Les employés ont moins de 5 minutes par jour pour se perfectionner, tirons-en le maximum

Publié le 01/06/2017 à 21:21

Les employés ont moins de 5 minutes par jour pour se perfectionner, tirons-en le maximum

Publié le 01/06/2017 à 21:21

En moyenne, un employé consacre moins de 5 minutes par jour à son perfectionnement. En effet, lorsqu’il s’est acquitté de toutes ses tâches, il lui reste 1% de sa semaine de travail à consacrer à sa formation. Pour une semaine de 40 heures, cela fait 24 minutes, soit moins de 5 minutes par jour.


41% des tâches accomplies ne font pas progresser les mandats


L’employé typique est débordé, distrait (distracted) et impatient. Il est interrompu en moyenne toutes les cinq minutes. Il consacre près de la moitié de son temps (41%) à des tâches qui ne lui apportent aucune satisfaction et qui ne contribuent pas à faire progresser ses mandats ni à atteindre ses objectifs. Bref, les deux tiers des employés affirment ne pas avoir le temps d'accomplir leurs tâches. Alors, vous imaginez bien que le perfectionnement et la formation deviennent les dernières de leurs priorités. Pourtant… ils veulent apprendre. Ils sont conscients de la vitesse accélérée du changement. Ils savent la désuétude qui les guette s’ils ne se mettent pas au goût du jour. Mais on ne le leur laisse ni l’énergie ni le temps de s’y consacrer.


Les informations précédentes sont tirées d’un document publié par Bersin, une unité de Deloitte qui offre des services de vigie aux entreprises. D’instinct, je me doutais qu’il nous reste peu de temps à consacrer à notre perfectionnement, à moins d’y sacrifier une partie de nos soirées et de nos fins de semaine. Mais j’ai pris connaissance de ce maigre 1% à C2Montréal, lors de la présentation «The future of work and learning», de Krista Jones, directrice du groupe sur le travail et l’apprentissage chez MaRS, à Toronto.


Paradoxe: on ne parle que de changement, mais l'horaire ne laisse aucune place à la formation


Le monde du travail est bourré de paradoxes. La population vieillit, les employés aussi. Le recyclage (retraining) des employés serait devenu une des préoccupations majeures des membres de la direction.


Ils doivent s’assurer que les employés en poste ont les compétences requises pour faire face aux nouveaux défis. Tous les dirigeants, du cadre intermédiaire au PDG, n'ont qu'un mot en bouche: changement. Ils répètent comme de vieux disques brisés que «le changement est devenu la norme», «que le rythme du changement s'accélère» , «qu'on n'a plus qu'une certitude, celle que rien ne dure»...


De plus, les secteurs traditionnels, l’industrie pétrolière par exemple, peinent à recruter de nouveaux employés, car les secteurs émergents, comme les énergies renouvelables, attirent davantage les nouveaux diplômés. Ainsi, lorsque les employés de ces secteurs vont à la retraite, leur savoir quitte avec eux. Il faudrait le mettre en banque. Mais pour cela il faut du temps. On en revient inévitablement au 1%.


Alors, comment apprend-on? Plus de 80% de nos apprentissages se font à travers nos interactions quotidiennes avec nos collègues et nos supérieurs. Mais, en même temps, on voit émerger un nouveau phénomène.


Les employés comptent de plus en plus sur des sources extérieures, et non traditionnelles, pour se perfectionner. Près des trois quarts des employés (70%) lancent leurs interrogations à des moteurs de recherche.


Et ils se fient à leur téléphone intelligent pour les sortir du pétrin lorsqu’ils sont à court de réponses. C’est une réaction normale lorsque le temps manque pour un savoir organisé. Bref, les entreprises ont besoin d’employés aux compétences actualisées. Mais elles ne créent pas de place dans leur horaire pour une formation structurée. Ceci ne laisse que deux choix: ne pas se perfectionner ou chercher des réponses parcellaires, en temps réel, pour combler les lacunes les plus pressantes.


Au Québec, la loi dit que les entreprises dont la masse salariale excède 2M$ doivent investir au moins 1% de leur masse salariale en activités de formation. La présentation de Krista Jones m’a fait découvrir un autre 1% auquel les entreprises adhèrent lorsqu'il est question de formation. Je préfère le 1% du gouvernement.


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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