Touriste au volant

Publié le 21/08/2018 à 12:00

Touriste au volant

Publié le 21/08/2018 à 12:00

Hier, j’ai surpris une dame en train de prendre en photo son plat de pâtes sur la terrasse du Peel Pub, ce ne pouvait être qu’une touriste. Les sentiments d’une population locale à l’égard des visiteurs varient le plus souvent sur une échelle allant de l’indifférence amusée jusqu’au mépris. Le mien balançait entre les deux.


Je me suis revu en vacances chez les cousins Français, profil aussi bas que possible, mais pas moins trahi par cet accent forgé à Shawi, impossible à camoufler. «Ah, un Québécois, tarbarnak! » réagit-on souvent au son de la première diphtongaison, dans l’attente, en guise de réponse, d’un autre juron bien de chez nous.


Pour entendre des sacres québécois aussi authentiques que spontanés, il faut rouler avec moi derrière le volant d’un véhicule loué dans une ville aux rues étroites et enchevêtrées, la norme européenne, quoi.


Je sais, ça fait des années que je vous embête avec mes mésaventures automobiles en vacances. Chaque année je me dis que je prendrai le train, mais je ne me résous pas à écarter la voiture de location, seul moyen de se balader de village en village par des routes sinueuses flanquées de vignobles.


En plus de quelques centaines d’euros, le prix de ce mode de locomotion se compose d’un stress qui varie en fonction des conditions routières, de la configuration des rues, du comportement des autres conducteurs, de l’exactitude des directives du GPS et du bon fonctionnement de la voiture. Cette année, le coût a été assez élevé.


Déjà, à la base, il faut se familiariser avec la conduite européenne, plus agressive, et avec le réseau routier, serré et imprévisible. En ville, on se dispute rues et rond-points aux centimètres, tout ça alors que les motos sont autorisées à foncer entre les rangées de voitures, ce qu’elles font toutes d’ailleurs. Aux intersections, la priorité revient au véhicule à sa droite, et non au premier arrivé, une règle qui prend du temps à entrer dans la tête d’un pépère Nord-Américain, dans la mienne du moins.


Là-bas, la vitesse sur les autoroutes est nettement plus élevée que sur la 20. Si ce n’était que ça, car les autoroutes sont bondées de camions-remorques, la voie de droite pouvant être monopolisée par le trafic lourd sur plus d’un kilomètre. Quand ils se dépassent les uns les autres, les camionneurs font peu de cas des voitures.


Partout dans le monde, on montre assez peu de considération envers le touriste au volant. C’est sans doute sur les routes que s’exprime le plus violemment le mépris envers le voyageur qui n’est pas pressé. On exige de lui qu’il connaisse le chemin aussi bien que l’habitant, qu'il roule comme s'il était en retard, et on lui fait bien sentir en lui collant au cul.


Si votre expérience se limite à ces difficultés, alors vous pourrez conclure qu’elle a été paisible. Ajoutez des orages violents, un GPS qui a du mal a se faire comprendre et une panne au beau milieu d’un tunnel lyonnais en pleine heure de pointe… Pour entendre les sonorités québécoises, c’est dans la Fiat 500 que ça se passe.


***


Ah misère! Chaque fois que j’entends Yves Desautels, le chroniqueur à la circulation de Radio-Canada à Montréal, rapporter une voiture en panne dans le tunnel L.-H. Lafontaine et sur le pont Jacques-Cartier, j’éprouve de l’empathie pour le conducteur. Aggravant une situation déjà chaotique, il sera honni par tous les automobilistes qui le passeront. Ce n’est pas tout à fait ce qui m’est arrivé, j’ai pu m’extirper de ma fâcheuse posture à la vitesse de 30 km/, avec la crainte que le moteur s’éteigne à tout moment. Les témoins pourront le confirmer, on pouvait non seulement entendre un concert eucharistique dans l’habitacle de la Fiat, le cortisol, l’hormone du stress, était à couper au couteau.


***


La voiture offre beaucoup de liberté, mais elle occasionne des situations parfois cauchemardesques. Pour moi qui ne suis pas mécanicien du tout, une simple crevaison peut prendre des proportions de fin du monde.


Je ne dois pas être le seul, si je me fie aux effectifs de CAA Québec. L’association spécialisée dans l’assistance routière compte près de 1,3 million de membres (sur 5,5 millions de détenteurs de permis de conduire au Québec, c’est beaucoup). 


Les membres, rappelons-le, peuvent faire appel à CAA quatre fois par année pour faire remorquer leur voiture, débarrer leurs portes, survolter une batterie, poser une roue de secours, livrer de l’essence et même porter assistance en cas de bris mécanique sur un vélo, alors qu’on roule au beau milieu de nulle part. L’adhésion de base coûte 89 $.


Beaucoup ignorent que certains assureurs offrent des services semblables, parfois moins chers, par l’intermédiaire d’un avenant sur la police d’assurance. Intact et Desjardins, pour ne nommer que ceux-là, proposent cette option. Desjardins par exemple offre ce service gratuitement pour les conducteurs de moins de 25 ans qui assurent leur véhicule chez elle. Les plus âgés paieront 80 $. Certaines cartes de crédit offrent aussi l’assistance routière.


Cela dit, rien n'inspire autant confiance que le service de CAA. Les membres ne manquent pas de nous rappeler qu’ils ont leur carte, comme si le bon Dieu veillait sur eux. Qu'est-ce que j'aimerais avoir la foi et la trainer avec moi en voyage.


Cela dit, les vacances ont été excellentes. Les vôtres?  


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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