Coopérathon: les 5 trucs de storytelling de Pixar et les 7 startup d'impact 2018

Publié le 27/09/2018 à 16:16

Coopérathon: les 5 trucs de storytelling de Pixar et les 7 startup d'impact 2018

Publié le 27/09/2018 à 16:16

Pixar a enfilé plus de succès que n'importe quel autre producteur de films.Les angoisses d'abandon du cow-boy Woody, du film "Une histoire de jouets" n'ont laissé aucun spectateur insensible.

Printemps 2017. Seconde journée au Skoll World Forum on Social Entrepreneurship, à Oxford, en Angleterre. J’ai conversé avec des dizaines d’entrepreneurs. L’un après l’autre, ils m’ont saoulée de chiffres et de dates, pour démontrer leur sérieux et leur ambition. Les chiffres je les oublie dès qu’ils les prononcent.


En après-midi, Sundance Institute, la machine à succès qui produit des films et des documentaires plus marquants les uns que les autres, donne un atelier sur le storytelling. Je suis assise à côté de plusieurs de ces entrepreneurs qui essaient de retenir de mon attention depuis la veille.


Sundance nous présente les principes de base d’une bonne histoire. Puis, nous avons cinq minutes pour élaborer une présentation de trois minutes racontant un moment marquant de notre vie.


Je suis soufflée! L’un après l’autre, chaque entrepreneur raconte un épisode très personnel qui a mené au développement de leur modèle d’affaires. Impossible de ne pas avoir les larmes aux yeux. Je n’oublierai aucune de ces histoires, c’est certain. Mais pourquoi diable ces entrepreneurs ne m’ont pas raconté ça la veille, quand ils essayaient de capter mon attention? Pourquoi ont-ils aligné des faits au lieu de me raconter leur histoire?


25 septembre 2018, lancement de la 4e édition du Coopérathon, qui se décrit comme la plus grande compétition d’innovation ouverte au monde. Elle s’étend sur 25 jours et couvre quatre secteurs : la finance, la santé, l’éducation et l’énergie/environnement ainsi que les volets startup d’impact et données ouvertes pour l’impact.


Deux conférenciers vedettes ont la tâche de chauffer les participants : Yoshua Benjio, la superstar canadienne de l’intelligence artificielle et Matthew Luhn, la superstar américaine du storytelling, qui a passé 20 ans chez Pixar en contribuant à des succès comme Cars, Une histoire de jouets, Là-haut, Monstres et cie, Le monde de Nemo et Ratatouille.


Pixar a produit plus de succès consécutifs que n’importe quel autre studio de cinéma. Pourquoi? Parce que ses scénaristes sont de formidables conteurs.


Aujourd’hui, Matthew Luhn travaille avec les entreprises du Fortune 500 pour les aider à raconter non pas DES histoires, mais bien LEUR histoire. C’est très différent.


Une bonne histoire est mémorable, touchante (impactful) et personnelle. Chaque détail compte.


«Combien d’entre vous emploient pour leur présentations la même fonte que le gouvernement emploie pour les déclarations d’impôt?», blague Matthew Luhn.


5 ingrédients pour qu’on ait envie d’écouter l’histoire de votre entreprise


1-Un crochet (hook)


Ce sont les 8 secondes du début. Ce crochet doit être inattendu, étonnant. Il place votre interlocuteur devant une situation de tension ou de conflit.Vous pourriez débuter par «Et si… » (What if) Par exemple, « Et si nous pouvions mettre 1000 chansons dans notre poche…» (iPod)


2-Une transformation


«Nous sommes tous attirés par le changement, il nous fascine, car nous en avons peur», explique Matthew Luhn. On aime voir des personnages qui évoluent, qui ont surmonté l’adversité. Qui ont trouvé des solutions. Mais pour trouver des solutions, ils doivent rencontrer des écueils.


«Les dirigeants ne veulent partager que leurs succès, poursuit le scénariste. C’est tellement ennuyant! Ce qui rend une histoire attirante, ce sont les montagnes russes d’émotions qu’elle nous fait vivre. Ce sont les hauts et les bas que vous partagez avec vos interlocuteurs qui vous rendent attachant.» Il poursuit, «Mon héros préféré, c’est Indiana Jones. Or, il échoue bien plus souvent qu’il réussit. Et lorsqu’il réussit, on est si content!»


3-Une cible claire


Il existe des thèmes universels. La peur : de l’abandon, de l’échec, du rejet. Le désir: d’amour, de sécurité, de bonheur. En regardant l’histoire de votre entreprise, quel thème universel se dégage-t-il? Et comme celui-ci rejoint-il votre public?


