C2Montréal: Chris Burch, le blues de l'investisseur

Publié le 19/05/2017 à 07:00

C2Montréal: Chris Burch, le blues de l'investisseur

Publié le 19/05/2017 à 07:00

Chris Burch, entrepreneur, investisseur et conférencier à C2 MTL

«Je rejette 99,9% des propositions qu’on me présente. J’ai l’impression de toujours écouter le même pitch. Le monde est rempli d’entrepreneurs qui copient les idées existantes («Me too projects»). Et toujours dans les mêmes secteurs. Où se trouvent les entrepreneurs qui réinventent le monde de la location de grues, de l’éclairage municipal LEED ou des crématoriums? On dirait que tout le monde veut lancer une gamme de vêtements!» Chris Burch, entrepreneur, investisseur, milliardaire et conférencier à C2Montréal


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Chris Burch a d’abord fait fortune… dans le secteur du vêtement. Il a cocréé, avec son ex-épouse, la marque américaine Tory Burch, une affaire de 3,5G$US. Aujourd’hui, il est investisseur à temps plein chez Burch Creative Capital. Au fil des ans, il a contribué à la croissance d’une cinquantaine de sociétés. Il fut le premier investisseur de Jawbone (spécialiste de l’interne des objets à qui l’on doit, entre autres, les écouteurs Bluetooth). C’est le partenaire de la célébrissime Ellen de Generes pour sa marque style de vie, ED. «On investit dans une personne, une idée ou un potentiel de revenus. Mon association avec Ellen combine les trois.» Il est aussi associé au complexe hôtelier Nihiwatu, en Indonésie. Sur une île de 650 000 habitants, Chris Burch et son partenaire ont transformé un petit hôtel de surfers en ce qui est aujourd’hui reconnu comme le meilleur hôtel au monde.


L’an dernier, Chris Burch a investi dans les frères Geoffrey et Matthew Chaiken, fondateurs de Blink Health. Cette application met le secteur pharmaceutique sens dessus dessous. Elle permet d’acheter des médicaments génériques à près de 90% du prix habituel. Comment? Blink Health parcourt le web pour vérifier la palette de prix réclamés pour un même médicament. Puis, elle négocie un rabais, basé sur le volume, avec les pharmacies. Plus de 57 000 d’entre elles sont partenaires de Blink Health. Les frères Chaiken affirment que 90% des médicaments offerts à travers leur application coûtent moins de 10$US.


Bref, Chris Burch a du flair pour la bonne affaire.


J’ai voulu savoir comment il choisit ses investissements. Voici ce à quoi doivent s’attendre ceux qui viennent lui présenter une idée.


Premier test: parlez-moi de votre enfance…


Chris Burch investit dans deux types d’entrepreneurs: ceux à qui tout a réussi et… ceux à qui rien n’a réussi. «Ce que nous étions à 15 ou 16 ans est très révélateur de que l’on va devenir. Je veux savoir quel genre d’enfant ces entrepreneurs étaient. Pratiquaient-ils un sport? Avaient-ils des amis? Quel emploi d’été ont-ils occupé? Comment étaient leurs parents? J’investis dans des gens qui ont une puissante motivation pour réussir. Soit parce qu’ils ont toujours réussi ou parce qu’ils étaient sous-estimés et qu’ils veulent se prouver au monde.»


Deuxième test: parlez-moi de votre projet


«Nous pouvons ensuite parler du projet. Si le pitch se transforme en conversation. Si j’interviens au lieu de simplement écouter, c’est que nous sommes sur la bonne voie.»


Troisième étape: montrez-moi vos chiffres


«Alors, nous pouvons regarder les chiffres. Et c’est là que de nombreux promoteurs s'auto-sabotent. Ils comparent leur projet en démarrage à des entreprises établies et avancent une évaluation qui n’a aucun sens. Ils évoquent le prix auquel ils estiment pouvoir vendre leur entreprise alors qu’elle n’existe pas encore!»


Ce qu’il ne faut pas dire à Chris Burch


«Je déteste les entrepreneurs qui me balancent un tas de noms de célébrités avec qui ils prétendent avoir un lien. Ils pensent m’impressionner. Ils ont plutôt l’air de poseurs.»


«Et je déteste les gens sans imagination qui prétendent avoir l’idée du siècle.»



Et les arrogants?


«Je ne suis pas arrogant. J’ai connu de nombreux problèmes à l’école. Mon parcours n’a pas été facile. Je préfère travailler avec de bons humains. C’est pourquoi j’ai longtemps passé outre les entrepreneurs arrogants. Cela m’a fait rater des occasions d’affaires. Aujourd’hui, je suis prêt à investir dans un entrepreneur arrogant s’il est intelligent. Nous ne deviendrons jamais amis. Et je ne me mêlerai pas de ses affaires. Ce sera un investissement purement financier.»


Quand un investissement tourne mal


« Il y a trois types d’investissements. Ceux qui vont en croissant sans aucun problème. Ceux qui commencent par croître puis rencontrent des difficultés. Et ceux qui piquent rapidement du nez et font faillite. La moitié des investissements entrent dans la seconde catégorie. On préférerait ne pas avoir à les recapitaliser, mais c’est la vie. Si on veut qu’elles atteignent un seuil de rentabilité, il faut réinvestir. » Il poursuit. La plupart des investisseurs attendent la ronde trois pour intervenir, lorsque tout est beau. Moi, c’est à la ronde trois que je vends. Mon travail est accompli.»


Le blues de l’investisseur


«Il y a de moins en moins de projets qui m’excitent. De projets qui explorent de nouveaux territoires, qui se situent en avant de la vague. En ce moment, je suis en quête de projets qui reconstruisent notre façon de vivre. Qui nous ffrent de l’espace pour nous ressourcer. Pour reconnecter. Des projets qui rapprochent les aînés et les enfants, par exemple. Des projets qui revoient les chaînes d’approvisionnement et de distribution pour rendre les biens plus abordables. Au lieu de simplement créer de nouveaux objets, nous devrions aussi revoir la façon dont on accède à ce qui existe. J’aimerais bien qu’on me propose des projets qui se penchent sur la façon dont on exécute les choses.»


 


 


 


 


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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