Vous passeriez-vous de la rente du RRQ?

Publié le 14/11/2017 à 11:44

Vous passeriez-vous de la rente du RRQ?

Publié le 14/11/2017 à 11:44

Je vous avais avertis. Que j’en vois rouspéter contre la bonification du RRQ ! Eh bien, il faut croire que certains y ont vu une provocation. Il y en a toujours pour se plaindre, souvent les mêmes, et je ne vise pas ici les organisations patronales….


Ç’a beau être une avancée, si elle est annoncée par la bouche d’un politicien, c’est forcément suspect. À plus forte raison lorsqu’il s’agit du ministre des Finances. On promet un régime de retraite public étendu qui remplacera une part plus grande du revenu de la vie active, et qu’est-ce qu’on entend? Que l’État est dépensier. Que les rendements du Régime de rentes du Québec sont minables. Que la rente est imposable!


Le RRQ, je le reconnais, n’est pas exempte de défauts. Son plus détestable, sans doute, tient à son amateurisme passé dont les travailleurs paient aujourd’hui encore les frais. Les administrateurs du régime n’ont pas fait contribuer suffisamment les premiers bénéficiaires, si bien que tous les cotisants actuels casquent plus qu’ils ne devraient pour que le RRQ remplisse ses engagements envers les retraités d’aujourd’hui. En fin de compte, les futurs retraités auront payé nettement plus cher pour leur rente que leurs ainés.


Lire aussi: RRQ: mine de rien, un changement énorme!


Manifestement, certains ne réalisent pas que le RRQ repose sur des fonds séparés des coffres du gouvernement, gérés par La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). Ceux qui y voient l’oeuvre d’un gouvernement dépensier se fourvoient.


Aujourd’hui, la gestion du régime repose sur des projections actuarielles sérieuses et prudentes. À moins d’un effondrement brutal et prolongé des marchés financiers, ce qui est possible, le RRQ devrait sans peine pouvoir remplir ses engagements. Si le pire des scénarios devait se produire, le gouvernement ne serait pas appelé à la rescousse, mais le cotisants, à savoir les employeurs et les travailleurs, sans l’ombre d’un doute. L’argent vient des mêmes poches, direz-vous avec raison, mais le bas de laine demeure à distance sécuritaire de la politique partisane lorsqu’il reste au RRQ.


Pour les raisons que j’ai évoquées plus haut, les cotisants actuels paient davantage pour réparer les erreurs du passé. Forcément, cela affecte leurs rendements. Un investisseur aguerri pourrait faire mieux s’il gérait les fonds (sa cotisation et celle de l’employeur) pour lui-même. Le problème réside dans le fait que 99 % des gens ne sont pas des émules de Warren Buffett et qu’une majorité peine tout simplement à épargner pour la retraite. Un régime public fondé sur la solidarité demeure donc indispensable. Imaginez un instant que ça n’existe pas. Pensez deux secondes à votre mère ou à votre grand-mère…


À ceux qui voudraient prendre la place de Michael Sabia et de son équipe à la Caisse de dépôt, qui assure la gestion des fonds, rappelons qu’on ne gère pas un régime de retraite de dizaines de milliards de dollars comme un portefeuille individuel. Ce qu'il y a de beau ici, c'est que le régime de rentes n’empêche pas un investisseur de s’enrichir en Bourse avec son pécule. Il pourrait même lui sauver les fesses si cet investisseur devait connaître un revers boursier.


Daniel Laverdière, directeur principal, planification financière, chez Banque National Gestion Privée 1859, a calculé le rendement net offert dans le régime actuel. L’actuaire est arrivé à un rendement 2,7% dans le cas d’une personne qui contribue durant 40 ans et qui touche la rente de 65 à 85 ans. C’est moyen, pensez-vous. Ça dépend.


Le rendement ne sera pas le même pour tous. Il est déterminé par l’âge du décès. Plus longtemps une personne touchera sa rente, plus élevé sera son rendement. Une personne qui mourrait à 70 ans aurait un rendement moins élevé (0,20%) qu’une autre qui encaisserait la rente jusqu’à 90 ans (2,87%). Mais le régime fait son travail: assurer un revenu aux retraités sans lâcher ceux qui vivent longtemps.


Bonne nouvelle, le nouveau régime sera plus performant. Il faut d’abord rappeler que les modifications annoncées au début du mois concernent la mise en place d’un régime capitalisé à part. Regardons ce qu'il promet. Et ce qu'il en coûte. 


Dans le régime actuel, la prime s’élève à 10,8 % pour une rente représentant le quart du salaire de la vie active (jusqu’à 55 300$). Le régime qui s’ajoute couvre l’écart entre 25 % et 33% du revenu de travail (contre une cotisation supplémentaire de 2%). Puis dans un deuxième temps, il vient couvrir la tranche entre le limite actuelle du revenu admissible (55 300$) et le futur plafond (63 000 $). La cotisation pour cette tranche s’élève à 8% du salaire compris entre 55 300 et 63 000 dollars (7 700$). En échange, le cotisant recevra une rente représentant le tiers du revenu concerné.


Une prime moins élevée pour une couverture plus généreuse… vous devinez que le rendement sera meilleur, d’autant plus que la cotisation supplémentaire (la portion «employé» pour les salariés, la portion «employé» et «employeur» pour les travailleurs autonomes) sera déductible autant au niveau fédéral qu’au niveau provincial.


Une autre récrimination touche la nature de la rente. On lui reproche d’être imposable. C’est vrai que ça complique la vie de ceux qui planifient leur stratégie de décaissement dans l’objectif de toucher le Supplément de revenu garanti, une prestation du gouvernement fédéral dont l’objectif est d’aider les personnes âgées à faible revenu. Une personne peut demander cette prestation si elle déclare de faibles revenus, et ce même si elle détient d’importants actifs.


Se plaindre du rehaussement des revenus de retraite pour tous parce que cette bonification restreint l’accès à un programme destiné aux personnes démunies, alors qu’on ne l’est pas…


Je ferais ça discrètement.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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