Entrepreneuriat: artisan c'est un métier, pas un hobby

Publié le 22/11/2018 à 11:30

Entrepreneuriat: artisan c'est un métier, pas un hobby

Publié le 22/11/2018 à 11:30

Les artisans de la cohorte automne 2018 de l'accélérateur Quartier Artisan. (Photo: courtoisie)

Aujourd’hui (22 novembre), c’est jour de foire à la Gare Windsor. La foire de Noël Etsy débarque en ville. Etsy c’est la plus importante plateforme de vente en ligne d’objets d’artisans. C’est aussi une communauté qui tient régulièrement des foires dans plusieurs villes du monde, dont Montréal. Et c’est une société cotée au Nasdaq.


Je suis une fan finie des foires d’artisans. J’aime la joyeuse cohue qui y règne. La foule hétéroclite qu’on y croise. Les dégustations. Converser avec les artisans. Et je ne suis certainement pas toute seule à affectionner l’artisanat, sinon Etsy ne sera pas cotée en bourse. Et Peter Simons n’aurait pas lancé, il y a quelques semaines, le site Fabrique 1840 qui propose uniquement des articles d’artisans canadiens.


Il existe un véritable engouement autour du «fait à la main».


Mais on va se dire les vraies affaires: toutes les foires d’artisans ne se valent pas. Le meilleur et le pire s’y côtoient. Normal, me direz-vous, on n’a pas tous les mêmes goûts. Et puis, ce côté «caverne d’Ali Baba» fait partie du charme de ces événements. Mais il ne doit pas nous faire oublier que l’artisanat n’est pas qu’un passe-temps, c’est aussi un métier. En France, par exemple, le ministère à vocation économique se nomme «Ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat ». Au Québec, il n’existe aucune reconnaissance gouvernementale semblable. Les artisans ont toutefois leur regroupement, le Conseil des métiers d’art du Québec, qui compte 1000 membres. Le site propose un répertoire artisans pour faciliter la recherche. Parce que nous sommes à cinq semaines de Noël, il m’apparaît opportun de se pencher sur le secteur des artisans au Québec, et sur cette industrie en général.



Depuis deux ans déjà, le Québec compte un accélérateur pour les artisans. Quartier Artisan est installé à Lac-Mégantic. Deux cohortes ont déjà gradué de son programme de sept mois. Ces 18 artisans ont eu droit à six séjours thématiques à Lac-Mégantic et à 15 heures de coaching. La troisième cohorte débutera le 21 mars 2019. La période pour postuler s’étend du 6 novembre au 18 décembre. Les critères de sélection? Être en affaires depuis au moins un an. Avoir des clients et afficher une progression constante de ses ventes. «Nous sommes un incubateur, pas un accélérateur, souligne Sarah Girouard, dg de Quartier Artisan, et créatrice de la marque Sarah dans la lune. Nous recrutons des artisans entrepreneurs, pas des hobbyistes, même ceux dont le loisir est lucratif.»


Sarah Girouard porte deux chapeaux: elle dirige Quartier Artisan, tout en poursuivant sa pratique de créatrice. Elle peut donc s’exprimer à la fois comme accompagnatrice du secteur et comme une de ses actrices.


Comme artisane, Sarah se bute chaque saison au dilemme du choix de ses foires d’exposition. «Il en existe beaucoup, et celles-ci se multiplient, dit la designer qui conçoit des articles à partir de cravates en soie recyclées. Chaque participation exige un investissement. Je dois me montrer stratégique. Il faut doser mes présences dans des événements établis et dans des foires émergentes.»


Il faut savoir qu’entre le souk@sat (cette exposition annuelle du temps des Fêtes qui se tient à la Société des arts technologiques, dont les places convoitées sont soumises à l’approbation d’un jury), les Salon des métiers d’arts (tenus dans plusieurs villes), les foires de quartiers, comme celle d’Ausgang Plaza, des designers de la Grover et de la Promenade Wellington (à Verdun), et les foires de sous-sol d’église, il y a une monde.


«Le secteur de l’artisanat progresse, c’est clair, souligne la dg de Quartier Artisan. Mais il le fait de façon underground et organique. Le temps est venu de reconnaître la contribution des artisans à l’économie et de la bonifier pour leur permettre de mieux en vivre.»


Des outils pour les artisans entrepreneurs


Depuis la mi-octobre, Quartier Artisan a ajouté une section «outils» sur son site. On y trouve des capsules vidéo sur des thèmes tels: bâtir son infolettre et élaborer sa stratégie de distribution. Des articles de blogue. Des documents, tel une matrice Excel qui permet de calculer ses coûts de revient et un document de réflexion pour déployer une stratégie de contenu sur le web. «Notre accélérateur accueille une douzaine d’artisans par année, dit la dg. Les outils de notre site web rejoignent tous les autres, ceux qui ne correspondent pas au profil de programme, qui ne peuvent pas y consacrer le temps requis ou qui n’en ont pas besoin, mais qui requièrent tout de même un accompagnement pour se professionnaliser et passer à une autre échelle.» Lancer l’accélérateur Quartier Artisan constituait la phase 1 de l’offensive professionnalisation du secteur. La refonte du site représente la phase 2. Elle se poursuivra jusqu’à l’été 2019. On prévoit aussi créer un groupe de discussion privé Facebook, incluant un questionnaire à l’entrée.


Dépasser l'image romantique de l'artisan fauché mais heureux...


Les hobbyistes artisans sont des gens sereins. Je le sais, je partage ma vie avec l’un d’eux. Mon conjoint n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il est couvert de sciure de bois! Mais cette image romantique ne doit pas nous faire confondre la réalité du hobbyiste et celle de l’entrepreneur artisan. Le second, bien que tout aussi passionné que le premier, doit s’acquitter et maîtriser une série de tâches qui n’ont rien à voir avec sa passion. L’ingénieur qui devient entrepreneur en arrive généralement à n’assumer qu’un rôle de gestion. Il délègue le côté technique à ses employés. L’artisan, lui, ne peut se consacrer uniquement à la gestion. Son art, il ne peut le déléguer. On ne peut donc traiter l’entrepreneuriat artisan comme l’entrepreneuriat traditionnel. Mais l’enjeu demeure le même: la pérennité de l’entreprise. C’est là le défi d’une organisation comme Quartier Artisan et des activités de commercialisation, telles les nombreuses foires: comment professionnaliser le secteur sans l’industrialiser?


Les consommateurs ont un rôle à jouer. Ils peuvent mettre de côté l’image de l’artiste fauché, mais heureux. Les artisans professionnels sont des entrepreneurs, pas des hobbysites. Pensez-y lorsque vous vous baladerez dans une foire d'artisans et que vous trouverez les articles «trop chers».

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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