Bulle verte à la tête de la Banque centrale de Norvège?

Publié le 08/12/2017 à 10:38

Bulle verte à la tête de la Banque centrale de Norvège?

Publié le 08/12/2017 à 10:38

À mesure que d'autres fonds suivent les traces du Fonds souverain de Norvège cette image pourrait devenir vintage...

Ce billet de décembre reflète l’actualité financière durable des dernières semaines. Plusieurs annonces importantes ont été faites alors que les états du monde se réunissaient dans la capitale allemande pour la Conférence annuelle de l'ONU sur les changements climatiques (COP23).


Le Fonds souverain de Norvège vire vert


La Banque centrale de Norvège a annoncé son intention de sortir de la dépendance du pétrole. Plusieurs ont été surpris voire inquiets. Ce fonds est alimenté depuis des décennies par les revenus que la Norvège tire de l’exploitation du pétrole et du gaz au large de ses côtes.


Bulle verte montée à la tête de la Banque de Norvège? Non. Le vice-gouverneur de la Banque centrale recommande que le plus gros fonds souverain du monde (des actifs de près de 1000 milliards de dollars américains) sorte du gaz et du pétrole pour protéger les générations futures (lire ici : leurs rendements).


Cette recommandation s’appuie exclusivement sur des arguments financiers et des analyses ayant trait à l’exposition totale de la Norvège et ne reflète aucunement une opinion quelconque sur l’évolution du prix du pétrole, la rentabilité future ou le caractère durable du secteur pétrolier.


Bien que ne composant que 5,5% du portefeuille du Fonds souverain, la Banque centrale norvégienne considère l’exposition au risque de fluctuation encore trop élevé.


D’ailleurs, le petit frère du Fonds souverain, Storebrand, le plus gros fonds de pension privé norvégien, n’a pas attendu pour déployer sa nouvelle politique de lutte aux changements climatiques dans ses investissements. Il a annoncé des désinvestissements dans les producteurs européens d’électricité au charbon.


Il ne s’agit pas d’un geste isolé. Le Rockefeller Brothers Fund a décidé de désinvestir complètement du pétrole et du gaz. Au Québec, l’Université Laval est la seule université à s’être engagée dans cette voie.


D’autres, comme CALPERS (la California Public Employees' Retirement System) et la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ) se sont engagés à diminuer leurs parts dans des projets pétroliers ou gaziers


À ce jour, 777 organisations se sont engagées à désinvestir des énergies fossiles, pour un retrait total d’actifs évalué à 5,6 billions de dollars. 


Obligations vertes : ce n’est qu’un début


L’année 2018 sera l’année des obligations vertes. Moody’s Investor Service prévoit qu’il y en aura pour plus de 120 milliards en circulation d’ici la fin de l’année 2017 seulement..


Le 9 novembre, à l’occasion de la COP23, Fondaction, le fonds québécois pour la coopération et l’emploi, annonçait qu’il portait à 67 millions de dollars son portefeuille en obligations vertes.


Les obligations vertes sont des titres de créance émis par des autorités gouvernementales, des sociétés commerciales ou des institutions de financement du développement afin de financer des projets liés spécifiquement à l'environnement.


Leur attractivité est liée aux billions que nécessiteront les investissements pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre auxquelles s’astreignent les différents pays signataires de l’Accord de Paris sur le climat.


Les états émettent leurs propres obligations vertes souveraines. La Pologne a lancé le mouvement, suivi, entre autres, de la France, Fiji et le Nigeria. Pendant ce temps, au Canada… l’Ontario a été la première à en émettre. Le Québec l’a suivi de peu. Le gouvernement fédéral, quant à lui, n’a pas encore prévu en émettre. La solution, selon l’institut canadien Smart Prosperity, pourrait résider dans la Banque de l’infrastructure du Canada, théoriquement opérationnelle fin 2017.


Des émetteurs privés ont pris également l’initiative. La TD en offre déjà depuis quelques années. L’entreprise canadienne CoPower propose, en ligne, des obligations sur 3 ans et 5 ans qui s’appuient sur des projets d’énergie propre.


La diversité et l’inclusion peuvent-elles être rentables?


On voit se multiplier les initiatives américaines, canadiennes et européennes sur la reconnaissance de la diversité et de l’inclusion dans différents produits d’investissement.


Mais est-ce vraiment pertinent du point de vue l’investisseur ou s’agit-il d’une promotion tirant profit de la tendance et des scandales d’agressions sexuelles de l’automne ?