4- L’authenticité


«N’essayez pas d’avoir l’air futé, de briller, prévient Matthew Luhn. Soyez vulnérable, soyez authentique. Vos clients, vos fournisseurs, vos employés ne sont pas dupes, ils savent que les gens qui prétendent que tout va toujours bien ne sont pas sains.» Il poursuit, «De grâce, soyez subtil. Ne martelez pas la mission de votre entreprise dans chacun de vos messages. Ça sonne faux. Les gens veulent être divertis. Chaque fois que vous avez une information à communiquer, enveloppez-la dans une histoire. »


5- De la discipline!


Toutes les journées débutent par le lever du soleil et se terminent par son coucher. On nait, on grandit, on meurt. Ainsi va le monde, rappelle le scénariste. «Une bonne histoire a un début, un milieu et une fin. N’essayez pas de déconstruire le modèle ou d’en inventer un autre. C’est ce qui fonctionne parce que c’est naturel.» Vous créez de la tension et de l’incertitude, pour soutenir l’intérêt, puis vous désamorcer avec le dénouement.


À ne jamais oublier


«Vous avez le choix : vous racontez l’histoire de votre entreprise de façon authentique, avec vos hauts et vos bas, ou quelqu’un la racontera à votre place et fera de vous le vilain.»


Pour terminer, voici le nom des sept entreprises qui se sont classées pour le volet startup d’impact du Coopérathon. Le jury en a rencontré 12. Il devait en retenir 5. Il a craqué pour 7. Maintenant, elles doivent démontrer que les juges ont eu raison de se laisser toucher par leur histoire.


Les 7 membres de la cohorte 2018 startup d'impact du Coopérathon


Gallea


Cette PME veut rendre l’art plus accessible. Elle adapte la diffusion et la consommation de l’art à l’ère de la technologie. Gallea est à la fois une galerie d’art en ligne et un réseau d’affichage urbain. Les œuvres sont affichées dans des bars et des restaurants grâce à des cadres intelligents. On propose une carte géolocalisée des œuvres pour que les consommateurs d’art puissent se créer un parcours dans une ville.



Health-bridge


Cette PME veut éliminer la barrière linguistique entre un patient et le personnel soignant. À l’accueil, on donne une tablette au patient. Il indique sa langue, puis répond à une série de questions de base. Pour les analphabètes, on a prévu des icônes.


Intelligence industrielle


Au Québec, 30 % des GES sont émis par le secteur manufacturier. Intelligence industrielle compte accompagner les 20000 PME qui s’apprêtent à prendre le virage numérique afin que l’usine 4.0 québécoise soit plus durable et plus responsable.



NeuroServo


Cette PME a créé une solution de rééducation attentionnelle grâce à une technologie miniaturisée de neurofeedback. Cette technologie est installée dans une casquette. En portant la casquette, vous musclez votre capacité d’attention. NeuroServo collabore présentement avec l’Institut de cardiologie pour étudier le délirium, un état qui peut apparaitre suite à une opération.


PerfIQt


Cette PME utilise la gamification pour aider les jeunes adultes à se projeter dans l’avenir au moment de prendre des décisions financières. L’application permet, par exemple de voir l’impact de l’achat d’une voiture, d’un voyage annuel, d’un café par jour, etc. sur le revenu à la retraite. Elle permet aussi de voir si on épargne trop peu, ou trop, selon nos objectifs et nos horizons de retraite.


Quinditech


Cette PME a développé une application permettant de diagnostiquer les maladies de la peau. Vous la téléchargez. Vous prenez une photo de la région affectée. Et vous recevez un prédiagnostic en quelques secondes. À terme, les fondateurs de Quinditech souhaitent intégrer leur application au système public de santé, pour qu’elle contribue au premier tri des patients.



Sera santé communautaire


Sera a débuté par une, puis deux, cliniques d’ostéopathie où le patient choisit le montant qu’il défraie. Toute somme excédant le coût moyen d’un traitement d’ostéopathie finance des traitements gratuits pour des citoyens référés par les OBNL locaux. Pour la deuxième phase, Sera développe une plateforme qui rassemblera tous les professionnels de la santé – ostéopathes et autres - disposés à contribuer à ce système d’économie du don. Les patients attirés par ce concept pourront ainsi les trouver facilement.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

Blogues similaires

Les salutations de Jacques Ménard... ainsi que les miennes

Édition du 30 Juin 2018 | René Vézina

CHRONIQUE. C'est vraiment la fin d'une époque chez BMO Groupe financier, Québec... et le début d'une nouvelle. ...

Serait-il temps de jouer Lowe's ?

Édition du 08 Décembre 2018 | François Pouliot

La fermeture de neuf magasins Rona au Québec a fait couler beaucoup d'encre dernièrement. Signal de faible intérêt ...

Un truc ultra simple pour (enfin) devenir généreux au travail!

BLOGUE. Ouvrir son coeur à autrui est une signe de courage, pour ne pas dire de leadership humble et grandiose.