Les Cabinets


Si vous avez déjà fréquenté la conférence C2Montréal, votre passage à la toilette vous a certainement laissé un excellent souvenir. Personnel courtois, crèmes, lotions, produits coiffants, rince-bouche ... tout ça à volonté. De quoi transformer un passage utilitaire en une quasi-pause spa.


Cette idée d’optimiser l’expérience de la salle de bain lors des événements est de Patrice Marier. Sa firme se nomme Les Cabinets.


Elle est née du désespoir. «Je n’avais plus un sou, mon entreprise précédente m’avait lessivé. Je voulais assister à C2Montréal. Mon seul espoir était de devenir fournisseur de l’événement. En deux semaines, j’ai imaginé un service facile à déployer et peu coûteux à implanter.»


L’entreprise qui a lessivé Patrice Marier c’est Growers and Co, une PME faisant la promotion de l’agriculture de petite production. «Je ne connaissais rien à ce secteur, mais il me plaisait.»


Growers and Co importait et vendait de la machinerie pour les petites exploitations agricoles.


Leçon 3


Implanter votre idée doit vous plaire autant que l’imaginer


«Nous avions un plan. Nous avions une vision. Nous avions de bonnes intentions. Mais ça n’a pas fonctionné parce que le plaisir a cessé le jour de l’implantation. En fait, c’est comme si je voulais vendre des légumes sans avoir à les faire pousser! Importer de la machinerie c'est compliqué. Ça coûte cher. II faut des assurances. Bref, ça n’avait rien à voir avec la vision idyllique du départ.»


Julian Giacomelli, pdg Rise Kombucha


Julian nous a parlé de Crudessence, une entreprise qu’il a vendue en 2016, après une année 2015 particulièrement difficile.


Crudessence était à la fois un service de traiteur et des restaurants. Elle est née en 2009, en même temps que Rise Kombucha, un producteur de boissons.


«Nous avions 10 unités d’affaires interdépendantes dans le même local de 1000 pieds carrés. C’était très serré. Trop serré. Mon partenaire, David Côté, a déniché un local de 5000 pieds carrés en face et m’a convaincu qu’il était pour nous. Nous avons signé le bail. Tout s’est passé vite. On n’a pas eu le temps, ou on ne l’a pas pris, de se concentrer sur les unités d’affaires rentables. Et le coût d’un espace cinq fois plus grand nous empêchait de pivoter aussi vite qu’on aurait dû. Nous avons manqué de temps, d’argent et de cohésion.»


Leçon 4


Prenez garde aux histoires que vous vous racontez


«Quand David a déniché le local de 5000 pieds carrés, on a fait des prévisions financières sur une serviette de table. Les maths c’est comme les statistiques, on peut leur faire dire ce que l’on veut. Sur papier, tout à l'air crédible. On répète aux entrepreneurs qu’ils doivent suivre leur instinct. Mais parfois leur instinct est influencé par des fantaisies.»



Leçon 5


Un bon associé dit la vérité


«J’aurais dû être un meilleur partenaire. J’aurais dû dire à David, «Déménager dans un local aussi grand n’est pas une bonne idée.» Une équipe tissée plus serrée aurait peut-être surmonté les problèmes que Crudessence a connus. Pour arriver à prendre des décisions difficiles ensemble – comme choisir quelles unités d’affaires abandonner - il aurait fallu qu’on se connaisse mieux.»


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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