Il y a à peine un an, MSCI publiait une étude qui démontrait que les entreprises qui avaient au moins 3 femmes au conseil d’administration ou qui affichaient une proportion de femmes à leur emploi plus élevée que la moyenne nationale offrait un rendement des capitaux propres (ROE) de 36,4% plus élevé que les autres entreprises n’affichant pas ces caractéristiques.


State Street Global Advisors (le bras de gestion de portefeuilles de State Street Corporation, 2,47 billions sous gestion au 31 décembre 2017) teste l’hypothèse depuis bientôt deux ans avec son fonds négocié en bourse SPDR SSGA Gender Diversity Index (SHE pour faire plus court).


Est-ce payant ? Sur un an et demi, non. ETF.com, un site américain dédié aux fonds négociés en bourse, en a fait une analyse comparative avec le plus gros fonds négociés à la bourse de SPDR, basé sur le S&P 500 : le SPDR S&P 500 ETF Trust (SPY), fort d’un actif de 251 milliards (le SPY).


Source : Le blogue de  Lara Crigger sur ETF.com


Que s’est-il passé dans la dernière et demie dans les FNB américains ? Leur croissance a été dopée par les technos, un secteur sous-performant en matière de diversité de genres et, donc, sous-représenté dans l’index SHE. Nous continuerons de suivre la performance de ce FNB mettant l’accent sur les industries non-cycliques, comme l’alimentation ou le pharmaceutique.


Or, si l’horizon temporel s’allonge, force est d’admettre que le portrait s’améliore. Thomson Reuters propose son index de la diversité en s’appuyant sur l’hypothèse selon laquelle les entreprises qui suivent, dévoilent et réalisent leurs objectifs en matière de diversité, d’inclusion et de développement des personnes offriront, à terme, des performances plus intéressantes que celles qui ne s’intéressent ni ne mesurent ces indicateurs.


L’hypothèse est-elle vérifiée? Jugez-en par vous-même.


Tableau tiré de la brochure web de Thomson Reuters.


(Tableau tiré de la brochure web de Thomson Reuters)


Vous y trouverez également les différents détails de composition de l’index. Et serez rassuré d’y trouver des entreprises comme MICROSOFT (9,46% de l’indice), JOHNSON & JOHNSON (5,93%), SAMSUNG ELECTRONICS (4,57%), NESTLE (4,40%) ou PROCTER & GAMBLE (3,94%).


L’index Thomson Reuters accorde une place plus importante à d’autres critères que le fonds SHE, focalisé uniquement sur la présence des femmes dans des postes de direction ou au conseil d’administration.



Martin Luther King aurait investi dans ce FNB


La National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, une des plus vieilles organisations de défense des droits civiques américaines, 500 000 membres) s’est associée avec le YWCA du Chicago métropolitain pour créer deux fonds d’impact négocié en bourse.


Le premier fonds, le Minority Empowerment ETF (NYSE Arca: NACP) investira dans des entreprises qui s’activent dans l’autonomisation des minorités par des pratiques positives d’embauche, de rémunération et de promotion ou par leurs produits et services.


Le second fonds, le YWCA Women’s Empowerment ETF Women’s Empowerment ETF (NYSE Arca: WOMN), investira quant à lui dans des entreprises adoptant des pratiques positives à l’égard des femmes, comme le respect de leur santé ou favorisant leur promotion en emploi.


Le projet est accompagné par Impact Shares, un émetteur de fonds négociés en bourse (FNB) et un gestionnaire de placements sans but lucratif basé à Dallas. Les surplus générés sur la vente de services conseils d’Impact Shares seront remis à la NAACP et au YWCA du Chicago métropolitain.


Joyeuses à toutes et tous, nous vous souhaitons un bonheur durable :-)


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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À propos de ce blogue

Dario Iezzoni est un entrepreneur et pionnier québécois de l’économie à impact positif. Il a, entre autres, mené l’entreprise Equita d’Oxfam-Québec a des sommets tant en termes de chiffre d’affaires, nombre d’employés qu’en rentabilité. Aujourd’hui, il est consultant en écorentabilité, impact et management responsable. Il enseigne aussi le marketing des entreprises sociales et collectives à l’ESG-UQAM. Son blogue, « Profits durables », présentera chaque mois des nouvelles québécoises, canadiennes et internationales liées à la finance durable. Qu’il s’agisse de nouveaux produits financiers, de conférences, de rapports ou de projets, ce spécialiste de l’impact social et écologique tiendra les lecteurs informés des initiatives les plus pertinentes.

Dario Iezzoni