Elon Musk en doit une à la Québécoise Optel

Publié le 31/10/2018 à 15:02

Elon Musk en doit une à la Québécoise Optel

Publié le 31/10/2018 à 15:02

Les batteries des voitures Tesla ont besoin de cobalt; 60% des réserves se trouvent au Congo, souvent exploitées dans des mines informelles.Optel déploie la géotraçabiltié pour sécuriser l'approvisionnement.(Crédit:123rf)

Voici comment la technologie d’une société de Québec (Optel) pourrait contribuer au développement du véhicule électrique tout en améliorant le sort des mineurs artisanaux de cobalt du Congo.


Le cobalt pourrait être au 21e siècle, ce que le pétrole a été au 20e siècle. Imaginons que les véhicules électriques deviennent la norme. La demande mondiale de cobalt - pour les batteries - pourrait augmenter de près de 2000%. Or, le mode actuel d’exploitation du cobalt n’est pas soutenable. Pourquoi? Les principaux manufacturiers de véhicules automobiles et d’électronique s’approvisionnent principalement auprès des grandes sociétés minières. Or, près de la moitié de l’extraction du cobalt est réalisée par des mineurs artisanaux dans des mines informelles qui ne sont exploitées par aucune des grandes minières.


Prenons le cas du Congo, qui abrite 60% des réserves mondiales de cobalt : 40% de ce minerai est extrait par des mineurs artisanaux qui travaillent dans des conditions dangereuses et qui sont mal payés. Et le gouvernement ne tire aucun revenu de ces activités informelles.


Les manufacturiers de voitures électriques voudraient bien éliminer le cobalt de leur batterie, car l'approvisionnement  est un véritable cauchemar. Mais remplacer le cobalt n'est pas si simple. Ce minerai accroit la durée de vue de la batterie. De plus, on le remplace souvent par le nickel, ce qui augmente les risques de combustion. Bref, même si les manufacturiers souhaitent se débarrasser totalement du cobalt, ils n'y arrivent pas à court terme. D'où la nécessité de trouver une façon sécuritaire de s'approvisionner.



Le cobalt n’est qu’un exemple parmi d’autres. «Tous les manufacturiers qui achètent des minéraux de valeur sont assis sur une bombe à retardement, prévient Ken Fallu, directeur du développement des affaires pour le secteur minier chez Optel, une société de Québec qui propose des solutions technologiques de traçabilité pour les chaînes d’approvisionnement. Les gisements des grandes sociétés minières ne suffiront pas à la demande. Il faut ramener l’extraction marginale dans la chaîne d’approvisionnement formelle et sortir les mineurs marginalisés de leur situation.»


Je me suis entretenue avec Ken Fallu alors qu’il rentrait tout juste d'une mission en Afrique. Depuis mars 2018, Ken vit dans ses valises. À cette date, Optel a fait l’acquisition de GeoTraceability, une société composée d’une entité au Québec et d’une autre au Royaume-Uni. Du coup, Optel, fondée en 1989, devient la seule société au monde à offrir une solution de traçabilité globale. Sa technologie permet de mesurer, contrôler, inspecter et suivre la trace d’un produit, de l’extraction des matières premières jusqu’à la vente à l’utilisateur final, en passant par la production et la distribution.



Voyons comment ça se passe sur le terrain lorsqu’Optel implante sa solution de traçabilité dans une exploitation minière informelle.


Le mineur extrait son minerai et le porte à un agent de terrain qui le pèse et le place dans un sac préencodé. Cet agent est généralement équipé d’un téléphone mobile où il entre l’information attachée à chaque mineur. Aux informations de base - nom du mineur, poids du minerai, nom de l’agent de terrain – peut s’ajouter une foule de données socio-économiques : âge, genre, revenu moyen, nombre d’enfants, etc. «C’est notre client qui décide les informations qu’il désire recueillir sur les mineurs, explique Ken Fallu. On peut, par exemple, savoir l’âge moyen ou le revenu moyen des mineurs d’un secteur.» Les clients de la technologie Optel sont aussi bien des ONG et des gouvernements, soucieux de droits humains et de la collecte des taxes que des sociétés privées qui souhaitent régulariser leurs opérations pour avoir accès aux marchés d’exportations.


En Afrique, Ken Fallu a rencontré des représentants des gouvernements de Côte d’Ivoire, d’Éthiopie, du Kenya et d’Afrique du Sud. «Il faut répéter le modèle pharmaceutique, explique-t-il. Nous arrivons à implanter des solutions de traçabilité dans cette industrie parce que les gouvernements ont légiféré. Des lois forcent les manufacturiers à dévoiler l’origine de leurs ingrédients et médicaments jusqu’à la vente en pharmacie.»


Joindre les manufacturiers à la chaîne de traçabilité


À l’heure où j’écris ces lignes, Ken Fallu se trouve à Santa Clara, en Californie. Il tente d’ajouter un autre maillon à la chaîne de traçabilité des minéraux: les grands manufacturiers d’électronique. L’événement auquel assiste Ken se nomme Responsible Business 2018. Il est organisé par le Responsible Business Alliance, soit l’association des fabricants de matériels électronique.


En février 2019, Ken sera à Cape Town, en Afrique du Sud, pour assister à la 25e conférence Investing in African Mining Indaba. On y attend des investisseurs, des grandes sociétés minières, des minières junior et des représentants gouvernementaux.


Et en mars 2019, il se rendra à Toronto assister au PDAC, un énorme rassemblement du secteur minier accueillant 25 000 participants de 135 pays.


Chaque fois que Ken Fallu fait sa valise c’est avec le même objectif: bâtir un monde meilleur grâce à des chaînes d’approvisionnement intelligentes. Car, avec la traçabilité vient l’imputabilité.


Comment les fruits et les légumes ghanéens ont perdu puis retrouvé la confiance des Européens


Optel déploie des projets liés au café, à l’huile de palme, au cacao, au caoutchouc (plus précisément les pneus) et aux fruits. Je terminerai en citant le cas du Ghana.


En 2015, L’Europe a mis un embargo sur les fruits et les légumes en provenance du Ghana. On avait trouvé un nombre croissant d’organismes nuisibles dans les produits. Pour préserver le gagne-pain de ses agriculteurs, le Ghana devait rapidement améliorer la sécurité de ses fruits et de ses légumes afin de regagner la confiance des consommateurs européens. On a déployé des solutions de géotraçabilité. En janvier 2018, l’Europe a rouvert ses frontières aux produits ghanéens.


En anglais, on emploie l’expression «Tech for good». En français, on pourrait dire «La technologie au service du bien».

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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