Tangerine et son REER comique!

Publié le 12/01/2018 à 07:44, mis à jour le 13/01/2018 à 13:30

Tangerine et son REER comique!

Publié le 12/01/2018 à 07:44, mis à jour le 13/01/2018 à 13:30

C’est vendredi, amusons-nous un peu. Penchons-nous sur la proposition de Tangerine en ce début de «saison» des REER. Cette semaine, la banque virtuelle m’a envoyé un courriel promotionnel qui commence de bien belle façon: «Vous prenez votre épargne retraite au sérieux. Nous aussi.»


Dommage, j’ai l’impression de brûler le gag d’entrée de jeu. Le potentiel comique de la citation me semble nettement plus élevé dans la chute de cette chronique qu’en introduction. Tant pis, je compte sur vous pour garder en tête que l’institution financière prend mon «épargne retraite» au sérieux.


Revenons à sa proposition. Tangerine m’écrit donc pour m’offrir un prêt REER (RÉR, comme on dit chez elle) à 2,25%. Je vous mets au défi de trouver du crédit aussi bon marché, le taux d’intérêt est très alléchant en effet. Il y a anguille sous roche, un astérisque accompagne le taux affiché dans la publicité, classique lorsque l’offre paraît trop belle. Il renvoie à certaines conditions, énumérées en petits caractères en bas. Par exemple, si on dépose le prêt dans le compte REER détenu ailleurs, le taux s’élève alors à 8,75%, ce qui est ridiculement élevé. Pour profiter du taux d’emprunt avantageux, spécifie-t-on, il faut contribuer au «Compte d’épargne RÉR Tangerine» avant le 1er mars.


Ça ne m’intéresse pas, mais je vais tout de même vérifier le rendement offert par le compte en question. Mes attentes sont modestes, je ne serai pas déçu. Un autre client pourrait l’être, la banque ne ménage pas les superlatifs pour vanter l’affaire: «Obtenez un taux d’épargne vraiment avantageux sur votre épargne-retraite […].» On s’attend à quelque chose de gros.


Le taux en question?


1%.


J’ai ri. J’ai pensé à cette scène d’anthologie de l’émission Seinfeld, quand George se fait surprendre par Rachel en train d’enlever son maillot de bain. L’épisode «Shrinkage» est connu bien au-delà des amateurs, nombreux, de l’émission.


Une fois séchées ses larmes d’hilarité, on se rappelle que ce n’est pas si drôle que ça en fait, on parle d’un produit financier destiné à la retraite après tout. Il y a plusieurs problèmes ici, à commencer par le fait que l’épargnant est assuré de perdre. Le prêt REER n’est souvent pas une opération avantageuse, une personne qui y recourt doit raisonnablement pouvoir espérer un gain supérieur au coût d’emprunt. Il ne faut pas être mathématicien pour constater que le client est ici perdant d’avance. La banque propose un prêt à 2,25% pour investir dans un compte dont le revenu est plafonné à 1%.


Plutôt que rembourser un prêt REER, mieux vaut contribuer au REER directement. Si une personne a les moyens de rembourser un prêt en un an (une condition du prêt REER), on conclut qu’elle a plutôt avantage à mettre en place un programme d’épargne automatique sans recourir à l’emprunt.


Mais ce n’est pas ici le principal problème, vous le voyez autant que moi. Le pire réside dans le rendement ridiculement bas du REER. Un pour cent pour un compte d’épargne avec lequel on paye les vacances d’été, je dis «bravo»! Mais se contenter de 1% pour sa retraite alors que des CPG, non plus risqués, offrent davantage, il faut vraiment vouloir travailler longtemps! Avec un taux d'inflation à 2% comme on connaît, un épargnant s’appauvrit de 1% chaque année avec un placement pareil.


Toujours au sujet du fameux compte en question, Tangerine poursuit: «[…] Avec un Compte d’épargne RÉR Tangerine, vous pouvez réduire vos impôts maintenant tandis que votre épargne-retraite fructifie avec un taux d’intérêt parmi les plus élevés.»


Le fou rire s’empare à nouveau de moi.


L’argument n’est pas seulement comique, il est fallacieux. C’est une erreur de croire qu’on réduit ses impôts avec le REER. La plupart des épargnants, moi y compris, sont subjugués par la mécanique du remboursement d’impôt. Lorsqu’une contribution REER de 1000 dollars déclenche un remboursement de 400 dollars, un épargnant se retrouve en fait à avoir épargné 600 dollars (1000 - 400) à l’abri de l’impôt, comme s’il l’avait fait dans un CÉLI. Qu’on mette 1000 dollars dans un REER ou 600 dollars dans un CÉLI, le résultat est le même à la sortie, quand le taux d’imposition (ici 40%) est identique au moment du dépôt et à celui du retrait (les calculs sont précisés dans cette chronique). Et même quand l’impôt est plus faible à la sortie, ce qui est le but recherché quand on épargne dans un REER, il en restera toujours à payer en retirant son pécule du fameux compte enregistré.


Quant au taux d’intérêt parmi les plus élevés, Tangerine se compare aux comptes d’épargne, un instrument pour déposer des liquidités, pour répondre à des besoins à court terme, et non à des véhicules financiers conçus pour le placement à long terme.


«Vous prenez votre épargne retraite au sérieux. Nous aussi.»


Sans rire?


ERRATUM:


Chers lecteurs, je ris jaune un peu après avoir constaté une erreur de ma part. À la suite de commentaires de plusieurs lecteurs, je remarque en effet que le client Tangerine peut déposer l'argent du prêt dans un compte au potentiel plus prometteur que 1%. Il n'est pas nécessaire en effet de cotiser au Compte d'épargne RÉR Tangerine. Un client peut contribuer à un compte constitué de fonds chez Tangerine.


Cela dit, je persiste à croire qu'il est mieux de contribuer directement au REER plutôt que passer par l'intermédiaire d'un prêt. Et si vous empruntez pour contribuer au REER, il faut vous assurer de pouvoir obtenir des rendements supérieurs au coût du prêt. Enfin, le remboursement du prêt REER ne doit pas vous causer un stress financier.


Tenez-vous loin du Compte d'épargne RÉR Tangerine, à moins que ce soit pour y déposer des sommes temporairement. 


Morale de l'histoire: il faut toujours BIEN lire les petits caractères, qu'on soit client... ou chroniqueur. 


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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