Dominic Champagne, Paul Allard et l'impact

Publié le 30/11/2018 à 12:02

Dominic Champagne, Paul Allard et l'impact

Publié le 30/11/2018 à 12:02

Dominic Champagne, auteur et initiateur du mouvement le Pacte pour la transition énergétique s'est associé à la plateforme Impak Finance (crédit: Le Pacte)

«Je suis un entrepreneur. J’ai initié et géré des projets de plusieurs millions de dollars. J’ai recruté des dizaines d’employés. Quand j’ai lancé le Pacte, on y a vu un geste citoyen. Or, je l’ai fait autant à titre de citoyen que d’entrepreneur. Les gens d’affaires ont un rôle à jouer dans ce mouvement.» -Dominic Champagne, auteur et initiateur du mouvement Le Pacte pour la transition énergétique


Hier soir (29 novembre), Dominic Champagne a pris la parole devant un parterre de 200 personnes, principalement des entrepreneurs. Cela s’est passé au siège social d’Impak Finance, une plateforme québécoise qui vise à proposer des entreprises à impact social et environnemental positif à un public de consommateurs et, éventuellement, d’investisseurs.


Le but de la soirée était d’informer la communauté gravitant autour de l’économie à impact positif de l’état d’avancement de la plateforme Impak Finance. «Nous voulons nous assurer que nous sommes tous alignés sur la même vision», a dit d’entrée de jeu Tima Gros, cofondatrice et responsable de richesses humaines.


Quelle est la vision d'Impak Finance?


«Ramener l’argent dans l’économie réelle, explique Paul Allard, cofondateur et PDG. En Europe, 87% de l’argent créé est versé dans l’économie financière et non dans l’économie réelle.» L’argent a trois usages: consommer, épargner, investir. Impak Finance a l’ambition d’intervenir à ces trois moments de nos vies. D’abord, en colligeant des entreprises à impact vers qui les consommateurs et les entreprises pourront effectuer leurs achats. Ensuite, en proposant des occasions d’investissement à travers des fonds d’impact. Enfin, plus tard, en proposant une forme de service bancaire.


(Voici mon tout premier texte sur Impak Finance, en juin 2016, alors que les fondateurs aspiraient à créer une banque.)


(Voici mon texte présentant la cryptomonnaie Impact Coin, annoncé en 2017, lors de C2 Montréal)


Qu’est-ce qu’une entreprise à impact?


C’est Céline Juppeau, fondatrice de Kotmo, qui avait le mandat de l’illustrer hier soir. Kotmo s’attaque à un des marchés les plus polluants: les objets promotionnels. «Nous voulons redonner du sens à ces objets à travers la chaine d’approvisionnement, explique l’entrepreneure. Nous ramenons, entre autres, la fabrication ici. Et nous nous attaquons à la matière première de ces objets, nous visons des matières recyclées et recyclables.» Elle poursuit «Kotmo vise la clientèle des entreprises parce que leurs décisions et leurs actions ont un poids énorme. Si j’arrête de manger de la viande, ça n’aura jamais le même impact que si une entreprise décide de l’éliminer de ses lunchs d’affaires.»


Dominic Champagne, Karel Mayrand ( dg de la Fondation Suzuki pour le Québec et l’Atlantique), Céline Juppeau et Paul Allard ont prêché leur message à un public de convertis. L’énergie de la salle (comble) était communicative. Aujourd’hui, le party est terminé. On a ouvert les lumières et ce qui apparaît est un défi énorme: naviguer dans les eaux troubles du socioblanchiment et de l’écoblanchiment. Il faudra identifier les entreprises à impact et les suivre pour s’assurer qu’elles gardent le cap et affichent des résultats concrets. Ce n’est pas gagné. On est loin des colonnes de revenus et de dépenses.


Après la fête, l’équipe d’Impak Finance est de retour derrière ses ordinateurs à peaufiner son modèle. «Nous nous appuyons sur une méthodologie existante que nous avons codée, celle du Impact Management Project. Ce groupe international rassemble 2000 entreprises, investisseurs et experts qui s’intéressent au discours, à la mesure et à la gestion de l’impact. On y retrouve de BlackRock, des Axa, des Ford Foundation, des B Corp, etc. Ils se donnent une méthodologie commune et une nomenclature pour identifier ce qu’est une entreprise à impact.»


Comment Impak Finance choisira-t-elle les entreprises à impact de sa plateforme?


«Nous qualifions l’organisation, pas ses produits. Nous sélectionnons des entreprises à mission. Leur mission première n’est pas de faire de l’argent, c’est de régler un problème environnemental et/ou sociétal. La moitié de ses activités doivent être dédiées à cette mission. Boralex (énergie renouvelable) et Renaissance (réinsertion) sont des entreprises à mission.»


Je suis allée consulter la méthodologie du Impact Management Project. Elle repose sur cinq dimensions :


1- Quoi : quel résultat les activités de l’entreprise génèrent-elles? Quelle est l’importance de ce résultat pour les gens, ou l’écosystème naturel, qui les reçoit?


2- Qui : quel groupe bénéfice de ces résultats? Comment les parties prenantes sous-servies sont-elles affectées par ces résultats? (Pour éviter les effets secondaires négatifs)


3- Combien: comment les résultats se manifestent-ils en termes d’échelle, de profondeur et de durée?


4- Résultats: quelle portion des résultats est réellement attribuable à l’entreprise? Quelle portion se serait matérialisée de toute façon?


5- Risque : quels sont les risques, pour les gens et pour la planète, que cet impact ne se concrétise pas comme prévu?


C’est donc à ces questions que les entreprises de la plateforme Impak Finance devraient être en mesure de répondre. Ce ne sont pas des questions simples. Je pense particulièrement à la troisième et à la quatrième.


Paul Allard est impatient de passer à l’échelle avec sa plateforme. Pour l'instant, elle compte 550 entreprises. Il en vise 1000 rapidement. Je comprends que le succès d’Impak Finance repose sur une masse critique. Mais il faudrait être prudent. D’une part, parce qu’il y a encore beaucoup de sceptiques qui n’attendent qu’un faux pas ou une déconfiture publique pour affirmer que tout cela n’est qu’utopie. Et alors, il n’y aura pas nécessairement de deuxième chance. De l’autre, parce que l’impact est à la mode. Il est encore peu compris, difficile à mesurer et à démontrer et, par conséquent, facile à s’approprier. Par ignorance ou par opportunisme, on peut s’attendre à ce que plusieurs organisations s’en réclament. C’est déjà le cas.


La méthodologie sur laquelle s’appuie Impak Finance semble solide. Ceux qui l’administrent devront l’être encore plus.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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