Forum Novae: comment l'économie circulaire affecte Moisson Montréal

Publié le 26/10/2018 à 10:34

Forum Novae: comment l'économie circulaire affecte Moisson Montréal

Publié le 26/10/2018 à 10:34

Forum Novae, panel sur l'innovation dans le secteur alimentaire. Paul Simard, de Moisson Montréal (4e à partir de la gauche) parle de l'impact de l'économie circulaire sur son organisation. (Crédit: Sylviane Robini)

Il y a une semaine, j’ai interviewé Sanjay Khanna, futuriste et directeur du Whitespace Legal Collab, du cabinet juridique Baker McKenzie. Lancé en 2017, le laboratoire de monsieur Khanna a pour mission de détecter les angles morts dans différents secteurs, pour aider les entreprises à mieux planifier leur stratégie à long terme.


Hier (25 octobre), j’ai assisté au Forum Novae sous le thème: les innovations positives et engagées. On a parlé de ce qui s’en vient en énergie, en alimentation, en finance et en transport.


En fait, le travail de Sanjay Khanna et celui des conférenciers d’hier sont liés. On ne peut pas parler d’innovation sans parler d’angles morts. L’innovation des uns devient souvent l’angle mort des autres. Et parfois, c’est plutôt l’absence d’innovation des uns qui devient l’angle mort de l’innovation des autres. Je m’explique avec trois exemples tirés du Forum Novae.


Parlons d’abord de philanthropie


On connaît tous le fonctionnement d’une banque alimentaire. Celle-ci recueille les surplus des différents acteurs du secteur alimentaire, surtout les épiceries. Ces surplus sont ensuite redistribués rapidement vers des organismes d’aide aux personnes en situation de précarité économique.


Quelle nouvelle pratique vient perturber le modèle d’affaire des banques alimentaires? L’économie circulaire.


Tout comme les banques alimentaires, l’économie circulaire repose sur la récupération/valorisation des surplus/déchets. Mais, au lieu d’être redistribués, ces surplus sont employés pour créer de nouveaux produits. Les déchets deviennent des occasions d’affaires. Mais, pendant ce temps, qu’en est-il des banques alimentaires? Chaque kilo d’aliment valorisé dans un produit issu de l’économie circulaire n'ira pas vers une banque alimentaire.


Ceci n’est pas un jugement, c’est un constat. Deux utilisateurs convoitent désormais la même ressource. Évidemment, cette ressource est abondante. Le gaspillage alimentaire est immense. Mais, à mesure que l’économie circulaire s’installe dans le secteur de l’alimentation, ce qui est irréversible, les banques alimentaires doivent considérer cet angle mort.


Paul Simard, directeur du développement philanthropique et des communications chez Moisson Montréal l’a évoqué au Forum Novae. «Nous devons absolument nous repositionner dans l’écosystème de l’économie circulaire. Les banques alimentaires font de la valorisation des aliments, elles évitent le gaspillage. Chez Moisson Montréal, nous entamons une réflexion stratégique majeure. Nous explorons comment nous insérer dans le mouvement de circularité. Vous nous verrez de plus en plus participer à des événements liés à cette pratique.»


Le second exemple est tiré du secteur du transport. Il est toujours question d’innovation et d’angle mort. Mais, cette fois, ce n’est pas l’innovation de l’un qui devient l’angle mort de l’autre. C’est plutôt l’absence d’innovation. L’américaine Turo est la plus importante plateforme d’autopartage au monde. Elle est implantée au Canada. En moyenne, les utilisateurs de Turo louent leur voiture de sept à huit jours par mois, ce qui leur rapporte 600$. Le service est très populaire au Québec. En Ontario, par contre, seulement 55% des propriétaires de véhicules peuvent profiter de ce service. Les 45% restant n’ont pas la permission de leur assureur de louer leur voiture à un tiers. Ça, c’est un gros angle mort. «On travaille fort, explique Cédric Mathieu, directeur, Turo, Canada. Il faut convaincre les assureurs que ce mode de consommation est là pour rester, que ça vaut la peine qu’ils développent de nouveaux produits. Il faut convaincre le régulateur des assureurs, il faut convaincre le gouvernement. Notre service n’est toujours pas disponible en Colombie-Britannique, la réglementation ne le permet pas.»



Mon troisième exemple est celui de Bombardier Transport. Son angle mort, c’est la planification urbaine. «Nous nous sommes toujours concentré sur le développement de wagons, après tout c’est notre expertise, explique André Thibault, chef du centre de design plateformes véhicules, Amériques, chez Bombardier Transport. Désormais, nous nous impliquons dans les exercices de planification urbaine. Le transport sur rails plafonnera en Amérique du nord tant que les infrastructures ne seront pas mieux intégrées aux villes. Notre entreprise ne peut pas se contenter de bâtir des wagons et penser qu’ils se vendront parce qu’ils sont bien conçus.»


Moisson Montréal pourrait se contenter d’innover en philanthropie. Turo pourrait consacrer tous ses efforts à développer la meilleure offre d’autopartage. Et Bombardier pourrait se concentrer sur le design de ses wagons. Mais, comme le dit le futuriste Sanjay Khanna, «On a trop tendance à isoler les tendances les unes des autres. Il faut les inclure dans un univers plus vaste. Pour qu’on parvienne à s’adapter aux tendances et aux enjeux qu'elles soulèvent, il faut que les bonnes personnes travaillent au bon moment sur le bon problème.» C’est ça qui donne de vraies innovations.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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