Fabrique 1840: Peter Simons parle Internet, mercenaires et amour

Publié le 04/10/2018 à 15:01

Fabrique 1840: Peter Simons parle Internet, mercenaires et amour

Publié le 04/10/2018 à 15:01

Peter Simons, PDG de La Maison Simons, lance le site d'artisanat Fabrique 1840.[Photo: Gilles Delisle]

Aujourd'hui (4 octobre), La Maison Simons lance le site Fabrique 1840 (1840 est l'année d'ouverture du premier magasin de ce détaillant, dans la Côte de la Fabrique, à Québec) qui propose les créatons d'une cinquantaine d'artisans canadiens. Ces artisans ont été sélectionnés par Cécile Branco, la directrice artistique de Fabrique 1840. Cécile a cofondé l'accélérateur Quartier Artisan, à Lac-Mégantic. Pour effectuer son choix, elle a répertorié les métiers artisanaux dans lesquels le Canada possède une passé riche. Elle a ensuite sélection des artisans parmi des métiers. Fabrique 1840 propose, entre autres, des meubles, des objets de maroquinerie et des chapeaux.


Je me suis assise avec Peter Simons, le PDG de La Maison Simons, pour comprendre ce qui l'anime dans ce projet.


Pourquoi La Maison Simons lance-t-elle la plateforme Fabrique 1840?


Nous avons les compétences numériques, le site Simons attire chaque année 44 millions de visiteurs. Nous avons un bassin important de clients que nous pouvons mettre en relation avec les artisans. Et puis, nous avons les lieux physiques, nos magasins, pour créer des espaces éphémères permettant aux artisans de raconter leur histoire face-à-face aux consommateurs. Ainsi, le réel renforce le virtuel.


Comme détaillant , qu’est-ce qui vous indique que les consommateurs veulent des produits d’artisanat?


Le nouveau luxe ce n’est pas ce qui coûte cher. C’est ce qui est unique et dont on connaît l’histoire et le créateur. Les consommateurs recherchent la «transparence humaine». (n.d.l.r. Fabrique travaille avec une spécialiste du storytelling pour raconter l’histoire de chacun des artisans de son site.)


Les couteaux Deva, de l'artisan Dave Fortin, comptent parmi les produits proposés sur le site Fabrique 1840.


Vous, monsieur Simons, pourquoi lancez-vous cette plateforme?


J’admire les artistes, tout simplement. Ils nous font réfléchir. Ils nous donnent de l’espoir, à travers la beauté qu’ils nous offrent. Ils nous rappellent que l’humain peut produire le bien. La créativité fait la jonction des idées et des cultures. La conversation avance grâce à la culture. Les meilleurs moments de ma vie sont ceux où j’ai croisé un créateur et qu’il a eu la générosité de m’inviter dans son espace créatif. Qu’il m’a permis d’observer et de comprendre comment il créé. À 23 ans, par exemple, j’ai appelé d’une cabine téléphonique les trois Guido Molinari du bottin téléphonique. Monsieur Molinari, qui est aujourd’hui décédé, est une grande figure de l'art moderne contemporain. C'est un peintre associé au groupe des Plasticiens. Le deuxième que j’ai appelé était LE vrai. Je lui ai dit, «Bonjour, mon nom est Peter Simons, mon père est fan de vous. Je veux vous rencontrer pour qu’on fasse de l’art ensemble.» Il n’avait aucune idée de qui j’étais, mais il m’a invité à son studio sur Sherbrooke est.


Vous citez la puissance du design scandinave. La plateforme Fabrique 1840 aspire à contribuer, à travers son offre de produits, à la création d’un design canadien…


En effet, nous faisons le pari qu’en regroupant le meilleur, le plus représentatif, de l’artisanat canadien, sur la même plateforme nous développerons, dans l’imaginaire collectif, une idée de design canadien. Je voudrais qu’un jour, si vous êtes à Munich, par exemple, et que vous souhaitez un aperçu de la créativité artisanale canadienne, que vous choisissiez Fabrique 1840.


Quelle corde sensible comptez-vous faire vibrer chez les consommateurs?


J’espère que les consommateurs diront, «J’ai envie de soutenir les artisans. J’ai envie de soutenir Fabrique 1840. J’ai envie de soutenir Simons, parce que cet écosystème rejoint mes valeurs.»


Parlons des défis de ce projet


Le premier sera de maintenir la qualité, à mesure que nous élargirons l’offre. Nous devons nous assurer de toujours représenter l’authenticité et la créativité. Fabrique 1840 ne sera jamais le plus gros site d’artisanat au Canada. Je veux qu’il soit sincère et qu’il supporte des valeurs qui nous rejoignent. Au cours de ma carrière, j’ai eu de nombreuses opportunités de vendre plus et de grossir. J’aurais pu aller sur Amazon. Mais, même lorsque nous étions tout petit et que nous perdions beaucoup d’argent, nous choisissions. L’autre risque c’est notre directrice artistique, Cécile Branco, elle a tellement d’idées! J’adore ça, mais évitons de nous éparpiller.


Poursuivons sur le thème de la croissance. On ne peut pas «acheter» des clients pour ses magasins, mais on peut «acheter» du trafic pour le web. Vous ne le ferez pas pour Fabrique 1840, pourquoi?


Je sais que je peux payer 138$ pour faire venir un Américain sur le site de Fabrique 1840. Peut-être achètera-t-il, peut-être pas. Mais à quoi bon? Dans la vie, je ne cherche pas des clients mercenaires. Je cherche de l’amour. Un détaillant peut toujours mener un combat acharné pour qu’un client vienne chez lui un fois. Ça ne me tente pas. Je veux faire des affaires avec des gens venus pour des raisons plus profondes. Si un client se présente chez moi parce que je l’ai «acheté» 138$, il ira chez mon concurrent pour 139$. Et, très souvent, ce 139$ ira vers un holding situé dans je ne sais quel pays.



Vous vous êtes élevé à maintes reprises contre les géants du détail qui ne paient pas de taxes dans les pays où ils vendent. Fabrique 1840 est-elle une réponse à cet enjeu?


Oui, je veux créer de la valeur ici, au Québec et au Canada. Les artisans de Fabrique 1840 produisent de l’autre côté de la rue, dans des ateliers à Montréal, Laval, en Gaspésie. Fabrique est une alternative.


Fabrique 1840 n’est pas une plateforme, insitez-vous. Vous voulez que ce soit une communauté…


Je veux que les clients viennent parce que nos produits reflètent les valeurs qu’ils partagent. Et qu’ils restent avec nous parce que nous continuons de refléter ces valeurs. Et je veux qu’ils quittent si nous ne les reflétons. Une communauté c’est un espace que vous êtes libre de joindre, parce qu’il vous ressemble, et libre de quitter, s’il ne vous ressemble plus.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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